Société 

Au squat du 2, route des Romains, l’expulsion a eu lieu mardi matin

actualisé le 31/10/2012 à 17h36

La police est arrivée sur les lieux vers 7h30 mardi (Photo Eric Schultz)

L’expulsion a eu lieu ce mardi matin au squat du 2 route des Romains. Les occupants et les membres de l’imprimerie associative Papier Gâchette se sont mobilisés pendant plusieurs jours pour protester contre cette expulsion programmée. Dans le cadre de l’aménagement de l’entrée de Koenigshoffen, la Ville veut récupérer l’immeuble et le démolir. Depuis le 24 octobre, date de la visite de l’huissier, certains élus ont choisi leur camp.

Mardi, 7h30 heures, une quarantaine de policiers a débarqué au 2 route des Romains. Les forces de l’ordre étaient attendues depuis une semaine. En début de matinée, les policiers ont d’abord procédé à l’expulsion des occupants du squat. L’évacuation a d’abord eu lieu dans le calme mais il y a eu quelques bousculades et tirs de grenades lacrymogènes. La porte et les fenêtres du bâtiment ont été murés vers 8h30. Dehors, un rassemblement d’une petite centaine de personnes a assisté à l’opération, en scandant des slogans de soutien.

 


Vidéo : Jean-Claude Meyer / La Feuille de Chou

 


Vidéo : Les Films de Rose Bonbon

Hier, lundi il faisait -4 degrés devant les lieux. Ce qui ne décourageait pas la petite dizaine de personnes présente à l’extérieur de monter la garde. Emmitouflés dans de grosses écharpes, ils tenaient comme ce matin le pavé depuis six heures du matin, l’heure légale à partir de laquelle la police peut faire évacuer les lieux. Elle était attendue d’une minute à l’autre : un huissier ayant déposé l’avis d’expulsion le 24 octobre et jeudi 1er novembre, débute la « trêve hivernale », qui empêche toute expulsion…

Du coup, les « Gaulois », comme ils s’appellent eux-mêmes, ont choisi de se relayer : un groupe se charge de faire le guet, un autre se réchauffe. L’objectif est d’être en mesure de donner l’alerte à tous ceux qui ont laissé leurs coordonnées au groupe pour être prévenus par SMS et débarquer en même temps que les forces de l’ordre.

Sur les coups de 8h30 lundi, une camionnette est venue pour murer l’entrée. Après être restée garée devant l’immeuble un peu moins de deux heures, elle a rebroussé chemin. Les employés auraient eu pour consigne de revenir mardi, selon le blog du squat

Silence chez les squatteurs, vifs échanges entre élus

Du côté des courageux qui bravent le froid en attendent que « ça bouge », c’est silence radio :

« Aujourd’hui, on est directement menacés. L’heure n’est pas aux discours. Il faut juste qu’on agisse, et c’est ce qu’on fait en restant sur place. On ne veut pas se retrouver à la rue cet hiver. Avant de prendre une décision aussi grave que celle de nous expulser, les politiques devraient déjà se mettre d’accord entre eux. »

Allusion aux échanges acrimonieux entre plusieurs élus de la majorité municipale, dont Paul Meyer et le maire de Schiltigheim, Raphaël Nisand.

Echanges inhabituels entre élus socialistes sur Facebook (capture d'écran)

Eric Schultz, conseiller municipal EELV (Europe Ecologie Les Verts) soutient l’action des « Gaulois » et se risque à plus de précisions :

« Je n’ai pas accès au dossier, mais je me demande tout de même quelle mouche a piqué Raphael Nisand pour qu’il fasse capoter les négociations alors qu’il y a six mois à peine il soutenait ces gens. J’espère qu’il ne se sert pas de ce problème pour régler ses comptes. Le hasard est rare en politique. Ce n’est pas impossible que ce retournement de situation soit pour lui l’occasion de se venger après qu’il ait dû céder sa place aux élections législatives. Les occupants de ce bâtiment ne doivent pas être otages de mésententes politiques. »

Le conseiller municipal trouve la situation aberrante et assure qu’il sera aux côtés des occupants s’ils venaient à se faire expulser, histoire de « s’assurer que tout le monde soit bien traité ».

