Politique 

Au sommet citoyen, 300 engagés prêts à s’engager encore plus dans la démocratie locale

La nouvelle démocratie locale est en marche à Strasbourg. Du moins, c’est ce que voulait montrer la municipalité en organisant un sommet citoyen, samedi 14 octobre au Conseil de l’Europe. Cet événement vient couronner cinq mois de réflexion avec les habitants, pour permettre aux citoyens de participer à la vie publique. Mais ça prendra un peu plus de temps…

« Ici ce sont des citoyens qui parlent aux citoyens, » lance l’animateur de la journée au micro. Dès l’arrivée dans le hall du Conseil de l’Europe, le ton est donné. Le Sommet citoyen qui s’est tenu samedi 14 octobre doit marquer le renouveau de la démocratie locale à Strasbourg. Rien que ça ! Avec comme bouquet final, l’adoption d’une trentaine de propositions, base du fameux « pacte de la démocratie locale » que les promoteurs du projet répètent à l’envi.

Depuis le printemps, des volontaires, organisés en ateliers chapeautés par la municipalité, planchent sur quelques grands thèmes. Leur but ? Trouver des solutions pour que les habitants aient leur mot à dire dans la prise de décision de la municipalité et plus largement, qu’ils s’engagent dans la vie publique de leur ville. Pétition à l’initiative des habitants, meilleure mise à disposition de lieux de réunion pour les associations, ou encore participation des Strasbourgeois à l’ouverture des données publiques, trente motions ont été présentées et votées par les participants.

Mais cinq mois, est-ce suffisant pour refonder la démocratie locale ? Pour l’un de ces volontaires, « il faut que les choses se fassent vite, sinon le mouvement s’essouffle. » Un avis partagé par Jean-Marcel Brulé, membre d’un atelier qui s’est réuni à quatre reprises et membre du conseil de quartier du Neudorf-Port du Rhin :

« Au premier atelier nous étions nombreux, mais au fil du temps le groupe s’est rétréci. On a fini à dix. Cette démarche a le mérite de proposer de nouvelles choses, et puis on reçoit pas mal de contributions via internet. Certaines personnes ne peuvent pas se libérer mais apportent quand même leur contribution. »

De la difficulté à pousser les gens à s’engager

L’événement, ouvert à tous, attire surtout un public averti. Et de fait, dans les travées de l’amphithéâtre du Conseil de l’Europe, on retrouve surtout des personnes engagées sur d’autres fronts. Présidents d’associations, de conseils de quartiers, membres du Conseil de développement (organe participatif de l’Eurométropole), adhérents de fondations culturelles… Si certains découvrent le contenu des ateliers, tous sont familiers de la démocratie participative. Ici, les citoyens engagés parlent aux citoyens engagés.

Alors Raymonde dénote un peu devant son livret récapitulatif. Elle le parcourt, perplexe, sur un canapé douillet à l’extérieur de l’hémicycle. Cette jeune retraitée aurait aimé prendre part aux ateliers, mais elle vient d’Illkirch-Graffenstaden et le programme ne s’applique qu’à Strasbourg :

« J’avoue que je découvre les propositions, je suis un peu perdue. J’aime bien l’initiative mais certaines choses m’énervent. Par exemple, le préambule est bourré de langue de bois. “Pacte de démocratie locale”, “processus d’humanisation”, “prise de conscience de notre capacité d’agir”, ça veut dire quoi tout ça ? En revanche, j’aimerais importer quelques idées que j’ai entendues chez moi. Surtout sur les associations. »

Avant les discours et le vote, les participants s'informent sur les différents ateliers. (Photo Fabien Nouvène)

Avant les discours et le vote, les participants s’informent sur les différents ateliers. (Photo Fabien Nouvène / Rue89 Strasbourg / cc)

« Nous partîmes 500 et nous nous vîmes 3 000 à l’arrivée… » Non.

Dans le même temps, de petits groupes se forment autour des stands de chaque atelier. Là, les bénévoles accompagnés d’agents de la Ville tentent de convaincre les badauds de voter pour leurs propositions. Le concept du vote ? Hiérarchiser les idées par ordre de priorité. Les participants peuvent donner un, deux ou trois points à chaque motion. Ainsi celle qui fait le plus gros score devrait être mise en place rapidement. En théorie.

Car la journée de samedi n’est qu’une première étape, comme l’explique Luc Scheeck, directeur adjoint à l’urbanisme de Strasbourg et membre du groupe de travail sur la démocratie participative :

« Après le vote d’aujourd’hui, des groupes d’études de faisabilité vont se réunir. Composés à parts égales de techniciens, de citoyens et d’élus, ils devront évaluer les propositions (le coût, les changements qu’elles impliquent…) et les adapter pour qu’elles se réalisent. Les ajustements pourront modifier la forme, mais jamais l’esprit du texte. Enfin, pour que le pacte devienne effectif, il devra être approuvé en conseil municipal, en mars 2018. »

Environ 300 personnes ont participé au Sommet citoyen, samedi 14 octobre. (Photo : Fabien Nouvène)

Environ 300 personnes ont participé au Sommet citoyen, samedi 14 octobre. (Photo FN / Rue89 Strasbourg / cc)

Vient l’heure de prendre place dans l’amphithéâtre. À la tribune, le maire Roland Ries (PS), loue l’engouement autour de cette initiative et paraphrase même Corneille. « Nous partîmes 500 et nous nous vîmes 3 000 à l’arrivée au port. » Manque de bol, c’est l’inverse qui s’est produit. Sur les 600 inscrits, environ 300 personnes ont fait le déplacement jusqu’à l’Orangerie.

Un budget participatif dès 2019 ?

Après un court descriptif des trente propositions, l’animateur lance un débat sous forme de questions-réponses. Qui sera le déontologue chargé de veiller au respect de l’esprit du pacte ? Roland Ries évoque Patrick Wachsmann, professeur de droit qui officie également comme déontologue pour la Ville. Comment financer ces projets ? Les études de faisabilité devront les adapter aux contraintes économiques de la ville. Autrement dit, il ne faudra pas que ça coûte trop cher…

Puis, le moment fatidique du vote. Et là, la mise en place d’un budget participatif caracole en tête. Ce serait un peu de changement dans le fonctionnement de la municipalité. En clair, la collectivité pourrait dédier progressivement 5% de ses deniers à des projets issus et choisis par les habitants. Une méthode calquée sur le modèle parisien lancé en 2014. Ce budget devrait devenir réalité au plus tôt en 2019, puisqu’il ne sera délibéré par le conseil municipal qu’en mars.

Cette première place pourrait tout de même évoluer puisque les Strasbourgeois sont invités à voter sur internet durant les deux prochaines semaines.

L'AUTEUR
Fabien Nouvène
Fabien Nouvène
Néo-alsacien. Journaliste touche-à-tout et en perpétuelle formation.
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