Vie pratique 

Expliquer l’Europe, la « mission impossible » du Parlamentarium à Strasbourg

actualisé le 15/06/2017 à 20h56

Au sein du Parlement européen à Strasbourg, le Parlamentarium ambitionne de rapprocher l’Union européenne des citoyens en expliquant l’impact de l’institution dans la vie quotidienne. Mais les premiers visiteurs ne sont pas tous emballés.

Bruxelles a le sien depuis cinq ans, celui de Strasbourg vient d’ouvrir ses portes : le Parlamentarium , un mini-musée interactif qui présente le rôle du Parlement européen et le fonctionnement de l’Union européenne (UE), accueille les curieux depuis lundi.

Les premiers visiteurs découvrent le Parlementarium, situé sous l'hémicycle au Parlement européen à Strasbourg. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Les premiers visiteurs découvrent le Parlamentarium , situé sous l’hémicycle au Parlement européen à Strasbourg. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Situé au sein du Parlement européen, dans le bâtiment principal – le « Louise Weiss » – directement accolé à l’hémicycle, le Parlamentarium de Strasbourg occupe une surface réduite (930 m2) et fait pâle figure par rapport à celui de Bruxelles – sur 6 000 m² et plus fourni. Mais il a l’avantage de se situer au cœur de l’institution, là où se mène la vie parlementaire, alors que son grand frère en Belgique occupe un bâtiment à part.

Objectif : faire aimer l’Europe

Outre les panneaux explicatifs et les trombinoscopes numériques qui présentent les 751 eurodéputés (et permettent de leur envoyer des messages), un cinéma à 360° diffuse un film d’une dizaine de minutes qui s’intéresse au travail parlementaire. De la crise migratoire au réchauffement climatique en passant par la menace terroriste, il revient aussi sur les défis auxquels l’UE fait face. Avec un objectif clair : montrer en quoi l’Europe impacte – positivement – la vie des citoyens. À la sortie de la salle de projection, Margret Werner, originaire de Bonn, semble émue :

« Ce film dit tout ! Il rappelle l’importance d’être unis, surtout en ces temps difficiles. Car l’idée de l’Europe est là : nous sommes plus forts ensemble que séparés. Il explique aussi que l’Europe est en paix grâce à l’UE ; c’est toujours bon de le rappeler, surtout aux plus jeunes. »

Margret Werner, originaire de Bonn en Allemagne, a particulièrement apprécié le film diffusé à 360° dans le Parlementarium. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Margret Werner, originaire de Bonn en Allemagne, a particulièrement apprécié le film diffusé à 360° dans le Parlamentarium . (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Les « plus jeunes », justement, s’amusent près de la « sharing box » – un photomaton connecté estampillé « Parlement européen ». Carla Souto, Océane Gingat et Soukaïna Jamau passent leur brevet dans quelques jours. Elles espèrent ne pas tomber sur une question en lien avec l’UE, parce que « c’est trop compliqué ». « Comprendre l’Europe, c’est franchement mission impossible ! » surenchérit un autre élève.  Pourtant, en plus de leur faire découvrir le Parlement européen, Cyril Pons, professeur au collège Françoise-Giroud à Vincennes, fait tout pour rendre la matière plus digeste :

« Dans le programme de 3e, on retrouve l’Europe dans différents chapitres : en histoire, avec la construction communautaire, en géographie et en éducation civique, avec le rôle des députés européens. Je préfère mélanger les trois pour que les élèves comprennent bien ce qu’est l’UE. Et des visites comme celles du Parlamentarium m’aident beaucoup. »

La visite du Parlementarium à Strasbourg n'a pas révélé, chez les collégiennes Carla Souto, Océane Gingat et Soukaïna Jamau (de g. à d.) de grande passion pour l'UE. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

La visite du Parlamentarium à Strasbourg n’a pas révélé, chez les collégiennes Carla Souto, Océane Gingat et Soukaïna Jamau (de g. à d.) de grande passion pour l’UE. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

« C’est ennuyeux »

Les groupes, souvent accueillis par un eurodéputé, peuvent aussi suivre les débats et les votes dans l’hémicycle, depuis les tribunes qui surplombent la salle. Chaque année, le Parlement européen reçoit quelque 175 000 visiteurs sur son site strasbourgeois – dont 110 000 en dehors des sessions plénières. Pour l’eurodéputée française Sylvie Guillaume (PSE), c’est particulièrement pour ces derniers que le Parlamentarium existe :

