Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les différentes listes qui candidatent à la mairie de Strasbourg s’invectivent à longueur de journées. Mais dans la cité nucléaire à Cronenbourg, un quartier prioritaire de la ville, l’ambiance est apaisée en cet après-midi du mardi 10 mars, à cinq jours du premier tour. Maxime emprunte la rue de Hochfelden pour rentrer chez lui. Ce jeune homme de 19 ans trouve « complexe de savoir qui croire » et regrette le fait que les attaques entre candidats prennent tant de place. « Je ne vois pas beaucoup d’informations sur les programmes », estime t-il :
« Je me base sur ce que je vois concrètement, sur ce qui est bien. Certaines personnes critiquent les pistes cyclables mais quand on y réfléchit c’est indispensable pour l’écologie… même s’il faut faire attention à garder la possibilité de circuler en voiture. Moi j’ai trois sœurs. Ma mère en a besoin pour faire les courses, sinon c’est impossible de tout porter. »
« Strasbourg est une ville très propre »
Maxime n’a pas encore arrêté son choix même s’il sait qu’il votera à gauche. Pour lui, la priorité reste les politiques sociales, « pour les personnes dans le besoin ». « Je vais me poser pour analyser les programmes », dit-il en reprenant sa route. Dans la rue parallèle, Maroua attend le bus à l’arrêt Lavoisier. Tout autour, de grands immeubles courbés dessinent un cercle. Pour elle, « Strasbourg est une très bonne ville, très propre » : « C’est bien organisé avec les transports en commun. Je ne comprends pas les gens qui disent que ça ne va pas. Quand je reviens ici après des voyages dans d’autres villes en France, je respire. » Les candidats de droite et la socialiste Catherine Trautmann clament régulièrement que Strasbourg est devenu un coupe gorge sale et sans vie. Mais cette dystopie ne trouve pas beaucoup d’écho auprès des habitants et habitantes rencontrées à Cronenbourg.
Qui va t-elle voter aux élections municipales ? Maroua sourit et laisse passer un silence. Cette Tunisienne d’origine arrivée à Strasbourg en 2020 a trouvé un emploi de prothésiste dentaire. Mais elle n’a pas la nationalité française et ne pourra donc pas voter ces dimanches 15 et 22 mars. Elle aurait volontiers participé au scrutin mais ses plus grandes préoccupations ne relèvent pas de la municipalité : « Je cours constamment après les cartes de séjour. Les délais sont énormes. Je suis souvent allée faire la queue devant la préfecture à 5h du matin. Il faudrait vraiment simplifier ces démarches. »
Tarifications sociales
Vu les galères quotidiennes que rencontrent les étrangers interviewés à Cronenbourg, les questions d’aménagement des rues paraissent parfois dérisoires. Mais les communes ont aussi des compétences sociales importantes, y compris pour les personnes sans papiers, avec les tarifications sociales pour les transports en commun, les cantines, les musées, les médiathèques ou les piscines. Et la Ville de Strasbourg héberge plus de 1 100 personnes sans autre solution de logement. Ces politiques peuvent être amoindries ou amplifiées en fonction de qui sera élu maire fin mars.
Pauline surveille son fils qui se laisse porter par le tourniquet d’une aire de jeux en face du cimetière. Infirmière en psychiatrie à Cronenbourg, elle habite « depuis 10 ans » près de la place Saint-Antoine. La soignante de 37 ans considère aussi que « la priorité doit être donnée au social, avec la gratuité des services et la mise à l’abri des personnes à la rue ». Des mesures qu’elle retrouve dans le programme de l’insoumis Florian Kobryn.
