Environnement 

Pourquoi est-il si compliqué de se garer au centre-ville de Strasbourg

actualisé le 11/05/2017 à 12h49

On en sait un peu plus sur les habitudes de stationnement à Strasbourg. La municipalité a constitué un « observatoire du stationnement » et veut guider sa politique future à l’aide de données tangibles.

Que ce soit le maire ou son adjointe, « nous recevons des demandes contradictoires », remarque Pernelle Richardot (PS) en charge du stationnement :

« D’un côté, on veut plus d’espace public, avec par exemple des trottoirs plus larges, mais aussi se garer au plus près de son domicile et de son travail. »

Et les enjeux de stationnement, que ce soit le nombre de places, de prix ou de durée des plages payantes occasionnent toujours de vifs débats, quand ce ne sont pas des pétitions.

Un observatoire du stationnement

Les différentes instances strasbourgeoises ont essayé d’y voir un peu plus clair dans le stationnement. Un très sérieux « Observatoire du stationnement » a été mis en place avec l’agence de développement d’urbanisme et de l’agglomération strasbourgeoise (l’Adeus) et la société publique Parcus.

Ses travaux visent à mieux cerner si les voitures stationnées appartiennent à des habitants, des travailleurs, des visiteurs occasionnels, à quelle heure, combien de temps, quels jours, etc.

« Beaucoup d’idées reçues tombent », constate Pernelle Richardot, comme celle de « voitures ventouses » de riverains qui resteraient toute la semaine et priveraient les autres automobilistes de places. En moyenne, une dizaine de milliers de véhicules ne bougent pas de la journée, mais environ 50% sont utilisés par les riverains.

A certains endroits, il y a quatre fois plus de demande que de places de stationnement. Mieux vaut être un peu chanceux. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Quant à Robert Herrmann (PS), président de l’Eurométropole et de l’ADEUS, il estime que c’est l’occasion « d’interroger des notions » comme celle du « no parking, no business » (pas de parking, pas de commerce), pour « s’assurer qu’elles reposent sur quelque chose ».

Une étude qui tombe à point nommé puisque de nouveaux collectifs de commerçants, assez virulents, se sont formés ces derniers mois : Étincelles et l’association Défis. Tous deux ont dans leurs revendications une meilleure accessibilité du centre-ville, notamment en voiture.

Cartes et graphiques

Dans ce premier rapport de 19 pages, très lisible et agrémenté de graphiques et de cartes, l’Adeus livre de nombreuses données sur le stationnement en 2016, dans les secteurs payants à ses limites (comme l’Esplanade, qui passera en grande partie payante le 1er juillet).

Ces travaux ont notamment été réalisés à l’aide d’un scooter aux allures d’engin pour livraison de pizzas, qui compilait les plaques d’immatriculation, « sans fichage » assure Caroline Barrière (PS), présidente de Parcus depuis janvier. Les 10 500 places privées des habitants dans le secteur payant ont été ajoutées aux calculs.

Notons tout de même que les informations ne sont pas complètement exhaustives. Les parkings privés comme celui de la place Kléber, géré par Indigo (ex-Vinci Park), Wodli près de la gare ou du centre commercial Rivétoile n’y figurent pas. Néanmoins ces structures doivent être ajoutées pour l’étude de 2017, puisque cet observatoire se veut annuel, afin de constater les évolutions (ou non). Enfin, ces données sont croisées avec celles d’une grande enquête sur les ménages et leurs déplacement de 2009.

Quelques chiffres marquants :

  • Les voitures sont à l’arrêt en moyenne 96% du temps. (p.4)
  • En moyenne, 92% des places sur l’espace public sont occupées entre 9h et 17h. (p.11)
  • Les pics de stationnement (environ 30 000 véhicules) se situent à 9h30, 11h30 et 14h30, sauf dans la grande-île ou il s’agit de la pause entre 12h et 14h. (p.4 et 10)
  • À 9h30, il y a environ 4 fois plus de voitures qui ont besoin de se garer que de places en voirie dans la grande-île. (p.10)
  • La nuit, cette proportion tombe à 2 fois plus de demandes que de places, mais la Krutenau se trouve aussi concernée. (p.10)
  • Le nombre de places accessibles à tous en voirie est de 11 500, ainsi que 1 000 places à usage spécifique (livraisons, taxi, handicap, place diplomatique, etc.). 18 parkings payants en sous-sols ou en étages viennent compléter l’offre avec 9 030 places. (p.6)
  • Dans l’hyper-centre plus de 80% des ménages n’ont pas de place de parking privé. Dans ces mêmes secteurs, on compte parfois jusqu’à une place pour 10 ménages en voirie. (p.8)
  • Quatre parkings publics sont proches de la saturation (Gutenberg, Sainte-Aurélie, Austerlitz et Bateliers) autour de 17h et 19h (p.18)
  • Les parkings ont tous un pic de fréquentation le samedi et un minimum le dimanche, sauf le parking Sainte-Aurélie près de la gare plus fréquenté en milieu de semaine. (p.18)

Le stationnement des pendulaires, qui viennent tous les matins et repartent tous les soirs, serait notamment à dissuader (40% du stationnement en journée, 18 000 automobiles à Strasbourg). Dans le centre, on compte parfois une place pour 10 emplois. (p.9)

Ces conclusions doivent guider la politique de stationnement de la Ville de Strasbourg dans les prochaines années.

Le rapport annuel de l’Adeus

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.
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