(Photo SB / Rue89 Strasbourg)

Raphaël Nisand confirme : Papier Gâchette et les squatteurs, « un problème de Strasbourgeois »

Quant à Raphael Nisand, le maire de Schiltigheim, il s’évertue à rappeler que cette histoire ne concerne ni sa ville, ni ses habitants :

« Avec Bischheim, Schiltigheim est la commune qui recense le plus de logements sociaux dans la CUS. Nous sommes déjà à 35%. Papier Gâchette est une association de squatteurs, j’ai en ma possession tous les jugements qui leur ont ordonné de quitter les lieux depuis 2007. Quand bien même on leur laisserait les locaux du centre de tri, ils ont à plusieurs reprises avancé qu’ils ne quitteraient pas la route des Romains. Ce sera donc une double perte. Les municipalités de (Robert) Grossmann et de (Philippe) Bies se sont déjà cassées les dents sur ce problème, je ne vois pas pourquoi nous devrions l’assumer, d’autant plus que cette imprimerie n’a aucun rapport avec Schiltigheim. »

L’élu socialiste en profite pour donner sa version au sujet de la vidéo de 2011 le montrant ravi de voir que le centre de tri « va continuer à servir » grâce à Papier Gâchette :

« Je me suis rendu ce jour-là sur le site du centre de tri sans savoir qu’il s’agissait de squatteurs. Le samedi qui précédait cette manifestation, j’ai lu dans les DNA que des artistes feraient une inauguration symbolique. J’étais à mille lieues d’imaginer leur situation juridique. Si cela avait été le cas, j’aurais évidemment refusé. »

Pour ceux qui laissent entendre que sa décision est l’expression de désaccords politiques avec Philippe Bies, sa réponse est claire :

« J’ai toujours mené mon mandat de maire en totale déconnexion d’autres enjeux. Il n’y a aucune considération de cet acabit. Si l’on suit cette logique, toutes mes décisions peuvent être vues par ce prisme, ce n’est pas sérieux. »

(Photo SB / Rue89 Strasbourg)

La Ville inflexible

La position de la ville de Strasbourg reste quant à elle inchangée, comme en attestent les propos de Patrick Pincet, le directeur de cabinet de Roland Ries  :

« Ces locaux sont occupés de manière illégale et il semblerait qu’une poignée d’irréductibles se soient joints à ce mouvement. Je ne suis pas persuadé qu’ils aient un grand rapport avec l’imprimerie associative. On peut faire un travail très sympathique, mais cela ne donne pas le droit de s’installer où on veut. Ces gens ne sont pas des victimes. Quand on a des avantages pendant si longtemps, il faut savoir accepter qu’ils prennent fin. »

Depuis le refus « tardif et brutal » du maire de Schiltigheim, la mairie a proposé un autre point de chute à Papier Gâchette, rue du Rempart. Seulement, les locaux ne seront disponibles qu’à partir du mois d’avril. D’ici là, la mairie s’engage à faire « son possible » pour trouver une solution provisoire. Les membres de Papier Gâchette doutent et préféreraient une solution concrète pour leur atelier et le matériel qu’ils y stockent avant de quitter le squat.

Lundi, la CUS a envoyé un courrier aux « Gaulois » pour leur rappeler les décisions prises à leur encontre. Dans l’immédiat, ni la mairie, ni le collectif ne semblent être prêts à faire de concessions alors que la trêve hivernale est imminente.

L'AUTEUR
Sehla Bougriou
Sehla Bougriou
Graine de journaliste. Etudiante en sociologie à mes heures perdues. Grande curieuse à temps complet. Twitter : @Seh_B
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