Société 

Langues régionales : 4 régions déjà rodées aux classes immersives

Comment transmettre les langues régionales françaises ? En Bretagne, au Pays-Basque français, en Occitanie, en Catalogne du Nord et, depuis la rentrée 2017 en Alsace, des classes maternelles dites « immersives » accueillent des élèves. Tour d’horizon sur ces pratiques, qui consistent à commencer la scolarité par un apprentissage uniquement de la langue régionale jusqu’au CE1, voire au-delà.

Normand, créole, tahitien, basque, corse, alsacien ou occitan, autant de langues régionales coexistent en France à côté de la langue officielle. En plus des classes bilingues mises en place depuis 1982, des « classes immersives » existent depuis encore plus longtemps. Dans ces classes, 100% de l’enseignement au moins jusqu’au CE1 se fait en langue régionale.

En France, il existe cinq réseaux d’écoles associatives et immersives. Seaska au Pays-Basque, Bressola pour les écoles en Catalan, Diwan pour le Breton et Calandreta pour l’occitan ainsi que les classes ABCM Zweisprachigkeit en Alsace depuis 2017 (voir notre article). Ces fédérations forment l’Institut Supérieur des Langues Régionales de la république Français (ISLRF) créé en 1997.

La Vache, tout un symbole qui a entrainé la perte du breton

Obliger les Bretons à parler français était de rigueur du XIXe siècle jusqu’à la première moitié du XXe. Si un enfant était surpris en train de parler breton il devait porter la vache ou ar vuoc’h en breton. Des sabots, un galet, un bout de poids ou une pancarte. Pour s’en débarrasser il fallait surprendre un autre élève en train de parler breton et lui donner ce fardeau. Le dernier à le porter avait une punition, une corvée. Ce type d’incitation à parler le français conduisit le patois a quasiment disparaître dans les années 1950. Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’imposer le breton à l’école mais de le faire vivre et avec lui la culture régionale.

L’institut est un fonds de recherche commun et permet le dialogue entre les réseaux. Dans ces écoles associatives, les parents d’élèves sont largement mis à contribution et participent à la vie de l’établissement. Elles sont reconnues par l’État et fonctionnent grâce à des conventions. Elles peuvent être territoriales, parfois des collectivités locales (ces écoles n’étant par publiques, le forfait scolaire payé par la collectivité n’est pas obligatoire), et également par autofinancement (des dons, des soutiens de particuliers). Le but de ces associations : refaire vivre le dialecte régional.

 

Dans les régions de France

  • En Bretagne :

    Le réseau d’école immersive bretonne Diwan a fêté ses 40 ans.

En Bretagne, il existe le réseau d’écoles associatives, libres et gratuites : Diwan (ce qui signifie germer). L’enseignement de la langue régionale se fait par immersion. La première école à Lampaul-Ploudalmézéau dans le Finistère a fêté ses 40 ans. Les classes Diwan sont majoritairement des établissements privés sous contrat avec l’État. Les cours s’y font en Breton, le Français n’est introduit qu’à partir du CE1 ou du CE2.

Grâce à Diwan, il est possible de faire toute sa scolarité en donnant une place prépondérante au dialecte régional. Aujourd’hui, le réseau réunit 47 écoles, soit 4 310 élèves, 6 collèges et 1 lycée. Un deuxième devrait voir le jour à Vannes à la rentrée 2018. Le nombre d’élèves est en progression, +17% en cinq ans. Avec 97,3% de réussite au bac général, le réseau Diwan affiche une moyenne supérieure à celle du reste de la France (90,7%). Le budget de ce réseau est de 4,7 millions d’euros, 53% d’autofinancement, le reste est comblé par des subventions et des dotations publiques. Fulup Jacq, directeur de l’Office régional de la langue bretonne (OPLB) estime que les bretons à parler le patois sont 180 000 aujourd’hui. Ils étaient 1,3 million au début du XXe siècle.

  • Au Pays-Basque français :

Le réseau d’école au pays-basque français ouvre de plus en plus de structures immersives. (capture d’écran)

Le basque se dit « Euskara » en langue régionale. Son apprentissage se fait dans des ikastolas, appartenant au réseau Seaska (signifiant le berceau). Il regroupe 32 écoles maternelles et primaires, 4 collèges et 1 lycée, soit en tout 3 500 élèves. La première ikastola est né en 1969 à Arcangues. Les écoles sont toutes autonomes et gérées par une association de parents d’élèves.

En juillet 1994, un statut d’école privée sous contrat d’association est attribué aux ikastola. Les cotisations par an vont de 15 à 40 euros par mois. Le reste des frais est couvert par des subventions publiques, des dons, ou des actions pour récolter de l’argent. Il y a des ikastolas dans chaque coin des Pyrénées-Atlantiques, de Pau à Bayonne, en passant pas Biarritz, et Saint-Jean-Pied-de-Port. Pour ce qui est du coût de la scolarité, à Bayonne à l’école Oihana Ikastola, le budget est de 92€ par élève pour l’année. 46 € à la charge des parents et le solde est financé par l’ikastola. Au Pays Basque français en 2016, 20,5% des habitants sont bilingues et 9,3% sont bilingues réceptifs. Mais 70,1% des habitants sont non-bascophones.

