Politique 

Strasbourg a soutenu les manifestants contre le CETA en leur laissant deux gymnases

Pour la première fois, la municipalité de Strasbourg a accompagné matériellement les organisateurs d’une manifestation européenne qui s’est tenue dans la ville.

La Ville de Strasbourg a mis à disposition deux gymnases pour loger des manifestants venus de France ou d’ailleurs en Europe pour protester contre le traité de libre-échange avec le Canada, le Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA) mercredi 15 février. Leur capacité était d’environ 250 places à eux deux, même s’ils n’ont pas été pleins mardi soir selon un organisateur. Il s’agit d’un gymnase au Heyritz et d’un autre à la Musau.

Une demande des Amis de la terre

En mettant à disposition ces locaux, la municipalité de Strasbourg a accédé à une demande de l’association Les Amis de la Terre, membre du collectif STOP Tafta, qui milite aussi contre le CETA. Cette organisation écologiste a déjà participé à plusieurs reprises à des travaux sur l’évasion fiscale avec Chantal Cutajar au sein de la plateforme « Paradis Fiscaux et judiciaires » dont l’Observatoire citoyen pour la transparence financière internationale de l’universitaire strasbourgeoise fait partie. L’association a sollicité l’adjointe à la démocratie locale Chantal Cutajar (non-encartée, apparentée PS).

Le malaise CETA

Le sujet du CETA met mal à l’aise une grande partie de la classe politique française et très rares sont les élus à s’exprimer. Parmi les candidats à l’élection présidentielle française, seul Emmanuel Macron (« En Marche ») a clairement pris position en faveur du CETA. Parmi les eurodéputés français, les élus PS ont voté contre, alors que le groupe européen s’est majoritairement prononcé pour. La droite et le centre ont voté pour, même si on peut relever des exceptions.

Le gouvernement français est aussi favorable au CETA. Les opposants s’inquiètent notamment des tribunaux privés où les entreprises européennes ou canadiennes pourront contester les lois des pays si elles estiment qu’elles ne leur sont pas favorables. Les droites nationalistes de tous les pays européens s’y sont également opposées.

Ce soutien matériel peut étonner. À titre personnel ou de sénateur, le maire Roland Ries (PS) a toujours fait valoir ses convictions européennes, il a rarement impliqué sa collectivité dans les débats politiques du moment, en dehors des questions sur le siège du Parlement. Encore moins pour une manifestation qui va contre l’avis du Parlement européen, qui a adopté mercredi le texte par 408 voix contre 254.

Le maire ne s’était pas non plus exprimé sur le projet de traité avec les États-Unis (TTIP ou TAFTA), pourtant plus contesté, mais qui semble au point mort depuis que des fuites ont révélé son contenu au grand public. La contestation contre le traité ACTA (qui avait obtenu un vote défavorable au Parlement en 2012) n’avait pas non plus été particulièrement soutenue par la Ville de Strasbourg.

Une manif soutenue logisitiquement par la municipalité, une première ? (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Un avis et tout s’enchaîne

Selon la municipalité, c’est un avis intitulé « Ne sacrifions pas les Droits de l’Homme aux intérêts commerciaux » de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme du 16 décembre 2016 qui justifie cette position nouvelle.

Pour Chantal Cutajar, qui à titre personnel a déjà dénoncé dans le CETA « un outil de contournement de la régulation et une arme de destruction massive des États de droit », il ne faut pas y voir un engagement sur le fond :

« Ce n’est pas une prise de position de la municipalité pour ou contre le CETA, mais contre la manière dont la débat a été mené. Personne ou presque ne sait ce qu’est le CETA. Or quand des décisions sont prises au nom des citoyens, elles doivent faire l’objet d’une information. Tout le monde a le droit de dire qu’il est pour ou contre le CETA et les mobilisations sont plus habituelles à Bruxelles qu’à Strasbourg. »

Quant au gymnases, « on a considéré que c’était utile et juste, » avance l’adjointe au maire. Mais dans les services de la Ville ou parmi les élus de la municipalité, certains s’interrogent si la situation pourrait créer un précédent et qu’à chaque manifestation d’envergure, les organisateurs demandent un point de chute. « Tout le monde peut faire des demandes et on étudiera à nouveau si c’est utile et juste », répond Chantal Cutajar.

Un débat lundi

Lundi 13 février, la municipalité avait également organisé un débat sur le CETA au centre administratif, avec Samuel Leré, chargé de projets Climat-Energie à la Fondation Nicolas Hulot et rapporteur de l’avis au sein de la Commission nationale consultative des droits de l’homme et Thomas Borrell de l’association Les Amis de la Terre France. Il était animé par Chantal Cutajar.

Le texte voté sera appliqué en partie dans les pays membres, mais il doit être ratifié par les Parlements nationaux (et certaines régions de plusieurs pays).

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.
En BREF

Les orthophonistes se mobilisent samedi à Strasbourg

par Louis Pillot. 891 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

La SNCF cherche ses futurs agents, qui ne seront pas communiquants

par Louis Pillot. 1 047 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Quatrième manifestation pour l’Europe à Strasbourg dimanche

par Louis Pillot. 368 visites. 2 commentaires.