Elle apprécie également Fahad Raja Muhammad du Mouvement populaire indépendant (MPI), qui souhaite la réquisition des logements vacants comme LFI. « Nous sommes parfois obligés de garder des personnes à l’hôpital parce qu’elles seraient à la rue en sortant, explique Pauline. Je pense que je voterai LFI ou MPI au premier tour. Ensuite ça dépendra des résultats pour le second tour. Je peux aussi voter Jeanne Barseghian. »
Pistes cyclables appréciées
Sac sur le dos et longue chevelure bouclée, Jounayd sort de chez lui. Le lycéen de 16 ans se dit frustré de ne pas encore pouvoir participer aux élections, même si en général, il a l’impression qu’il s’agit surtout de « sélectionner le moins pire ». Comme d’autres jeunes rencontrés, il apprécie La France insoumise et ses positionnement fermes, « par exemple contre la réforme des retraites et l’islamophobie ». Mais il ne connait pas Florian Kobryn, la tête de liste strasbourgeoise de la liste LFI ni ses propositions pour Strasbourg. Si le parti de Jean-Luc Mélenchon bénéficie de sa notoriété nationale, il peine encore à faire connaitre ses personnalités locales.
Pour les élections municipales, l’étiquette politique compte moins que la personnalité des élu·es et leurs réalisations locales. En témoigne Turhan qui remonte la rue Langevin le sourire aux lèvres. Ce retraité ne sait pas encore s’il choisira Catherine Trautmann ou Jeanne Barseghian. « Elles travaillent correctement toutes les deux. Ce qui est fait pour les piétons et les vélos, c’est très bien », estime t-il. Durant le mandat, les écologistes ont prolongé des pistes cyclables aux alentours, notamment rue de Berstett et de Mittelhausbergen, avec des aménagements en site propre.
Chantiers pas clairs
Ces installations semblent bien accueillies dans le quartier mais Turhan aurait aimé une meilleure organisation des travaux. « Quand un chantier s’arrêtait, un autre recommençait. Ce n’était pas très clair », relate t-il. Même avis pour Roland, qui profite du soleil en promenant un grand chien au long pelage en face de la pharmacie des Alouettes. Ancien ouvrier dans un abattoir, il n’est pas non plus sûr de son choix : « Il faut que je regarde mais ce que fait la maire avec les transports me va bien. Le seul problème c’est que c’est plus difficile pour la circulation mais bon… Moi je suis retraité, j’ai le temps. »
Tekaou vient de chercher ses enfants à l’école. Sa fille avance lentement avec son petit vélo sur une bande cyclable. Le père de famille avait voté Emmanuel Macron à la dernière élection présidentielle. Il a trouvé sa candidate pour les municipales : « Je vais voter Jeanne Barseghian parce qu’elle fait bien les choses pour les vélos et contre la pollution. Je fais ce choix pour mes enfants, pour qu’ils respirent un bon air. »
Plus de convivialité
Guillaume et Danielle sont les seules personnes rencontrées à Cronenbourg qui pensent voter pour le Rassemblement national. Mais les deux sont incapables de citer des mesures du programme de Virginie Joron. « Je ne sais pas, c’est presque par dépit. Je ne suis pas non plus ultra convaincu, peut-être que je voterai blanc », lance Guillaume. Danielle, quant à elle, invoque son souhait de « sortir l’Union européenne », même si le parti d’extrême droite ne défend plus le Frexit et que cela ne relève pas des compétences municipales.
De son côté, Imran s’intéresse à la vie de quartier. « C’est quand les élections déjà ? », demande-t-il, tout en passant l’aspirateur dans le coffre de sa voiture. Cet étudiant de 21 ans passe l’année à l’IUT de Saint-Dié, mais il rentre souvent à Strasbourg :
« On a reçu la propagande à la maison, on va regarder ça tranquillement. Ma famille vote à gauche en général. Moi ce qui me convaincrait, c’est quelqu’un qui propose des animations pour les jeunes. On a le parc de la Bergerie à Cronenbourg, je trouve qu’on pourrait y faire plus d’événements comme des kermesses qui poussent les gens à sortir. »
Chargement des commentaires…