  • En Occitanie :

Les Calandretas sont présentes dans 19 départements avec 68 établissements scolaires immersifs. (capture d’écran)

En 1979, le réseau d’école associatives appelées calendrettes ou calandreta (ce qui signifie petite alouette) est créé en occitanie avec une première école à Pau. Chaque établissement est conduit par une association. Ce sont des établissements laïcs et gratuit. À Toulouse, les noms des rues sont en occitan, les arrêts de métro sont dits en français puis en occitan.

Le premier collège en occitan a ouvert à Lattes en septembre 1997. En 2017, le réseau Calandreta fédère 67 écoles, 4 collèges et 1 lycée répartis sur 19 départements. Au total 3 894 enfants sont concernés. Les écoles sont gérées par des associations de parents. Le français n’est introduit que progressivement à partir du CE1. Selon une étude réalisée par la région Midi-Pyrénées, 32 % des habitants de Midi-Pyrénées déclarent avoir au moins quelques notions d’occitan quand 18 % d’entre-eux, se disent des locuteurs. Cependant, seuls 4% ont un niveau allant de très bon à bilingue. Toute l’étude ici.

  • En Catalogne

En Catalogne, la Bressola réunit 1 000 élèves. (capture d’écran)

En Catalogne française, le réseau d’écoles immersives se nomme la Bressola. Il représente 6 écoles et 1 collège avec plus de 1 000 élèves. L’association est née en mai 1976, inspirée par le Seaska au pays-basque. La même année, une école d’immersion ouvrait ses portes à Perpignan et accueillait 7 enfants. Cette année encore, une nouvelle classe a ouvert ses portes à Pézilla-la-Rivière.

Tous les établissements confondus, l’année scolaire coûte environ  2 500 000€. Le budget de fonctionnement provient des cotisations parentales, de l’Éducation nationale, des différentes aides et une subvention de la Generalitat de Catalogne en Espagne.

  • Et peut-être bientôt en Corse ?

Des classes immersives pourraient voir le jour en Corse à la rentrée 2018. Il est question de deux projets privés à Ajaccio. C’est lingua corsa, un collectif de parents d’élèves et d’enseignants qui souhaitent ouvrir de nouvelles classes afin de sauvegarder la langue corse. Le collectif Parlemu Corsu, nourrit la même envie. Elles n’existent pas encore sur l’île, cependant, trois heures d’enseignement sur la langue et la culture régionale sont obligatoires jusqu’à la sixième. Après, l’enseignement devient facultatif.

L’Alsacien se lance dans un apprentissage intensif

Tomi Ungerer a créé le signe de l’association. (capture d’écran)

ABCM Zweisprachlichkeit propose des cursus bilingue français-allemand depuis 27 ans. Alors que la Bretagne a ouvert ses premières classes immersives il y a 40 ans, elles viennent d’ouvrir en 2017 en Alsace.

Les quelque 200 élèves répartis dans 3 écoles sont tous en maternelle, toutes sections confondues. Ceux qui passent au CP apprendront à lire en Allemand la version écrite de l’alsacien.

Selon Pascale Lux, vice-présidente des écoles ABCM Zweisprachlichkeit, ces écoles immersives sont en projet depuis 20 ans :

« On a commencé par faire des classes moitié en français, moitié en allemand. Puis nous avons introduit la langue régionale. Et enfin nous sommes arrivés à une immersion complète. »

Alors que les autres régions de France ont directement ouvert des classes immersives, en Alsace, ABCM y est allé petit à petit. Le temps de changer les mentalités selon Pascale Lux :

« Nous avons dû convaincre les parents. Dans les autres régions je pense que c’était plus facile. En Alsace, il y a une sorte de blocage avec l’alsacien, voire une honte, de l’accent par exemple. Pour beaucoup, l’alsacien c’était une langue pour les paysans. À l’époque, quand les enfants parlaient alsacien à l’école, ils étaient punis. Nous avons dû mener un combat contre ces idées reçues. Je pense que dans les autres régions de France, les habitants ont peut-être aussi un plus fort soutien de leurs hommes politiques. Du moins, ils sont plus offensifs. En Alsace, les mentalités commencent à changer, il y a un regain d’intérêt pour le dialecte. »

Et pour Pascale Lux, il était important d’agir vite pour sauver l’alsacien :

« Le déclin de la langue en Alsace est impressionnant. Seuls 1% des enfants sont dialectophones aujourd’hui. Cette langue ne s’apprend plus. Les deux dernières générations ne parlent pas ou que très peu alsacien. »

L'AUTEUR
Cécile Mootz
En BREF

Manifestation contre l’esclavage en Libye devant le Parlement Européen mardi

par Cécile Mootz. 379 visites. 1 commentaire.

À la Semencerie, un marché de Noël artisanal, une kermesse et des concerts

par Cécile Mootz. 965 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Manifestation samedi contre l’ouverture du bar associatif du « bastion social » à Strasbourg

par Cécile Mootz. 3 351 visites. 4 commentaires.