Environnement 

Des maires s’inquiètent de sondages archéologiques bâclés sur le tracé du GCO

Des équipes d’archéologie préventive procèdent à des sondages en pleine campagne avant les travaux du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Mais selon certains maires opposés à la construction de l’autoroute, ces recherches sont expéditives pour éviter que des fouilles ne ralentissent le chantier.

Les travaux pour le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg n’ont pas encore débuté, mais des engins de chantier sillonnent déjà le Kochersberg et la limite de l’Eurométropole, soit pour les forages géotechniques, soit pour des diagnostics archéologiques.

Ce second aspect est confié par le concessionnaire Vinci (via sa société Arcos) à deux sous-traitants, Archéologie Alsace et l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), qui se partagent à parts égales les travaux. Un marché d’environ deux millions d’euros, payés par Vinci. Il s’agit d’un prélude au projet d’autoroute payante de 24 kilomètres prévu pour fin 2020.

Diagnostics en janvier, avant le réveil de la nature

Leur intervention est supervisée par l’État, également signataire du contrat avec Vinci. Après plusieurs semaines de ces travaux préventifs, des maires et élus de communes concernées par le GCO ont diffusés des photos sur ces diagnostics qu’ils estiment bâclés. Ces travaux préparatoires ont débuté en janvier, lors de périodes de grand froid (jusqu’à -10°C en Alsace).

Plus que les températures qui n’incitent guère aux recherches minutieuses, le problème est que le dégel a transformé la terre en gadoue, ce qui a embourbé les engins des archéologues et compliqué leur ravitaillement en essence.

Qu’est-ce que ce godet abandonné fait là ? (photo JC Lambert / maire de Stutzheim Offenheim)

Un peu de boue à l’avant et hop le camion d’approvisionnement s’embourbe (photo JC Lambert / maire de Stutzheim Offenheim)

Autre sujet d’étonnement, les diagnostics portent sur à peine 5% des surfaces concernées, là où Jean-Charles Lambert, maire de Stutzheim-Offenheim estime qu’ils doivent porter sur au moins 10% des surfaces. Réduire les zones de recherches est un moyen selon lui de limiter la probabilité d’une découverte historique, susceptible de retarder le début des travaux. Sur le site de l’Inrap, il est indiqué que les recherches préliminaires doivent porter sur « entre 5 et 10% » des terrains.

Mais surtout, l’élu s’étonne que les diagnostics n’aient pas du tout tenu compte des conditions climatiques :

« Les tranchées, ça se remplit d’eau quand il pleut. Alors voyez les recherches de vestiges…! Imaginez qu’il y a une poterie là-dedans… C’est du foutage… Voilà ! »

 

Les surfaces diagnostiquées sont petites. Et il a plu dedans.

Agriculteur, le maire de Breuschwickersheim, Michel Bernhardt, estime que ses homologues sont mécontents, car les engins ont enfoncé la terre qu’ils vont labourer, après l’avoir semée :

« On nous a menti encore sur la façon dont se passent les choses ! Le premier mensonge de Vinci c’est de dire “le GCO passe en limite de ban.” Et bien, ils n’ont jamais pris la limite de ban chez nous jusqu’à présent ! Ils passent à travers, là où ils veulent. Vous avez vu l’état des terres maintenant ? Pour de la betterave, c’est pas possible, elle ne lèvera même pas dans une terre comme ça, la terre est trop massacrée. »

À Griesheim-sur-Souffel, le maire a pris un arrêté pour interdire les travaux, car les archéologues voulaient débuter alors que la préfecture du Bas-Rhin n’avait pas encore envoyé les autorisations. Une péripétie qui a reculé de quelques jours l’arrivée des engins…

Quant aux « écologues », censés vérifier que les espèces animales protégées soient correctement relogées, Jean-Charles Lambert assure « ne les avoir jamais vus. »

Précipitation ? Respect du calendrier répond Vinci

La rapidité avec laquelle surviennent ces travaux préparatoires font que certains se demandent les raisons de ce soudain empressement. Le contrat de concession prévoit une prolongation automatique de l’autorisation de travaux, même s’ils n’ont pas débuté avant janvier 2018, soit à la fin de la déclaration d’utilité publique délivrée en 2008.

Jean-Luc Fournier, directeur communication projets de Vinci autoroutes, réfute toute précipitation et assure que le calendrier est tenu :

« Les travaux ont été définis par un protocole avec la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Les sondages sont sur de petites surfaces mais profonds car des vestiges des époques anciennes qui sont plutôt recherchés. Les archéologues se basent sur les potentiels car certaines zones ont déjà été fouillées par le passé. Toutes les parcelles ont été libérées à l’amiable et sont soumises à une indemnisation qui correspondent à leur récolte potentielle. Ces travaux préparatoires se déroulent l’hiver doivent se terminer avant le réveil de la nature. »

Les diagnostics vont se prolonger jusqu’à avril. Un rapport intermédiaire est en cours de rédaction, tandis qu’un rapport final décidera ou non de la réalisation de fouilles archéologiques poussées. Si elles devaient être de grande ampleur, elles pourraient remettre en cause le calendrier. Tout dépend donc du résultat des sondages archéologiques en cours.

Lors des fouilles pour la Ligne à grande vitesse (LGV) qui passe en limite d’Eckwersheim, comme le GCO, plusieurs vestiges avaient été trouvés, datés du néolithique au moyen-âge. Ils avaient même donné lieu à une exposition au musée archéologique de Strasbourg. En 2016, une scène de massacre préhistorique avait également été découverte à Achenheim, une commune effleurée par le GCO.

Les champs seront difficilement cultivables, selon des agriculteurs.

Vinci assure que les agriculteurs seront indemnisés à hauteur des récoltes potentielles.

Vinci assure que les agriculteurs seront indemnisés à hauteur des récoltes potentielles.

Des diagnostics en forêt en septembre

D’autres diagnostics archéologiques sont prévus en septembre dans la forêt du Crittwald, près de Vendenheim et le long de la Bruche. Cette saison est jugée la moins traumatisante pour la faune pour un déboisement, notamment car il n’y a plus de nids en formation.

Un vestige trouvé après le passage des archéologues, mais celui-là n’ira pas dans les musées (photo JC Lambert / maire de Stutzheim Offenheim)

2017, année chargée

L’actualité du dossier du GCO est chargée en 2017. La société Arcos doit encore fournir des mesures compensatoires, c’est-à-dire créer d’autres espaces naturels similaires à ceux détruits par le tracé, normalement à proximité. Les autorisations pour les travaux préparatoires ont néanmoins été fournies dans l’attente de ces mesures définitives. Elles devront être validées par la commission nationale de protection de la ren (CNPN). « Un processus inhabituel » indique Maurice Wintz d’Alsace Nature qui voit là « une complicité de l’État ».

Sur le terrain, plusieurs cabanes du collectif GCO – Non merci sont occupées ponctuellement par des militants, en plus des marches régulières qui les relient les dimanches.

L’Inrap et Alsace Archéologie n’ont pas donné suite à nos sollicitations pour répondre aux déclarations des élus et des agriculteurs. Ils indiquent ne pas avoir autorisation de l’État pour s’exprimer lors de diagnostics.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur le GCO

Sur La Feuille de Chou : de larges extraits des déclarations des élus

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.
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