Société 

À Mulhouse, un « guide de la débrouille » pour mieux s’y retrouver

actualisé le 28/12/2016 à 22h34

Le premier « Guide de la débrouille » a vu le jour à Mulhouse. Il rassemble des informations et adresses utiles pour savoir où se nourrir, se vêtir, mais aussi faire valoir ses droits et avoir accès à la culture. Il a été créé par des personnes en situation de précarité, en collaboration avec des associations.

Où dormir? Où refaire son CV, où trouver des objets utiles? Le « Guide de la débrouille Mulhouse 2017 » répond à ces questions, et à des dizaines d’autres. Publié à l’automne de cette année par le Collectif Citoyens Solidaires et l’association ATD Quart Monde, il doit permettre aux Mulhousiens les plus précaires de trouver facilement chaque ressource selon leurs besoins. Avec toutes les infos rassemblées dans un seul guide, il se targue d’être “facile à glisser dans une poche arrière de pantalon”.

Un extrait du guide de la débrouille (Document remis)

Un extrait du guide de la débrouille (Document remis)

Valéry Bohrer est co-animateur du groupe local d’ATD Quart Monde et explique que le guide ne concerne pas que les SDF :

« Il s’adresse à toute personne en difficulté sociale. »

Il peut servir aussi bien aux familles pauvres, aux chômeurs de longue durée, aux personnes sans domicile, aux prostituées, toxicomanes, personnes isolées ou rejetées de leur famille.

Neuf catégories, de l’urgence au long terme

Muni d’un plan de la ville, il est réparti en neuf catégories qui couvrent la plupart des besoins immédiats et sur le plus long terme :

  • Se soigner
  • Soutien pour la recherche d’emploi
  • Se vêtir
  • Se détendre/ Se cultiver/ Apprendre/ Connaître
  • Trouver des objets utiles
  • Faire reconnaître ses droits
  • Trouver de quoi manger
  • Où dormir et déposer une demande pour se loger
  • Où se laver et laver son linge

Édité à 4 000 exemplaires, le guide est mis à disposition dans les lieux d’hébergement temporaires, et par les équipes mobiles de santé et les maraudes comme celles de la Croix Rouge, mais aussi dans d’autres lieux où se rendent les personnes concernées, comme les Restos du cœur.

On trouve par exemple les noms d’associations de soutien psychologique, l’adresse de l’unique « Magasin pour rien » de France ou celle des bains municipaux de Mulhouse.

Combler le manque d’informations

Valéry Bohrer explique la démarche, qui est le résultat de réflexions du Collectif Citoyens Solidaires créé en janvier 2015 à l’initiative d’ATD Quart Monde et d’associations comme Le Nid ou la Maison de la Citoyenneté Mondiale :

« L’idée est venue d’une personne en situation de pauvreté, qui venait de Grenoble où il y avait le “guide du précaire”. Nous, on a voulu donner des bons tuyaux, on l’a appelé le “guide de la débrouille”. En plus des adresses, on donne des informations, comme par exemple quand on indique si le centre d’hébergement accepte les animaux ou pas, ou quand on explique les domaines des “chantiers d’insertion” comme le bâtiment, le recyclage, la réparation… »

L’objectif est donc bien sûr de combler un vide et de répondre à un vrai besoin d’informations, comme l’indiquent les premières lignes du fascicule :

« Il existe des annuaires à destination de professionnels sociaux et de bénévoles associatifs. Mais il n’existe pas de guide à destination du public concerné. […] Une masse de personnes sont écartées de ces informations, pour partie. Ainsi, le besoin d’infos existe. »

Le guide donne des adresses pratiques comme les bains municipaux, pour accéder à une douche (Photo wikimedia commons/cc)

Le guide donne des adresses pratiques comme les bains municipaux, pour accéder à une douche (Photo wikimedia commons/cc)

« On ne vient pas jouer les missionnaires »

Surtout, le projet est révélateur d’une forme particulière de solidarité : c’est la première fois qu’un tel outil d’aide est élaboré avec les personnes concernées elles-même. Le groupe de travail s’est constitué de personnes en exclusion sociale, de personnes éloignées de la pauvreté, d’associatifs et de travailleurs sociaux.

