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La gauche veut convaincre que son union peut gouverner

Réunis pour la première fois en meeting commun jeudi 19 mars, la maire écologiste Jeanne Barseghian et l’insoumis Florian Kobryn ont cherché à convaincre que leur alliance, encore récente, peut fonctionner.

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Jeanne Barseghian et Florian Kobryn, à leur premier meeting ensemble, « la gauche, la vraie ».

Les néons violets et blancs du centre socioculturel Marcel-Marceau écrasent la salle d’une lumière presque clinique. Jeudi soir, le public arrive par vagues, s’installe, discute. À mesure que les chaises se remplissent, une scène se joue, presque discrètement : celle d’une gauche qui apprend à se recomposer.

Deux semaines plus tôt, les équipes de Florian Kobryn raillaient encore l’addition de « micro-partis » autour de Jeanne Barseghian, maire sortante écologiste. Ce soir, ils partagent la même affiche, la même scène, et surtout la même urgence : arriver en premier à l’issue d’un second tour très serré. Dans la salle, cela se voit. « C’est qui déjà Sandra Regol ? » demande un militant. « Regol, elle est députée écolo », répond un autre. Les repères ne sont pas encore communs.

Sur scène, Clovis Daguerre, l’animateur, cadre d’emblée l’enjeu :« C’est une union pour gagner face à deux adversaires de taille : la droite réactionnaire de Jean-Philippe Vetter et le centre droit macroniste de Catherine Trautmann. » Arrivée en tête du premier tour, Catherine Trautmann s’est alliée au candidat Horizons Pierre Jakubowicz, réalisant ainsi un pont inédit entre le centre-gauche et le centre-droit. En embuscade, Jean-Philippe Vetter peut capter une partie de l’électorat d’extrême droite.

Une union à construire… et à montrer

L’ambiance met quelques minutes à monter. Puis une silhouette surgit, perruque impeccable et maquillage éclatant : Nöximä Marley, dragqueen strasbourgeoise. « Il est des fois où le mot inclusion existe et parfois il y a des personnes qui la fabriquent. » Dans la salle, les téléphones se lèvent, les applaudissements suivent. Pour un meeting politique, la scène est inhabituelle. Mais elle fait mouche.

Peu à peu, les rangs se resserrent, les discussions se taisent. Les premiers slogans partent, encore timides. Puis plus francs : « On est plus chaud, plus chaud, plus chaud que le climat. »

Sur scène, les prises de parole s’enchaînent avec un même objectif : faire bloc. Floriane Varieras, adjointe à la solidarité, appelle à « faire corps ensemble sans renier nos convictions » et alerte sur « le risque immense » que représenterait, selon elle, une alliance macroniste « dont la gouvernance tue le pays depuis plus de 10 ans ». « Strasbourg doit être une ville d’égalité, de protection, un refuge pour toutes et tous », martèle-t-elle.

Le ton se durcit encore avec l’intervention d’Halima Meneceur, colistière insoumise de Florian Kobryn. « Aujourd’hui, l’islamophobie, on en meurt », lance-t-elle, dénonçant des discriminations qu’elle juge persistantes, y compris à l’échelle locale. « Pendant ce temps-là, des médias d’extrême droite construisent un récit où les personnes musulmanes deviennent un problème. » Dans la salle, les réactions sont immédiates, entre approbations et applaudissements.

« On sait travailler ensemble »

Le coeur de meeting tient dans cette démonstration d’unité. Quand Emmanuel Fernandes et Sandra Regol montent sur scène, la chanson J’irai où tu iras de Céline Dion accompagne leur arrivée. Les deux députés sourient, se saluent, comme pour incarner cette alliance encore fraîche.

