Politique 

Législatives à Strasbourg : la droite dit merci au redécoupage

actualisé le 25/05/2012 à 08h06

Scissors project (Photo mejilopezvazquez / FlickR / CC)

Le redécoupage de 2010 a singulièrement modifié la carte électorale des circonscriptions urbaines du Bas-Rhin. Pour les candidats de gauche, la volonté de garder à droite les 2e et 3e circonscriptions est manifeste au vu des ajouts opérés. Pour la droite par contre, il s’est surtout agi de ne pas modifier l’équilibre des forces.

En 2010, la carte des circonscriptions de France a été modifiée pour l’adapter à l’évolution de la démographie française. Et il était temps, puisque les élections législatives de 2007 ont utilisé une carte électorale de 1986, calée sur le recensement de 1982 ! Mais au vu des passions déchaînées par chaque redécoupage, on comprend que les gouvernements de Lionel Jospin à celui de Dominique de Villepin ne s’y soient pas aventurés, car l’art du redécoupage est subtil.

La démographie du Bas-Rhin ayant sensiblement évolué depuis 1982, il était impératif de rééquilibrer les poids des circonscriptions. Ainsi le Conseil constitutionnel a indiqué que les circonscriptions françaises devaient contenir désormais environ 125 000 citoyens. La quatrième circonscription, le Kochersberg à l’ouest de Strasbourg, avoisinait les 155 000 habitants, tandis que les circonscriptions 1ère et 2e étaient en-dessous de ce seuil.

Souffel et Reichstett, aux mains de la droite, renforcent l’UMP dans la 3ème

Chargé du redécoupage, Alain Marleix, ancien député et ministre RPR, a donc proposé aux députés du Bas-Rhin de transférer quelques parties de la quatrième circonscription aux trois autres. Pour André Schneider, député UMP de la troisième circonscription (CUS nord), ce redécoupage a été réalisé en pleine concertation entre tous les députés concernés :

« En ce qui concerne ma circonscription, on a choisi d’intégrer Souffelweyersheim et Reichstett, qui sont « à l’intérieur » de l’autoroute, pour des questions de continuité territoriale. Et pour les mêmes raisons, on ne pouvait pas transférer des morceaux au milieu du croissant que forme la 3e à la 1ère, donc on a divisé le canton 6 et le quartier de Hautepierre est allé à la 1ère. »

Pour Andrée Buchmann, candidate du PS et d’EELV, cette opération a surtout visé à consolider la droite dans la 3e circonscription :

« Si on regarde les votes exprimés lors de l’élection présidentielle, la 3e circonscription est à 52% à droite aujourd’hui. Avec le découpage de 2007, elle aurait été à 52% à gauche. La gauche a progressé au nord de la CUS mais les ajouts de cantons à droite de Souffelweyersheim et Reichstett, plus le retrait d’Hautepierre, qui est plutôt à gauche, annule cette progression. »

Marc Baader, le candidat du Front de gauche, a fait ses comptes : Mélenchon a réalisé 11% des voix à Schiltigheim, Bischheim, mais en ajoutant Souffel et Reichstett, la moyenne tombe à 7%. André Schneider réfute ces accusations :

« D’abord, je n’étais pas demandeur. Ma circonscription affichait environ 127 000 habitants, donc on aurait très bien pu ne pas y toucher. Ensuite, le conseil constitutionnel a veillé à ce que les grands équilibres ne soient pas modifiés, soit dans le Bas-Rhin, un député de gauche et huit de droite. Si on avait voulu, on aurait très bien pu filer la Robertsau dans la 1ère ! Enfin, j’ai réalisé de très bons scores à Hautepierre et je suis élu de droite dans cette circonscription qui est sociologiquement de centre-gauche depuis longtemps. »

Seul député de gauche du Bas-Rhin, Armand Jung n’a pas la même appréciation de la concertation qu’André Schneider :

« On ne nous a jamais demandé notre avis. Marleix a réuni les 50 députés du Grand Est dans une salle, il nous a expliqué les changements à venir et si on avait un problème avec ça, on pouvait toujours en parler à son collaborateur. Et voilà pour la concertation. Bon ceci dit, je trouve qu’il est bon que Hautepierre soit rattaché à la 1ère, c’est une façon de relier ce quartier avec le centre urbain. »

Maurer, « déjà le député d’Illkirch-Graffenstaden »

Dans la deuxième circonscription, le changement majeur a été l’ajout de la ville d’Illkirch-Graffenstaden, 25 000 habitants aux habitudes de vote changeantes. Aux élections nationales, comme lors de la Présidentielle, les Illkirchois votent à droite (64,35% pour Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007, 59,32% le 5 mai 2012) et à gauche pour les élections locales (70% pour Jacques Bigot, PS, aux municipales de 2008, 53,27% pour Claude Froehly, PS, aux cantonales de 2011).

Jean-Philippe Maurer, le député UMP sortant, a bien accueilli cet ajout. Pour lui, ajouter cette commune extérieure à Strasbourg a permis d’éviter un effet de dominos dans le rééquilibrage des autres circonscriptions urbaines. Fidèle à sa stratégie d’élu de terrain, Jean-Philippe Maurer a investi Illkirch-Graffenstaden dès le redécoupage officialisé :

« Certains à droite m’ont dit que j’étais fou d’avoir accepté Illkirch dans ma circonscription, mais je voulais éviter le découpage à la hache. Depuis un an et demi, j’ai une permanence à Illkirch et je participe à la vie locale, aux manifestations, fêtes paroissiales et autres fêtes de l’Ill. J’ai déjà couru deux fois à la corrida de Noël d’Illkirch et participé aux parcours du cœur. J’étais présent aux 80 ans de l’association Fruits et fleurs et au centenaire du club de foot. Dans un sens, je suis déjà le député d’Illkirch-Graffenstaden. »

Candidat PS dans la 2e circonscription depuis 2007 après avoir été le suppléant de Roland Ries en 2002, Philippe Bies a mal accueilli la nouvelle en 2010. Aujourd’hui, il croit toujours en ses chances, d’autant que l’arithmétique de la Présidentielle appliqué à la circonscription la mettrait à gauche, et qu’il s’est lui aussi donné les moyens de conquérir les suffrages illkirchois :

« Ma suppléante, Martine Castellon, est d’Illkirch-Graffenstaden, adjointe au maire en charge des sports. J’ai travaillé pendant huit ans à la mairie d’Illkirch comme collaborateur de Jacques Bigot, lequel s’est mobilisé pour faire gagner la gauche dans sa commune pour cette élection. »

L’écart des voix est de 1600 en faveur de la gauche, si on prend les résultats de l’élection présidentielle de 2012, il était de 681 voix en 2007 sans Illkirch.

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.
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