Politique 

Jean-Luc Schaffhauser, de retour en Ukraine en mai

actualisé le 02/04/2015 à 16h02

L'élu strasbourgeois est un élément clé dans les connexions entre la Russie et le Front national. (Photo PB)

L’élu strasbourgeois est un élément clé dans les connexions entre la Russie et le Front national. (Photo Pascal Bastien)

Après avoir surveillé les élections non-reconnues des rebelles ukrainiens, l’élu strasbourgeois soutenu par le FN vérifiera l’application des accords de paix Minsk II. Il veut discuter de la partie politique de ces accords lors d’un forum à Donetsk.

L’ancien candidat à la mairie de Strasbourg soutenu par le Front national, Jean-Luc Schaffhauser, se rendra de nouveau dans l’est ukrainien au mois de mai. Il doit vérifier la conformité de l’accord de paix de Minsk II du 11 février 2015 et organisera un forum pour engager le volet politique de ce texte.

Surveiller les accords de paix et engager le volet politique

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The Interpreter, le site d’information du Think tank américano-russe Institute of Modern Russia s’est intéressé à l’ONG qui accompagne Jean-Luc Schaffhauser. Alors qu’aucun nom n’est mentionné sur le site d’Urgence Enfants Ukraine, The Interpreter a repéré qu’il est enregistré au nom d’Alain Fragny, un membre du mouvement d’extrême-droite Le bloc identitaire. Marine Le Pen avait pourtant déclaré en 2014 qu’elle ne partageait pas la « vision complotiste » de l’organisation, ainsi que certaines de ses positions. Comme lors du voyage de novembre, des personnalités jugées peu fréquentables en public par le FN s’avèrent être des alliés de premier plan en Ukraine.


Ces accords signés dans la capitale biélorusse entre l’Ukraine, la Russie et les dirigeants des régions séparatistes de l’est de l’Ukraine prévoient de donner une autonomie aux rebelles en matière de nominations dans la police, dans la justice et dans les services du renseignement, ainsi que de larges pouvoirs en termes de fiscalité, d’enseignement ou dans la culture, et même la possibilité de créer des milices.

Le texte complet (avec les importantes notes de bas de page) est disponible sur Wikipedia en anglais. L’Ukraine doit en revanche soutenir économiquement le Donetsk et le Louhansk. François Hollande et Angela Merkel avaient participé à la négociation.

Les rebelles contestent l’application politique des accords

Un mois et demi, après le fragile accord, des tensions émergent de nouveau. Les opposants de Kiev dénoncent de nouvelles lois qui ne respecteraient pas le protocole de paix. Un texte qualifie de « district occupés », les territoires de l’est de l’Ukraine, ce qui a le don d’agacer les séparatistes. Par ailleurs, la nouvelle constitution, qui doit être ratifiée avant décembre 2015, prévoit que pour participer aux élections locales, il faut être un parti national, ce qui n’est pas le cas des partis régionalistes des rebelles.

Les séparatistes se plaignent qu’aucun dialogue ne soit engagé dans la rédaction des nouvelles lois. Le ministère des Affaires étrangères russe a réagi le 16 mars par voie de communiqué face à la tournure des événements :

« Les propositions du Président ukrainien Piotr Porochenko soumises au Parlement ukrainien vont à l’encontre de cet engagement et changent l’essence même des accords de Minsk, ajoutant à l’entrée en vigueur de la loi ci-mentionnée de nombreuses conditions supplémentaires jamais évoquées auparavant. »

La Russie appelle les dirigeants français et allemands « d’exiger [à l’Ukraine] l’exécution inconditionnelle » des accords de Minsk.

Un forum à Donetsk

La table ronde, « raison principale de la venue de Jean-Luc Schaffhauser » d’après son entourage, sera organisée à Donetsk, la capitale de l’une des deux régions séparatistes. Elle rassemblera des représentants de l’est de l’Ukraine, des membres des institutions européennes, mais la participation des représentants du gouvernement central ukrainien n’est pas assurée. On peut dès lors s’interroger sur l’impartialité de ce forum.

La délégation complète de ce voyage prévu pour la première moitié de mai n’est pas connue, mais l’eurodéputé sera accompagné de politologues allemands et italiens déjà présents en novembre, ainsi que d’une organisation non-gouvernementale française appelée « Urgence Enfant Ukraine ».

Fondée en septembre 2014, l’ONG indique sur son site limiter ses actions à la région du Donbass, soit celles à l’est de l’Ukraine. L’onglet « Mission en cours » est vide, tandis qu’un grand bandeau rouge appelle aux dons sur la page d’accueil.

« Une initiative personnelle »

Élu au conseil municipal et de l’Eurométropole de Strasbourg, Jean-Luc Schaffhauser interviendra en sa qualité de député européen, puisqu’il avait été élu en mai sur une liste du FN en Île-de-France. Le forum est qualifié « d’initiative personnelle » de Jean-Luc Schaffhauser, qui en a averti FN a posteriori. L’ancien centriste n’a pas sa carte de membre du parti, mais appartient au Rassemblement bleu marine (RBM), composé des personnes investies par le mouvement frontiste.

Il est un personnage essentiel dans les connexions du Front national avec la Russie. En novembre 2014, il avait été observateur des élections législatives et présidentielles, qui n’avaient pas été reconnues par la communauté internationale. Il avait aussi aidé le parti frontiste à contracter un prêt auprès d’une banque russe en percevant 100 000 euros de commission.

Droit de réponse d’Alain Fragny

Vous indiquez dans l’article consacré à Monsieur Schaffhauser et à Urgence Enfant d’Ukraine association purement caritative que je préside, mon appartenance au Bloc Identitaire. En profond désaccord avec ce mouvement j’en ai démissionné dans le courant 2013 et n’en suis plus sympathisant. Libre de tout engagement politique, j’ai décidé de me consacrer à une œuvre purement humanitaire.

Article mis à jour jeudi 2 avril suite à la réception du courrier d’Alain Fragny

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.
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