Mais au-delà de l’image, les deux élu·es s’attachent à répondre à une critique persistante : celle d’une alliance fragile et de circonstance entre écologistes et Insoumis. « Nous savons travailler ensemble », assure Emmanuel Fernandes, le député insoumis de la 2e circonscription du Bas-Rhin. « À l’Assemblée, nos votes sont quasiment superposables. Il n’y a pas de difficulté à travailler ensemble. L’intérêt général prime. » Il égrène les combats communs, de la constitutionnalisation de l’IVG à l’introduction de la notion de non-consentement dans la définition du viol.

Sandra Regol, la député écologiste de la 1ère circonscription du Bas-Rhin complète : « On assume nos différences. Ce n’est pas grave de ne pas être d’accord sur tout, ça va nous permettre d’avancer. » Une manière de reconnaître les tensions passées, tout en tentant de les désamorcer.

Car elles existent. Florian Kobryn lui-même y fait référence plus tard, évoquant par exemple le désaccord sur le jumelage de Strasbourg avec Ramat Gan, que La France insoumise souhaite suspendre — une position qui n’a pas encore fait consensus avec les écologistes. « Comme dans tous les rassemblements, nous ne sommes pas identiques », admet-il.

« Jean-Philippe Vetter, c’est Bruno Retailleau »

Quand le candidat monte sur scène, il structure le paysage : « Il y a trois pôles en compétition. » À droite, Jean-Philippe Vetter, le candidat Les Républicains arrivé deuxième du premier tour des élections municipales, qu’il associe à une ligne dure. « La droite la plus dure. Jean-Philippe Vetter, c’est Bruno Retailleau aujourd’hui. Ce sera Jordan Bardella demain. » Et au centre, Catherine Trautmann, qu’il qualifie d’« opportuniste » et « apôtre du renoncement ». « Et il y a nous : le pôle de l’émancipation, de la justice sociale, de celles et ceux qui luttent contre l’extrême droite. »

Il insiste sur la portée nationale du scrutin : « Notre union s’inscrit dans l’histoire de la Nupes (nouvelle union populaire écologique et sociale, l’alliance de gauche pour les élections législatives de 2022, NDLR). » Il déroule, attaque. Évoque les suppressions de postes de fonctionnaires programmées par Jean-Philippe Vetter, les budgets, les alliances. Puis marque une pause :« Nos divergences font la force du chemin que nous aurons à bâtir ensemble. » Dans la salle, quelques têtes acquiescent.

Puis vient Jeanne Barseghian. Elle cherche à rassembler au-delà du noyau militant. « Nous savons que la gauche s’unit lorsque le péril est imminent. À Strasbourg, il l’est. » Elle attaque ses adversaires mais revient rapidement au concret : « Nous allons rendre le logement abordable », « plus aucun enfant ne doit dormir dans la rue », « un réseau de bus la nuit », « une ville où chacune et chacun voit ses droits protégés… »

Elle insiste aussi sur la cohérence de l’alliance : « Nous avons une vision claire pour centre ville. C’était un choix crucial. […] On peut construire des ponts là où il y a des tranchées, c’est cela Strasbourg. »

Et conclut sur une vision plus large : « Strasbourg n’appartient pas à telle ou telle personne, elle appartient à ses habitantes et habitants. Il n’y a pas d’étrangers à Strasbourg, que des voisins qui ne se connaissent pas encore. »

Convaincre au-delà du cercle militant

Au fil de la soirée, un équilibre se dessine. D’un côté, une base militante chauffée par des discours offensifs, des slogans et des références antifascistes. De l’autre, une tentative de rassurer, de montrer que cette union tiendra. « On n’est pas dans une guerre, on veut améliorer le quotidien des gens », insiste Emmanuel Fernandes.

À la sortie, les discussions reprennent. « Il reste 24 heures pour convaincre », glisse un militant. Le meeting qui a réuni environ 500 personnes n’aura presque jamais regardé en arrière. Ni vraiment détaillé le bilan. Tout est tourné vers l’urgence du second tour. Sur scène, comme dans la salle, le message a été martelé : malgré les différences, ça va aller.


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