Valéry Bohrer insiste, la démarche est militante et participative :

« On voulait faire des actions concrètes dans l’objectif d’agir pour la lutte contre la pauvreté. Ce guide, c’est une action militante. À la différence de Grenoble, il n’est pas édité par une institution. C’est un travail de collaboration avec les personnes en situation de pauvreté. On n’a pas joué les missionnaires. On s’est dit “le projet, on va le faire avec eux”. Les dessins présents sur le guide sont des situations réelles telles qu’elles ont été vécues ou ressenties par des personnes en situation précaire. »

On y voit par exemple une mère de famille rebaptisée “Professeur d’économies”, car elle peut vous apprendre à “tenir un budget pour six personnes avec deux euros par jour”.

Didier Litzler est membre de l’Association nationale des chômeurs, et raconte que la présence de profils différents a permis de faire un guide adapté, de récolter les bons plans que les institutions n’ont pas :

« Il y a de tout dans le collectif citoyen : des travailleurs précaires, des gens aux RSA, des SDF… On a aussi fait les maraudes, on est allé à la rencontre des gens, pour voir si on ne faisait pas fausse route, pour qu’ils nous donnent leurs tuyaux… »

Le changement par le bas

Pour Mickaël Habib, qui travaille à temps partiel à la radio MNE et a participé au groupe de travail, cela valorise les personnes concernées, et surtout, c’est la seule manière d’apporter du changement et des réponses vraiment adaptées :

« Dans cette manière de faire, j’ai plus l’impression de faire partie de la solution que du problème. Si on attend quelque chose des politiques, on peut attendre longtemps. Il y a plus de chances qu’il se passe quelque chose si on passe par les citoyens. L’idée c’est de faire un constat social et soulever les problèmes récurrents : se laver, se loger… Il y a une expertise de vie dans laquelle puiser, et puis ça permet aux gens d’apprendre à se connaître. Pourquoi pas faire tout ça ensemble plutôt que les uns contre les autres ? »

C’est pour cela que la publication du guide a été suivie d’une table ronde rassemblant plus de 45 structures et institutions, pour réfléchir aux suites à donner aux manques établis dans les domaines de l’offre alimentaire, la santé, le logement et l’emploi. Le guide se veut ainsi signal pour faire bouger les choses pour les plus pauvres.

L'Eglise Saint Fridolin à Mulhouse. Le guide indique aussi les lieux culturels et religieux. (Photo wikimedia commons/cc)

L’Eglise Saint Fridolin à Mulhouse. Le guide indique aussi les lieux culturels et religieux. (Photo wikimedia commons/cc)

Un premier coup de pouce

Si l’idée est de prolonger la réflexion, c’est que le guide a aussi ses limites. C’est écrit, il ne se veut pas exhaustif. Et le fait qu’il soit écrit exclusivement en français, parfois avec un vocabulaire un peu administratif et en petits caractères peut empêcher certains d’en bénéficier, même si Valéry Bohrer tempère :

« On a essayé de le rendre le plus universel possible. Et on a demandé à ce qu’il soit affiché dans les lieux d’accueil. Ainsi, si des personnes ont des difficultés de lecture, ils pourront se faire aider. Les gens pourront échanger autour du guide. Et pour les plus en difficulté, il leur donne les adresses, les arrêts de tram, et ils peuvent se rendre dans les lieux et y récupérer les explications. »

Surtout, cela devrait être une édition unique :

« Ce guide est une action ponctuelle. Mais nous demandons aux institutions de s’en saisir et de réitérer l’expérience. »

Il faut dire que le collectif n’a pas des moyens illimités. Il a d’ailleurs fait financer le guide via une cagnotte sur le site Helloasso. Si le guide 2017 restera peut-être la seule et unique brochure de débrouillardise, le Collectif Citoyens Solidaires ne compte donc pas s’arrêter là.

Valéry Bohrer s’est réjoui que le dialogue se soit ouvert avec les services publics à la table ronde :

« Il y avait 25 personnes par table thématique, et parmi les structures présentes, le Conseil Départemental du Haut-Rhin, la CAF 68, et la Ville de Mulhouse à travers plusieurs services dont l’Action Sociale et la Participation Citoyenne. »

L'AUTEUR
Déborah Liss
Pigiste, Strasbourgeoise, avec une passion pour l'écriture et les voyages. Intérêt pour les questions de société, l'Europe et le franco-allemand. Passée par l'IEP, L'Alsace, ARTE, et autres expériences enrichissantes!
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