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Tribune : à l’école Louise Scheppler, des parents contre le système pour garder leur directrice

actualisé le 03/06/2015 à 09h37

L'école Scheppler, entre l'autoroute et les boulevards du quartier gare (doc remis)

L’école Scheppler, entre l’autoroute et les boulevards du quartier gare (doc remis)

Les membres du conseil des parents de l’école maternelle Scheppler à Strasbourg sont désespérés : ils avaient la directrice parfaite. Mais le système de l’Éducation Nationale va leur enlever, et aucun argument n’a de prise face aux implacables calculs résultants des barèmes du ministère.

TribuneL’école maternelle Scheppler, vous connaissez ? Rappelez-vous, cette école maternelle du quartier Gare coincée entre une autoroute, une voie de chemin de fer et un transformateur électrique de lignes à haute tension, celle que vous croisez forcément au retour du travail ou d’un week-end en prenant la sortie 4, porte de Schirmeck, direction Strasbourg-Centre, celle où vous vous êtes peut-être dit plus d’une fois « mais qui peut bien vouloir mettre ses enfants dans cette école perdue au milieu de nulle part ? »

Et pourtant, nous, parents d’élèves, nous l’aimons bien cette école. Le bâtiment a été rafraîchi récemment, de la couleur égaie désormais les couloirs, trois énormes platanes fournissent depuis toujours une ombre bienvenue l’été sur la cour de récré. Les abords de l’école ont été sécurisés grâce à la renovation des rues de Fouday et de Saales. Elle a encore ses défauts : pas de préau, une salle de sieste incommode, des stores coincés après quelques semaines d’usage…

Une école qui cherche à construire le vivre-ensemble

Mais malgré cela, ce qui nous plaît c’est que cette école est à l’image de son quartier : mixte, cosmopolite, polyglotte, populaire, riche de toute sa diversité, quelque chose comme un précipité d’une société fière de ses différences et qui cherche jour après jour à construire un vivre-ensemble pour tous. À cela, il faut rajouter une équipe pédagogique bien implantée, consciente des défis à relever chaque jour pour faire d’un tel lieu une école de la République.

Depuis la rentrée 2014-2015, nous avions une nouvelle directrice pleinement consciente de ces enjeux. Après quelques années de flottement (pas moins de 3 directrices en 4 ans) où le vivre-ensemble a semblé bien effacé derrière des considérations arbitraires, pour rester pudique, Sonia Zimmermann est arrivée avec sa bonne volonté et son enthousiasme pour relever les défis de cette rentrée : mise en place des rythmes scolaires avec tout l’effort de pédagogie nécessaire pour expliquer aux parents d’élèves le bienfait pour les enfants de ces nouveaux rythmes ; mise en place d’un projet pédagogique axé sur le vivre-ensemble, par exemple à travers une brocante et un repas du monde à l’image de la diversité des publics de notre école… et toute une série d’autres actions d’équipe ancrées sur l’ouverture culturelle.

On y apprend ce qu’est la fraternité dans cette école

La situation

Sonia Zimmermann n’était pas sur la « liste d’aptitude » de l’Académie de Strasbourg lorsqu’elle a remplacé l’ancienne directrice d’école, partie en mutation. Par conséquent, ce poste était « ouvert aux mutations ». Selon l’Académie de Strasbourg, il a été attribué à un enseignant mieux placé dans le système de points qui régente les mouvements des enseignants.

P.F.

Bref, nous, Mme Zimmermann, on l’aime bien, parce qu’elle a compris tout de suite qu’une école, ce n’est pas une caserne, c’est un petit monde dans une société agitée, un petit monde qu’il faut savoir faire vivre en y mettant toute l’énergie de la joie, de la bienveillance et de la bonne volonté. Sonia, elle est à l’image de Louise Scheppler, la pieuse maîtresse de maternelle du pasteur Oberlin, qui inventa une école pour ceux qui n’ont rien, une école où l’on apprend ce qu’est la vie, ce qu’est le monde, ce qu’est la fraternité.

Mais voilà, le 20 mai, nous apprenions que Mme Zimmermann ne sera pas maintenue sur ce poste, non pas faute d’avoir fait son travail avec cœur et conviction, mais parce que les règles administratives ne le permettent pas. Voyez-vous, pour avoir un poste dans l’Éducation Nationale, il faut tant de points dans son dossier, et quels que soient vos qualités ou vos talents, si quelqu’un a plus de points que vous, il est prioritaire.

Quelles que soient les qualités, le barème, c’est le barème

La règle administrative est aveugle à tout mérite ; les barèmes sont des monstres froids qui n’ont pas grand chose à faire des qualités des personnes. Un inspecteur peut louer vos qualités, peu importe, le barème, c’est le barème. Votre travail peut être reconnu, et alors ? La règle, c’est la règle.

C’est pourquoi par cette tribune, nous voulons rendre hommage à Sonia, notre Louise Scheppler, et dire notre incompréhension et notre colère. Notre école maternelle, celle de nos enfants, celle où nous nous engageons comme parents-délégués, vaut mieux que ces barèmes. À l’Éducation nationale, à l’Académie, nous disons : qu’est-ce que vos chiffres à côté de l’engagement que nous constatons chaque jour d’une personne ? Qu’est-ce que le bon sens et la bienveillance à côté de vos règles administratives ?

On n’est pas dupe(s), on sait qu’on ne changera pas vos règles, que vous justifierez au nom de l’égalité de traitement des fonctionnaires. Mais, nous, parents d’élèves de l’école Louise Scheppler, on vous le redit : vos règles sont peut-être équitables pour vos agents, mais elles sont sans considération pour l’intérêt de nos enfants.

C’est pourquoi nous affirmons notre soutien à notre directrice Sonia Zimmermann, c’est pourquoi nous vous demandons de revoir votre jugement et c’est pouquoi aussi, quelle que soit votre décision, nous vous disons : nous préférons notre bon sens à vos barèmes.

Les parents élus au conseil de l’école Louise Scheppler

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