Société 

Écoles hors contrat : y a-t-il une vie en dehors de l’Éducation Nationale ?

actualisé le 27/05/2014 à 16h02

L'école Mickaël Steiner rencontre des difficultés financières depuis quelques années. (doc remis)

L’école Michaël Steiner rencontre des difficultés financières depuis quelques années. (doc remis)

Steiner, Montessori, les écoles confessionnelles… Ces établissements privés proposent une pédagogie alternative au système scolaire classique de l’Éducation Nationale. Hors contrat avec l’État, ils ne touchent donc pas de dotations. Vantant la liberté de leurs enseignements, ces écoles sont pourtant contraintes de faire des concessions pour survivre, parfois même au détriment de leur pédagogie.

À la rentrée 2013, 37 écoles privées hors contrats ont vu le jour en France selon l’association « Créer son école« . À Strasbourg, il existe également des écoles indépendantes qui ne touchent pas de dotations de la part de l’Éducation Nationale. L’école Michaël Steiner, le collège Beth Anna, l’école primaire Les Eaux Vives ou bien le collège Selman Asan à Lingolsheim en font partie. Mais pour réussir à enseigner une pédagogie alternative, ces établissements doivent s’accrocher. Recherche de locaux, salaires des enseignants, frais de fonctionnement… Tout est à leur charge ou plutôt à celle des parents d’élèves qui financent et donnent de leur temps pour que l’établissement fontionne.

Mais le prix de cette liberté est parfois trop élevé. Certaines de ses écoles indépendantes sont contraintes de faire des concessions sur leur pédagogie pour toucher des fonds publics.

École hors contrat, une croix sur les subventions

À l’école Michaël Steiner-Waldorf à Koenigshoffen, 279 enfants de la maternelle au lycée suivent la pédagogie du philosophe Rudolf Steiner. L’apprentissage se fait pas à pas, en privilégiant des activités artistiques. Jugés sur leur maturité, les bambins ne sont pas répartis en classe d’âge. L’école souhaite volontairement rester libre et son école maternelle, son collège et son lycée sont donc « hors contrat ».

Mais, l’école Michaël rencontre des problèmes financiers depuis plusieurs années. En déficit, elle a opté pour la solution du contrat simple pour son enseignement primaire. Elle emploie ainsi quatre professeurs des écoles issus de l’Éducation Nationale et qui ont suivi une « formation Steiner ». Leur salaire est donc financé par l’Académie de Strasbourg.

En contrepartie, l’établissement a dû accepter d’être régulièrement inspecté par l’Éducation Nationale, comme l’explique Elee Duconseille, mère de deux enfants inscrits à l’école et membre du conseil d’administration :

« Les inspections ne portent pas sur le contenu de la pédagogie mais sur le « socle de connaissances« . L’État a mis en place ce cadre d’apprentissage en 2005. Tout enfant doit connaitre un ensemble de notions basiques à la fin de la primaire. Ainsi, vers 7 ans, un enfant est supposé apprendre à lire. Dans la pédagogie Steiner, les enfants n’ont pas à intégrer tel savoir à tel âge. Cela peut donc paraître en contradiction avec nos choix. Cependant, tous les élèves de l’école Michaël apprennent à lire, écrire et réaliser les quatre opérations mathématiques de base avant leur entrée au collège. Nous devons également préparer les élèves aux examens officiels qui ont lieu en CE2 et en 6ème. »

Prix de l’école Steiner : 10% du revenu des parents

En outre dans les établissements sous contrat simple, le volume horaire des matières de bases (mathématiques, français..) ne peut pas être inférieur de plus de 20% à celui des écoles classiques. Les écoles doivent utiliser des manuels conformes au programme scolaire classique ou agréés par le ministère de l’Éducation Nationale.

L’établissement reçoit également des subventions de la communauté urbaine de Strasbourg. La CUS aide tous les enfants strasbourgeois scolarisés dans des établissements sous-contrat avec l’État. Pour l’année 2012-2013, l’établissement avait touché 28 600€ pour 50 de ces élèves de primaire. Cette somme est allouée pour le fonctionnement matériel de l’école. Elle peut être utilisée pour l’achat de cahiers, de matériels ou pour organiser des activités.

Au-delà des aides financières, l’école Michaël survit grâce aux « écolages », les cotisations mensuelles des parents d’élèves. Elee Duconseille détaille :

« L’écolage, c’est 10% du revenu des parents pour chaque enfant. Bien sûr, c’est dégressif selon le nombre d’enfants mais cela reste cher. Il faut payer les locaux, les professeurs… C’est une gestion très compliquée. »

Perte du choix des profs

Le collège privé Selman Asan, à Lingolsheim, a quant à lui tout juste deux ans. Monté par l’association de soutien scolaire Educaplus, il est pour l’instant hors contrat et n’a aucun problème de trésorerie grâce à la participation des familles et des dons. Ozgür Domnez, son directeur, est proche du mouvement Hizmet lancé par le prédicateur turc Fettulah Gülen. L’intellectuel musulman était un ancien allié du Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan.

