Politique 

David, 49 ans : « j’ai choisi Mélenchon, pour le peuple et la démocratie participative »

Parcours de vote – Artiste strasbourgeois, David Hurstel ne se retrouve ni dans le programme de Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste, ni dans celui d’Emmanuel Macron. En glissant un bulletin Mélenchon dans l’urne à l’élection présidentielle de 2017, il entend donner « sa voix au peuple. »

Ni Dieu, ni maître. C’est dans cette devise du mouvement anarchiste que l’artiste David Hurstel s’est reconnu et se reconnaît toujours. Une des raisons pour lesquelles ce quadragénaire n’a pas adhéré au parti de Jean-Luc Mélenchon, dont il est pourtant un sympathisant :

« Je préfère être résistant que dans l’armée ! Avec mes parents, enfants de mai 1968, lorsque nous parlions politique, il n’y avait pas de référence à tel ou tel. Les discussions portaient sur les valeurs humanistes de gauche, de partage, notamment, et aussi la culture, l’éducation et la psychologie, que ma mère enseignait. »

Eveil tardif à la politique

Sorti du système scolaire classique en fin de 3e, l’adolescent angoissé a d’abord cherché sa voie avant de se pencher sur son positionnement politique. Passé par les Compagnons du devoir, l’école du marbre de Carrare, en Italie et les Arts déco (actuellement la HEAR), il reconnaît aujourd’hui l’importance de son héritage familial dans son éveil, qu’il juge tardif, à la politique. C’était en 2012, lorsque Jean-Luc Mélenchon s’est présenté à l’élection présidentielle pour la première fois :

« J’ai eu la chance d’avoir été élevé dans un milieu intellectuel, de classe moyenne. Mon père (Jean Hurstel, fondateur du réseau “Banlieues d’Europe” et porteur de l’action culturelle au cœur des quartiers, aux côtés d’Armand Gatti, notamment, ndlr), est un ancien communiste, devenu socialiste et ma mère était communiste. Je n’ai jamais été communiste. Lorsque j’ai voté pour la première fois, c’était pour Mitterrand, en 1988, comme mon père. C’était très superficiel, je n’étais pas plus convaincu que cela. Je n’ai jamais cru qu’un homme pouvait changer les choses. Mais j’ai été imbibé de théâtre populaire et j’ai toujours cru à l’éducation. En sortant des arts déco, j’ai moi-même travaillé sur des projets artistiques avec les habitants du quartier du Neuhof par exemple. »

Aucune solution politique aux banlieues

Selon l’artiste, les banlieues délaissées et ghettoïsées sont un des problèmes majeurs auxquels les politiques de gauche comme de droite n’ont pas su apporter de réponses satisfaisantes. Il y voit l’une des explications à la montée du racisme et estime que le candidat de son choix est l’un des rares à faire quelques propositions qui vont au-delà de la restauration de la police de proximité dans les quartiers. A contrario, il considère que le système social du pays (sécurité social, RSA,…) fonctionne bien et doit être préservé. À travers son bulletin de vote au premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril, David entend voter non pour un homme mais « pour le peuple et pour des idées. »

Depuis 2012, il a non seulement épluché le programme du candidat mais aussi lu ses livres :

« Mélenchon a fait une promesse. S’il accède au pouvoir, il mettra une assemblée constituante en place et s’en ira. En votant pour lui, je ne vote pas pour une personne mais pour la démocratie participative. Il n’est que le véhicule qui va permettre aux citoyens de gouverner. C’est un pédagogue, qui enseigne et vulgarise en même temps qu’il fait de la politique. »

En votant pour Jean-Luc Mélenchon, David entend voter non pour un homme mais pour le peuple et pour des idées.

Voter pour des convictions

Face à l’idée d’un vote destiné à soutenir un candidat susceptible de faire barrage au Front national en France, David s’agace :

« Macron est présenté comme la roue de secours contre le fascisme. On ne nous donne pas le choix. Qu’Hollande l’ait mis au pouvoir est rédhibitoire pour moi, ainsi que le fait qu’il vienne du monde de la finance. Mélenchon est un homme de vraies convictions. J’ai lu ses livres, et il fait preuve d’un grand talent de vulgarisateur. Je vois bien ses côtés énervant, trop entier, mais cet homme est un sacré pédagogue. Il enseigne en même temps qu’il fait de la politique. »

Celui qui a voté Chirac, face à Le Pen, en 2002, n’est pas prêt à voter Fillon ou Macron si l’un des deux se retrouvait cette année en lice pour la présidence de la République face à la fille du fondateur du FN. En cas de duel face à Hamon, il marque une hésitation :

« Si c’est Le Pen-Hamon, j’aurais aimé voter blanc, mais ce n’est pas reconnu donc je pense que je voterai quand même pour Hamon. À ce stade, je me dis que des gens ont peut être besoin d’élire la candidate FN pour réaliser qu’on ne peut pas choisir n’importe qui. Peut-être que la radicalité du FN va créer une vague, avec des gens dans la rue, comme on l’a vu en Amérique avec Trump. Dans ce cas, Mélenchon, qui a quand même réussi à faire 11% au premier tour en 2012, pourrait bien être là dans 5 ans… S’il calme un peu ses ardeurs méditerranéennes d’ici là ! »

Aller plus loin

L'AUTEUR
Isabelle Maradan
Isabelle Maradan
Journaliste indépendante, spécialisée dans l'éducation.
En BREF

Au Front National et au front républicain, les étudiants en lutte préfèrent « le front social »

par Khedidja Zerouali. 1 241 visites. 2 commentaires.

Barbara Engelhardt, nouvelle directrice du Maillon

par Khedidja Zerouali. 564 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Tram vers l’ouest : le collectif demande une suspension de l’enquête publique

par Jean-François Gérard. 1 214 visites. 2 commentaires.