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De Strasbourg à Paris, itinéraire de chaussures solidaires

actualisé le 03/02/2014 à 07h25

Un modèle des chaussures solidaires "Equal for All" (photo : Jean-Loup Karst)

Un modèle des chaussures solidaires « Equal for All » (photo : Jean-Loup Karst)

Jimmy et Yahya sont strasbourgeois. Parisiens d’adoption, ils ont créé « Equal for All », une marque de chaussures un peu particulière : en achetant leurs baskets, vous financez des projets solidaires. Étonnant non ? Entretien.

Blog19h. Nous nous retrouvons dans un troquet du 11ème arrondissement de Paris. Il s’agit bien de retrouvailles : notre première rencontre avait eu comme singulier théâtre une péniche amarrée à la Seine, à l’occasion du premier apéro’ des jeunes Alsaciens de Paris, un épisode que je vous contais dans mon article précédent. Quelques mois ont passé et les deux néo-entrepreneurs foncent à plein nez : leur idée un peu folle de développer une marque de chaussures pour financer des projets solidaires se concrétise. Et heureusement car dans cette aventure, c’est leur carrière qu’ils ont jouée.

Jimmy à gauche et Yahia, à droite : les fondateurs d'Equal for All. (photo : Jean-Loup Karst)

Jimmy à gauche et Yahya, à droite : les fondateurs d’Equal for All. (photo : Jean-Loup Karst)

« On a quitté nos boulots respectifs »

Yahya détaille :

« Equal for All, ça a démarré avec Jimmy et moi, en juin 2012. On travaillait tous les deux mais on profitait de nos week-ends pour discuter de ce projet. Puis c’est devenu plus sérieux, donc on a fait appel à d’autres compétences. Nicolas (designer) nous a rejoints, puis Jean-Loup … qui nous accompagnait en fait depuis le début. C’est devenu si sérieux que Jimmy et moi avons quitté nos boulots ! »

Le concept est plutôt simple : une partie des 89€ que vous coûte une paire de baskets est allouée au financement de projets de solidarité. Quelle part ? Nous ne le saurons pas. Mais si, de prime abord, le prix (unique) peut paraître relativement élevé, cela peut se justifier à l’aune d’une fabrication « durable et responsable sur toute la chaîne de production », effectuée au Portugal, ainsi que par la qualité du produit : en cuir de vache, composé d’éléments 100% recyclables.

Puisqu’il est question d’argent, je mets le sujet sur la table. Yahya explique :

« On a investi de l’argent, on n’a rien sans rien : tu peux pas lancer une marque de chaussures avec 1 euro. Et pour l’instant, au niveau de la rémunération, on n’y est pas encore (…). D’ailleurs, même si on n’a pas tous les quatre la possibilité de s’investir autant – Nicolas et Jean-Loup ont encore un emploi en parallèle – on a décidé que nos salaires seraient identiques : on gagne, on perd à quatre, c’est comme ça qu’on peut avancer. »

Jimmy d’enchaîner :

« Yahya était dans la finance de marchés, moi j’étais dans l’immobilier haut de gamme, on aurait pu faire carrière là-dedans mais on a préféré repartir de zéro ».

Yahya le coupe : « on avait déjà commencé à faire carrière ! » C’est donc logiquement que je leur pose la question : qu’est-ce qui a bien pu les pousser à quitter des postes confortables, sûrement obtenus au terme d’usantes études, pour se lancer dans cette aventure ?

« Je vais réussir et, le jour où j’aurai réussi, je vais aider »

Jimmy reprend :

« J’avais envie d’entreprendre et Yahya m’a convaincu du bien-fondé du social business. Il avait déjà créé Vert Ici, un marché de produits locaux et bio à côté de la place Kléber. Il revenait sans cesse sur le sujet, m’a fait lire le bouquin de Muhammad Yunus… Avec tout ça, j’ai réalisé que dans le monde d’aujourd’hui, il fallait développer oui, mais avec l’envie d’aider les autres. C’est ce qu’on veut prouver au monde : tu peux créer, réussir, tout en aidant les autres en même temps. »

Yahya va plus loin :

« Avec Equal For all, on a voulu réinventer un type de société – rien que ça ! – dans une économie positive. On veut créer un produit de qualité qui respecte son environnement et qui permet, avec les bénéfices qu’il dégage, d’initier des projets sociaux. Donc oui, on a quitté nos jobs mais pour tendre vers quelque-chose de meilleur et qui a plus de sens pour nous. »

Tout ça a un sens oui, et est même louable. Mais comment en vient-on à la chaussure ? La réponse est laconique :

« On avait tous les deux une passion pour la mode et la chaussure. Et on avait envie de faire un produit physique, palpable, qui dure dans le temps : pour initier des projets sur le long terme, il fallait un produit récurrent, or, tout le monde se chaussera toujours ! »

Equal for Child, le 1er projet financé - Photo : Jean-Loup Karst

« Equal for Child », le 1er projet financé par la vente de chaussures.  (photo : Jean-Loup Karst)

1 000 paires vendues, trois projets financés

Le pari, s’il n’est pas encore gagné, est déjà très bien engagé, notamment sur le plan commercial : en moins de 6 mois, environ 1 000 paires ont déjà été vendues, en France comme à l’étranger, avec un nombre de points de vente en hausse constante. Ironie de l’Histoire, Jimmy et Yahya ont fait le tour des popotes en passant par Paris, l’Ouest, le Sud avant – enfin – de trouver une boutique qui proposera désormais leurs modèles… à Strasbourg (Urban Shooz, rue des Frères). Tous deux d’insister néanmoins sur un point essentiel : « On aurait pu avoir plus de boutiques mais on a envie de s’associer à des revendeurs qui croient aussi bien au produit qu’au message ». Yahya : « On a été confronté à des gens qui voulaient uniquement faire de l’argent mais on a refusé : on veut que le message soit relayé pour qu’il ait un impact sur la société. »

Justement, à ce jour, trois projets ont déjà été menés à bien, ce qui est en soit une belle réussite, alors que de nombreux autres sont déjà sur les rails. Equal for Child, d’abord, en octobre dernier : une opération qui a offert l’opportunité à des enfants de Cergy (banlieue parisienne), d’échanger autour de la notion d’égalité avant d’élaborer, en compagnie d’artistes, une grande fresque sur ce thème. Dans la continuité de ce projet, les jeunes entrepreneurs finançaient le mois suivant une sortie au Zoo d’Amnéville pour des enfants du service de cancérologie de l’hôpital de Hautepierre. Là encore, une très belle initiative que les caméras de France 3 ont d’ailleurs suivie, signe que la mayonnaise est en train de prendre et que l’entreprise des quatre compères est sur le bon chemin.

Plus récemment, ce sont des artistes qui, par le passé, se sont produits dans la rue (ou s’y produisent toujours) qui ont eu la chance de se retrouver sous le feu des projecteurs au cours d’un concert solidaire baptisé « Equal for Artists ». Cette dernière opération – et toutes celles qui vont suivre – permettront à chacun de se rendre compte que, si la réalité de l’entrepreneuriat n’est pas toujours très rose en ces temps de crise, on peut faire beaucoup avec une bonne idée, de l’huile de coude et … du cuir de vache.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : « Apéro jeunes cadres alsaciens » : on a parlé networking et knacks à Paris

La marque « Equal for All » et les projets à venir.

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L'AUTEUR
Jérémy Schlosser
Jérémy Schlosser
Communicant public expatrié à Paris, je tiens ici une petite chronique de mon exil que j'espère décalée et riche en infos pratiques !
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