« Le Parlamentarium fonctionne aussi lorsque nous ne sommes pas en session et que les visiteurs découvrent un hémicycle complètement vide. Il permet ainsi de mieux comprendre en quoi consiste notre travail, combien nous sommes, ce que nous faisons, etc. Dans le parcours du visiteur, le Parlamentarium est donc vraiment un plus. »

L'eurodéputée française Sylvie Guillaume voit d'un très bon oeil l'ouverture d'un Parlementarium à Strasbourg. (CS / Rue89 Strasbourg / cc)

L’eurodéputée française Sylvie Guillaume (PSE) voit d’un très bon oeil l’ouverture d’un Parlamentarium à Strasbourg. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Mais tous les visiteurs ne sont pas convaincus. La jeune Polonaise Olga Zuber fait partie d’un groupe invité par l’eurodéputé conservateur Kozma Zlotowski. Elle baille devant une borne numérique de l’exposition : « c’est ennuyeux… », lâche-t-elle, sans pour autant réussir à expliquer ce qui lui déplaît tant. Quant à l’Allemand Karl Heinz Fröhner, en vacances en Alsace pour une semaine avec son épouse, il n’est pas tendre avec les eurodéputés :

« Les politiques qui siègent au Parlement européen sont ceux qui ne percent pas en Allemagne. Ce sont soit des jeunes qui sont envoyés ici pour finir leur puberté, soit des vieux dont on ne sait plus quoi faire. Mais de toute façon, le Parlement n’a aucun poids par rapport à la Commission ! Il n’est là que pour le show »

Invitée à Strasbourg par l'eurodéputé conservateur polonais Kozma Zlotowski, Olga Zuber n'est pas convaincue par l'expérience du Parlementarium. (CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Invitée à Strasbourg par l’eurodéputé conservateur polonais Kozma Zlotowski, Olga Zuber n’est pas convaincue par l’expérience du Parlamentarium . (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour le Britannique Hamish Campbell, la visite du Parlamentarium a un goût amer – comme tout ce qui touche à l’UE, en réalité, depuis le vote en faveur du Brexit, il y a près d’un an. Ce Londonien croit à l’engagement « alternatif » et méprise la politique « mainstream ». Or à ses yeux, c’est bien cette dernière que pratique le Parlement européen. Alors, il ironise :

« C’est super de voir un Parlement qui fonctionne. De vrais débats se tiennent ici. Et n’est-ce pas cela, le rôle d’un Parlement – discuter, débattre ? L’action des députés européens a très peu d’effet, mais c’est bien de voir qu’au moins, ils essayent de peser. En vain, certes, mais ils essayent ! »

Pour le Britannique Hamish Campbell, l'un des premiers visiteurs du Parlementarium à Strasbourg, le Brexit est un "désastre". (CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour le Britannique Hamish Campbell, l’un des premiers visiteurs du Parlamentarium à Strasbourg, le Brexit est un « désastre ». (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Au moins, le Parlamentarium a l’avantage d’ouvrir le débat. Certains semblent soudain prendre conscience qu’ils ne sont pas juste polonais, italiens, espagnols ou lettons. Qu’ils sont aussi européens. Et que cette citoyenneté supranationale s’accompagne de droits, comme par exemple la libre circulation (des personnes, mais pas seulement), la protection consulaire ou le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales et européennes.

« Encore en phase de test »

Toutefois, quelques jours après son ouverture au public, le Parlamentarium cherche encore ses marques, comme en témoigne René Rombouts, qui gère les visites du Parlement européen à Strasbourg :

« Nous sommes encore en phase de test, nous découvrons des couacs de logistique, des modifications à apporter. Les bornes numériques tremblent dès que quelqu’un se déplace à proximité, rendant floue l’image sur l’écran. C’est à corriger. Et il manque par exemple des panneaux qui interdisent les boissons, un sens giratoire qui indique l’entrée et la sortie… Vu le nombre de personnes à accueillir chaque jour, il faut s’organiser de manière martiale, sinon cela ne fonctionnera pas. »

Au Parlement européen, René Rombouts est chargé de l'accueil des visiteurs. Il s'assure que la phase de rodage du Parlementarium se déroule bien. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Au Parlement européen, René Rombouts est chargé de l’accueil des visiteurs. Il s’assure que la phase de rodage du Parlamentarium se déroule bien. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

L’inauguration officielle du Parlamentarium de Strasbourg est fixée au 3 juillet. Le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, en européen convaincu, a été invité.

Y aller

Le Parlamentarium de Strasbourg, ouvert du lundi au vendredi, de 10h à 17h, bâtiment Louise Weiss du Parlement européen.

L'AUTEUR
Céline Schoen
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