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Dans les écoles, le livret scolaire unique numérisé… à marche forcée

Certainement avez-vous été surpris fin décembre si vous êtes parent, grand-parent ou proche d’un enfant scolarisé dans l’Académie de Strasbourg de ne plus voir arriver de pochette verte ou bleue renfermant « le bulletin trimestriel » ? Elles ont été remplacées par le livret scolaire unique numérique. Pas de panique, les enseignants sont aussi perdus que vous.

Les bulletins de notes, c’est du passé dans l’Académie de Strasbourg. Désormais, le livret scolaire unique numérique rassemble toute la communication entre une famille et un établissement scolaire, de l’école au collège : notes, appréciations, bilans de fin de cycles ainsi que les attestations obtenues (PSC1, ASSR 1 et 2, AER, attestation scolaire « savoir-nager » (ASSN), etc.). Il remplace les bulletins « papier » et il entre en vigueur en 2016 ou 2017. C’est un outil national relié à une base de données centralisée, recensant les informations relatives aux élèves scolarisés dans les établissements français.

Le Livret Scolaire Unique ça fonctionne comment ?

Pour cette première version éditée en décembre, une « version papier » des trois pages de résultats de chaque élève a été préparée par les enseignants de l’école après… quelques galères d’accès à la plate-forme de saisie, évidemment saturée lors des derniers jours du trimestre.

Pour la deuxième édition de ce bulletin d’un nouveau genre, en avril, les parents recevront un identifiant et un mot de passe, modifiable nous assure-t-on, pour accéder à leur espace et donc, aux notes et appréciations de leurs enfants. Imprimer le bulletin de leurs enfants, pour par exemple en discuter avec eux lors d’une de ses séances parents-enfants qu’on aime tant, sera à la charge des familles.

L’avantage, selon les concepteurs du système, c’est l’archivage et la facilité de réédition lorsqu’une famille veut par exemple changer d’école ou constituer un dossier pour entrer dans un établissement secondaire.

Un nouvel outil à apprivoiser… vite !

Surprise et étonnement ont été partagés par mes collègues et moi-même pour cet outil qui nous a été imposé en novembre, en plein milieu du premier trimestre. Une rapide réunion d’information organisée à l’école, entre midi et deux heures, par le directeur lui-même informé quelques jours auparavant, et… on tâtonne et on expérimente l’outil chez soi, le temps d’un week-end.

La ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, présente le livret unique numérique (Photo Min. Education nationale)

La ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, présente le livret unique numérique (Photo Min. Education nationale)

Cela s’appelle le tâtonnement expérimental !

Je découvre l’interface, que je trouve plutôt réussie, pour une application académique, ça change. Fond bleu et drapeau français donnent un aspect officiel au document à construire. Tiens, on peut par exemple accéder aux dossiers d’une classe voisine et même y changer des notes ! Mais on ne peut pas changer la notation dans un domaine particulier. Plus de lettre  A, B, C, D comme auparavant mais des objectifs : « non atteint », « partiellement atteint », « atteint » ou « dépassé. »

Je reconnais qu’il y a eu quelques moments de stress et quelques maux de tête chez Maîtresse Charlotte pour faire rentrer certains états dans ces définitions !

C’est surtout un manque de lisibilité de l’ensemble du système qui me donne l’impression d’avancer à l’aveugle. Comment sont stockées les données de Paul, élève dyslexique et qui ont un   caractère privé ? Qui peut y accéder ? Qui lira la remarque sur la petite Julie dans trois ans ? Comment s’organise ce droit à l’oubli promis un an après la sortie du collège ? Là dessus, on n’a eu aucune réponse ni aucune information. Nous sommes priés d’accepter l’outil sans poser de questions.

Et on n’aurait pas pu l’annoncer aux parents en septembre ?

À chaque rentrée, la réunion avec les parents est un temps fort et un « exercice délicat » pour la maîtresse que je suis. Je la prépare toujours avec soin car il n’y a guère plus d’une heure pour établir une relation confiante avec un groupe d’une vingtaine de parents. Projets, objectifs, méthodes se déclinent avant de répondre aux questions. Cette année, les familles qui sont venues nous rencontrer n’ont pas été informées de ce changement d’importance, puisque même l’équipe pédagogique en ignorait tout. Je le regrette.

Il est étonnant qu’un changement aussi important des gestes fondamentaux de notre culture professionnelle, l’évaluation, ait été traité avec tant de précipitation créant un grand stress et une inquiétude diffuse chez bien de mes collègues. Le projet est pourtant dans les tuyaux de l’Éducation nationale depuis 2013.

Avec un peu de temps laissé au temps, cette mutation aurait pu se faire dans la sérénité et il aurait été possible aux « maîtresses » d’expliquer tout cela aux familles qui nous confient leur enfant.

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L'AUTEUR
Maîtresse Charlotte
Maîtresse Charlotte
Professeur des écoles, j'adore les enfants en fait. Mais si, vraiment.
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