La musique monte doucement dans la salle de la Bourse à Strasbourg au soir du mardi 17 mars. Un fond presque solennel. À l’intérieur, il faut se faufiler. Toutes les chaises sont occupées, les allées débordent, et des dizaines de personnes restent debout au fond et sur les côtés. L’atmosphère est dense, presque étouffante. L’organisation annonce 700 personnes. Dans la salle, les conversations s’éteignent à mesure que les regards convergent vers l’allée centrale. Il est 19h50 quand Jean-Philippe Vetter, candidat Les Républicains à la mairie de Strasbourg, fait son entrée, happé par un bain de foule. Poignées de main, sourires, tapes dans le dos. « On va gagner », scandent les participants. Deux jours auparavant, le candidat est arrivé deuxième du premier tour des élections municipales, un score inattendu pour un candidat de droite à Strasbourg, à 2 000 voix seulement de Catherine Trautmann.
« On y est. 28e rendez-vous », lance Irène Weiss, sa co-directrice de campagne. « Aimer Strasbourg a sérieusement grandi en un an. » Dans les premiers rangs, les soutiens racontent déjà une partie de la stratégie. Mohamed Sylla, du parti « ultra-centriste » Utiles 67, éliminé au premier tour, est présent. À ses côtés, Thibaut Vinci, le candidat du Parti radical de gauche… Une image de rassemblement, soigneusement construite.
« Chez les LFIstes, c’est Palestine d’abord »
Sur scène, la démonstration de force est assumée. Quatorze figures de la droite alsacienne défilent sous la lumière : Frédéric Bierry, le président de la Collectivité européenne d’Alsace, Catherine Graef-Eckert, maire réélue de Lingolsheim, Laurent Furst, de Molsheim et plusieurs édiles de droite de l’Eurométropole.
Laurent Furst ouvre les hostilités : « Les chefs d’entreprises me disent que les taxes sont trop élevées, on ne peut plus circuler et on ne nous entend pas. » Il enchaîne : « Une ville qui ne soigne pas son économie ne construit pas son avenir », avant de conclure : « Votre commune n’est pas à la cave mais proche du deuxième sous-sol. »
Puis Frédéric Bierry s’en prend à l’alliance scellée la veille entre Jeanne Barseghian, la maire sortante écologiste et Florian Kobryn, le candidat Insoumis arrivé quatrième au premier tour des élections municipales. « Vous avez le choix de la droiture avec Jean-Philippe Vetter et une cuisine électorale qui ne donnera pas d’étoile au Michelin », lance-t-il. Puis : « Chez les LFIstes, c’est Palestine d’abord. Comme si le maire pouvait régler le problème de la Palestine, c’est une malhonnêteté. » Dans la salle bondée, les huées fusent.
Il n’épargne pas le candidat insoumis, désormais deuxième sur la liste de Jeanne Barseghian :
« C’est un mariage contre nature. Monsieur Kobryn, c’est important que vous le connaissiez. À la CeA, nous le pratiquons depuis quatre ans. Et depuis quatre ans, il manie l’invective, la violence, l’agressivité, la provocation permanente. Il a réussi un exploit : faire exploser son groupe politique d’opposition de quatre. Quand je pense qu’il veut travailler avec onze partis, je vous prédis une lune de miel extrêmement courte ! »
Jean-Philippe Vetter, au-dessus de la mêlée
Quand Jean-Philippe Vetter prend la parole, quelques minutes plus tard, le contraste est net. Très peu d’attaques. Une seule, rapide : « La ville ne doit pas être livrée à LFI. » Puis il s’en détache, comme pour changer de registre. Le rythme ralentit.
« Nous sommes dimanche 22 mars, il est 21h15… » La salle se tait. Il raconte une soirée électorale fictive. Les résultats qui tombent. Catherine Trautmann et Jeanne Barseghian qui reconnaissent sa victoire. « Strasbourg a tourné une page de son histoire. » Le meeting devient projection.
Dans ce scénario, le candidat déroule déjà ses premières décisions. « Dès le premier soir, la lumière dans nos quartiers sera rallumée », promet-il. « Dès la première semaine, je signerai un arrêté anti-mendicité agressive. » Il ajoute : « Je prendrai aussi un arrêté pour sanctionner les dégradations de l’espace public. » Le ton se durcit : « Je veux, dès les premiers jours, mettre fin au laisser-faire, au laxisme, au renoncement. »
Il rappelle aussi qu’il souhaite dès les premiers jours « un plan massif de dératisation des quartiers » et un « code de la rue » pour encadrer les comportements, notamment de certains cyclistes et livreurs. « On pense aux cyclistes mais on doit aussi penser aux piétons. »
Renforcer l’aéroport de Strasbourg-Entzheim
Plus tôt dans la soirée, Jean-Luc Heimburger, ancien président la Chambre de commerce et d’industrie jusqu’en novembre 2025 avait donné le ton :« On ne crée pas d’emploi sans parler d’entreprises. » Une ligne que le candidat reprend à son compte dans son discours.
Le candidat poursuit, insiste sur la nécessité de travailler avec toutes les institutions : « Quand on est maire, on travaille avec tout le monde », promet-il, évoquant la préfecture, la Région et la Collectivité européenne d’Alsace dirigée par Frédéric Bierry en taclant au passage la maire sortante qui n’aurait pas su le faire.
Puis il s’arrête un moment sur un symbole : l’aéroport de Strasbourg-Entzheim. Il assure qu’il ira rapidement rencontrer son directeur, ainsi que le ministre des Transports, Philippe Tabarot. « Est-ce qu’un aéroport qui n’est pas à la dimension d’une capitale européenne est acceptable ? », interroge-t-il. Avant d’affirmer : « Fini l’aéroport Bâle-Mulhouse, bienvenue à l’aéroport d’Entzheim de Strasbourg. » Il évoque la nécessité d’attirer des compagnies aériennes, en travaillant notamment sur la « fiscalité diplomatique ».
Une projection sur deux mandats
Au fil du discours, Jean-Philippe Vetter s’éloigne du tumulte politique. « Notre bureau, ce sera la rue », affirme-t-il. Il promet des rencontres régulières avec 100 Strasbourgeois·es tiré·es au sort, « deux heures sans filtre » et un dialogue direct avec les chefs d’entreprise « sans intermédiaire ». Il promet aussi que les premiers services qu’il ira rencontrer, ce sont ceux des policiers municipaux et des services de propreté.
Puis, presque à contretemps, il évoque son épouse : « Dans les moments de doute, c’est précieux de compter sur quelqu’un. » Le candidat termine comme il a commencé, en se projetant. « Nous sommes en 2032 ou 2033… » Une ville « plus sûre », une économie relancée, une pauvreté en baisse. Une nouvelle campagne à lancer. Et une promesse : « Pas huit mandats de suite. »
Quand la Marseillaise retentit, la salle se lève d’un bloc pour chanter. À l’extérieur pourtant, la fin de la campagne reste incertaine. En moins de 24 heures, Jeanne Barseghian s’est alliée à Florian Kobryn. Catherine Trautmann a conclu un accord avec Pierre Jakubowicz, le candidat d’Horizons qui n’a pas passé le second tour, au prix de la perte de soutien de leurs partis. Des choix qui lui permettent, lui qui s’est refusé à toute alliance au second tour, de cultiver une image polie. Mais dans la salle de la Bourse, mardi soir, Jean-Philippe Vetter a choisi de faire comme si cela lui importait peu. Il a voulu raconter la suite. Une campagne déjà dépassée… Et une victoire déjà écrite.
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