Au terme de cinq années d’existence et comme la législation le permet, Ozgür Donmez demandera au rectorat de passer sous contrat avec l’Éducation Nationale :

« Le collège est financé par les familles des 77 élèves scolarisés et par les dons de commerçants et d’entrepreneurs, sympathisants de Fettulah Gülen, qui soutiennent notre projet. Passer sous contrat nous permettrait d’accéder à des dotations de fonctionnement et ainsi de baisser les charges qui pèsent sur les parents d’élèves. »

Mais en se liant à l’Éducation Nationale, le collège Selman Asan devra restreindre son recrutement aux professeurs titulaires du Cafep, un diplôme nécessaire pour enseigner dans le secteur secondaire privé. Cela compliquera la tâche d’Ozgür Domnez, qui cherche des professeurs parlant allemand et anglais pour proposer les enseignements dans ces langues :

« Le collège accueillera certains professeurs par mutation, sur proposition du Rectorat. Nous continuerons cependant à veiller à ce qu’ils aient des bases en allemand et en anglais. Si, on nous demande de faire des concessions, nous nous adapterons. »

Plus d’argent pour investir dans les locaux

À cause du prix élevé de la scolarité ou bien du désir des parents de revenir vers un enseignement plus classique pour leurs enfants, l’école Michaël constate chaque année le départ de nombreux élèves. Elee Duconseille s’en désole car moins d’élèves signifie moins de ressources financières pour l’association :

« Cette année en classe de 5ème, il n’y avait que six élèves. Nous avons donc dû fusionner avec une classe de 6ème. Mais chaque année, nous nous posons la question de la fermeture d’une classe. Nous serons amenés à le faire s’ils sont moins de 10 élèves et si nous n’arrivons pas à trouver une solution pour la maintenir en place. ».

Obligé de mettre en conformité l’école suite à différents règlements de sécurité, le conseil d’administration doit faire face à des choix cornéliens comme le raconte Elee Duconseille :

« La loi pour l’égalité des droits et des chances qui permet l’accueil des enfants handicapés dans un établissement scolaire, nous oblige à engager des frais pour l’aménagement de l’école. Mais mettre en place un ascenseur nous coûterait des milliers d’euros. Il faudrait aussi que nous revoyons les normes d’hygiène. Nous devons installer des sèches-mains dans toutes les toilettes alors que nous en sommes encore aux torchons. Mais ces machines coûtent très chères. Faire le choix de se mettre en conformité, c’est aussi abandonner l’idée d’engager un pianiste pour les séances de chant par exemple, alors que c’est un point essentiel de notre pédagogie. »

Fuir le système scolaire classique

Les écoles alternatives accueillent chaque année des enfants aux prises avec des difficultés scolaires. Des parents, souvent désemparés, se détournent de l’Éducation Nationale pour tenter de trouver une solution pour leurs enfants auprès de structures alternatives. Elee Duconseille fait partie de celles-là :

« J’ai mis trois ou quatre ans à me rendre compte que le système scolaire classique détruisait mon fils aîné. C’était un garçon un peu renfermé, toujours la tête dans les bouquins et les autres enfants le rejetaient. Dans l’Éducation Nationale, le programme est prévu pour qu’à tel âge, l’enfant apprenne telles choses. Et cela, sans se soucier de savoir s’il pourra l’intégrer. À l’école Michaël, il a découvert des camarades accueillants et des professeurs qui pour la première fois le valorisaient. Grâce au théâtre, il s’est épanoui et il a pris confiance en lui. À 16 ans, il a même pris la décision de partir en Nouvelle-Zélande pendant plusieurs mois dans une autre école Steiner. »

Mais pour Elee Duconseille, l’État Français n’est pas prêt à soutenir ce genre d’initiative :

« Dans beaucoup d’autres pays, notamment dans le nord de l’Europe, les écoles Steiner sont subventionnées par l’État. C’est une vision très française de ne venir en aide qu’à un seul système scolaire. Au nom de l’égalité, la France s’interdit le droit de tester d’autres manières d’éduquer les enfants. Mais tous les élèves ne sont pas pareils et chacun mérite d’avoir l’éducation qui lui sera la plus profitable. »

Malgré les difficultés auxquelles doivent faire face les écoles hors contrat, des initiatives continuent pourtant de naître à Strasbourg. Pour la rentrée 2014, un groupe de parents d’élèves est à la recherche de locaux pour monter une école basée sur la pédagogie Freinet. L’association En Terre d’Enfance cherche également un lieu où s’installer pour développer la pédagogie Montessori.

L'AUTEUR
Margot Garnier
Margot Garnier
Stagiaire à Rue89 Strasbourg et étudiante à l'IUT de journalisme de Lannion.
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