Jeanne Barseghian l’admet : la démocratie participative, marqueur fort de 2020, a suscité critiques et frustrations. Trop verticale, parfois trop lente pour les citoyennes et citoyens qui attendaient des réponses rapides à des problématiques très concrètes… Alors, pour le prochain mandat, l’exécutif promet un changement d’échelle. Pour cela, les élu·es de quartier verront leurs délégations renforcées. Ils pourraient disposer de budgets dédiés pour répondre plus rapidement aux demandes locales, avec des permanences accrues et des rendez-vous fixes avec les habitant·es. Une inflexion qui n’est pas sans rappeler les propositions avancées le 5 février par Jean-Philippe Vetter (Les Républicains).
Pour autant, la maire récuse tout retour aux adjoints de quartier de l’ère Roland Ries, qui avaient davantage de pouvoir de décision. Les élu·es resteront vingt, contrairement aux adjoints qui étaient moitié moins, et n’auront pas un pouvoir de décision équivalent. « Il y avait une forme de baronnie locale », tranche Jeanne Barseghian, évoquant des élus qui refusaient, par exemple, des logements sociaux dans leur secteur. Sur les grandes politiques — logement, transports — l’exécutif entend garder la main.
Un retour partiel au tirage au sort
Même logique d’ajustement pour les assemblées de quartier. Sous Roland Ries, les membres étaient tirés au sort. Sous la première mandature écologiste, la participation était libre. Pour la suite, Jeanne Barseghian propose un système hybride : un « noyau » d’habitant·es tirés au sort pour animer les travaux, tout en conservant l’ouverture à toutes celles et ceux qui souhaitent participer.
Autre évolution notable : la création de conseils d’urbanisme pour associer les Strasbourgeois·es en amont des grands projets. L’exécutif promet d’ouvrir la discussion dès la phase de conception, en simplifiant au passage un « jargon administratif » souvent dissuasif. Les premiers dossiers concernés seraient le réaménagement de la place de l’Homme-de-Fer, l’agrandissement du parc de la place de Haguenau et la végétalisation de la place de Bordeaux.
Médiateurs municipaux, un air de déjà-vu
En cas de réélection, la maire souhaite relancer les conventions citoyennes. La première porterait sur les déchets et l’avenir de l’incinérateur. Et une nouvelle mesure doit voir le jour pour les citoyennes et citoyens mécontents : un droit d’interpellation citoyen. Celui-ci serait instauré ainsi : à 5 % du corps électoral mobilisé par pétition, une convention citoyenne serait organisée ; à 10 %, une votation locale serait déclenchée. Le corps électoral serait élargi aux jeunes de plus de 16 ans et aux résident·es étrangers.
Dans cette même thématique apparaît une mesure au parfum de déjà-vu : la création d’un poste de médiateur ou médiatrice pour régler gratuitement les litiges entre usager·es et administration. Une proposition défendue dès décembre 2022 par Pierre Jakubowicz, élu d’opposition et aujourd’hui candidat Horizons. Sa résolution avait été adoptée en conseil municipal, « pour laquelle il y a eu un groupe de travail et qui n’a jamais été mise en œuvre », rappelle t-il. Une résolution votée à la quasi-unanimité. En la remettant sur la table en pleine campagne, l’exécutif assume de fait une reprise à son compte d’une initiative de l’opposition restée dans les tiroirs pendant plus de trois ans. De quoi alimenter le procès en opportunisme que ne manquera pas de faire Pierre Jakubowicz.
L’équipe de campagne de Jeanne Barseghian confirme qu’il s’agit d’une idée qui a été portée par Pierre Jakubowicz : « Nous y souscrivons. Dans le rythme déjà intense du mandat, elle n’a pas été mise en œuvre mais nous souhaitons nous y pencher par la suite. »
Conseil de l’accessibilité
La seconde partie de la conférence de presse a mis l’accent sur l’inclusion. Ameris Amblard et Floriane Varieras, colistières, ont annoncé la création d’un conseil de l’accessibilité réunissant personnes en situation de handicap, seniors, parents, aidant·es et associations, avec l’ambition de les intégrer systématiquement à tous les projets d’aménagement, jusqu’aux visites de chantier.
La majorité promet également un plan global « zéro discrimination », pensé de manière transversale dans toutes les politiques municipales. Les acteurs associatifs, éducatifs, sociaux et économiques seraient mobilisés pour renforcer la formation, tandis que l’observatoire des discriminations serait consolidé. L’exécutif entend aussi développer de nouveaux formats de rencontres interculturelles et valoriser les cultures locales, qu’elles soient géographiques ou religieuses.
Plus singulière, la volonté de faire de Strasbourg un laboratoire d’expérimentation en matière de justice restaurative. L’objectif est de ne pas se limiter à l’exclusion des auteurs de violences, mais de travailler à la prévention de la récidive et à la réparation.
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