Brèves 

Roland Ries « hostile » à un nouveau meeting de Recep Tayyip Erdoğan au Zénith

Alors que les relations entre les États européens et la Turquie se tendent, le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) sort de sa réserve et s’oppose à la venue du président turc Recep Tayip Erdogan pour un meeting dans la salle du Zénith. Le dernier mot revient à l’État.

Le Président turc Recep Tayip Erdogan a pris contact avec la société Vega, qui gère la salle du Zénith, pour y tenir un nouveau meeting. Il souhaite venir début avril, à quelques jours de la tenue du référendum du 16 avril qui vise à réviser la Constitution pour étendre ses pouvoirs, notamment en ce qui concerne la nomination des juges et procureurs.

Si le « oui » l’emporte, le chef de l’État pourrait alors rester au pouvoir jusqu’en 2029. Son parti, les conservateurs de l’AKP, estime que « le système présidentiel mettra fin à l’ère des coalitions » et voit dans l’hyper présidence un gage de « stabilité ». Pour les opposants, c’est au contraire un marche-pied à un nouveau durcissement du régime autoritaire, qui a enchaîné les emprisonnements d’opposants depuis le coup d’État raté à l’été 2016.

Saisie du ministère de l’Intérieur

Le gouvernement mène une intense campagne à l’étranger, où les expatriés ont désormais le droit de vote. Une importante proportion soutient le régime lors des différents scrutins. La communauté turque en France compte environ 700.000 personnes, dont 160.000 dans le Grand Est.

Pour tenter d’empêcher la tenue d’un rassemblement des soutiens de Tayyip Erdogan, le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) a saisi le ministère de l’Intérieur :

« Je suis hostile à cette venue avec les risques d’atteintes à l’ordre public qu’elle comporte. Et cela, d’autant plus après les propos de dimanche envers la chancelière allemande Angela Merkel. »

Tensions avec l’Allemagne

Dimanche 19 mars, le chef de l’État turc a déclaré lors d’un discours à la télévision que « quand on les traite de Nazis, cela ne leur plaît pas. Ils manifestent leur solidarité. En particulier Merkel », en écho à l’interdiction de meetings en Allemagne. « Mais tu a recours en ce moment précis à des pratiques nazies ».

Cette envolée poursuit une série de provocations diplomatiques à l’encontre de l’Allemagne (Tayyip Erdogan avait déjà parlé de « pratiques nazies » début mars, sans nommer directement la chancelière), qui pensait avoir trouvé un allié pour accueillir une partie des réfugiés qui veulent venir sur son sol. Un des conflits porte sur le placement en détention provisoire en Turquie de Deniz Yücel, correspondant du quotidien allemand Die Welt, accusé de propagande « terroriste ».

Les provocation du président turc Recep Tayip Erdogan ne sont plus du goût du maire de Strasbourg (Photo World Humanitarian Summit 2016 via VisualHunt / CC BY-ND)

Trouble à l’ordre public ou position diplomatique

Pour une interdiction du meeting strasbourgeois, l’État français, par le bais de la Préfecture, doit estimer que l’événement risque de troubler l’ordre public. Il peut aussi avoir une position diplomatique générale, en interdisant tout meeting sur son territoire, à l’instar des Pays-Bas début mars.

Le ministre des affaires étrangères Mevüt Cavusoglu s’était alors replié sur Metz devant environ 800 spectateurs, où il avait qualifié les Pays-Bas de « capitale du fascisme ». Avant la tenue de la réunion publique, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault (PS), n’y avait pas vue de menace à l’ordre public et n’avait pas cédé aux demandes d’interdictions.

Un changement de doctrine strasbourgeoise

La municipalité appliquait jusqu’ici un principe, ne pas créer de « refus de vente » et faisait valoir que le Zénith se trouve sur la commune d’Eckbolsheim, à la limite du quartier de Hautepierre. C’est ainsi qu’un grand meeting s’était déjà tenu en octobre 2015 dans un silence général de la municipalité qui avait déjà généré questions et protestations à l’époque.

Depuis, l’escalade des tensions entre la Turquie et l’Union européenne n’ont jamais cessé, une des dernières en date étant de déclarer qu’il fallait s’attendre à un rétablissement de la peine de mort, ont semble-t-il convaincu le maire d’adopter un autre positionnement.

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.
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