Vie pratique 

Où sont les oeuvres de street art à Strasbourg

La carte du streetart à Strasbourg. Il en manque ? Signalez-les en commentaires.

Comme d’autres villes, Strasbourg compte de nombreuses oeuvres de street art. Voici une carte les répertoriant, ainsi qu’une sélection de quelques incontournables, pour transformer la ville en galerie à ciel ouvert.

Alors que les beaux jours reviennent, voici une sélection de cinq oeuvres de street art, à découvrir en se baladant dans les rues du centre-ville de Strasbourg.

1/ Monsieur Chat

On commence à proximité de l’arrêt de tram du Vieux-Marché-aux-Vins, devant l’épicerie Le chat de l’île. Pour la petite histoire, cette épicerie a été rebaptisée ainsi depuis que Monsieur Chat a laissé une trace de son passage. Si Strasbourg compte une oeuvre de l’un des graffeurs les plus connus de France, on le doit, en effet, à Elise Calande, la propriétaire de cette épicerie :

« Une année, Monsieur Chat avait peint ce mur, sans autorisation, à la hâte. Un voisin s’est plaint auprès des services de la Ville, qui l’ont effacé. Quelques mois plus tard, près du musée d’art moderne, j’ai reconnu Monsieur Chat. Il était en train de graffer. Je me suis approchée de lui, je voulais lui demander s’il voulait bien revenir graffer sur notre mur. Mais lorsqu’il m’a entendu arriver, il est parti en courant, il pensait que c’était la police. »

Finalement, Elise Calande a réussi à le rattraper et Monsieur Chat, Thoma Vuille de son vrai nom, a accepté. Depuis, l’épicerie a réalisé des travaux pour protéger le mur, support de l’oeuvre, dans une vitrine. Il faut dire que certaines oeuvres de Monsieur Chat sont estimées à plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d’euros…

Monsieur Chat a laissé une trace de son passage à Strasbourg, à la demande de la propriétaire de l’épicerie Le chat de l’Ile. (Document remis / cc)

2/ Star-Wars et Coluche, par Dan 23

Dan 23, Daniel Bussière de son vrai nom, est sans-doute le street artiste qui compte le plus grand nombre de créations dans le centre-ville. Ainsi, il estime avoir peint 200 à 300 graffitis, dont environ 50 sont encore visibles. Ci-dessous, voici deux oeuvres de cet artiste auquel Rue89 Strasbourg avait consacré un portrait en 2013. La première se situe place de la Gare, la seconde se situe quai Charles Altorffer.

(Photo RB / Rue89 Strasbourg / cc)

Repeindre des transformateurs électriques du centre-ville, l’une des marques de fabrique de Dan 23. (Photo RB / Rue89 Strasbourg / cc)

(Photo RB / Rue89 Strasbourg / cc)

Une série de graffitis de Dan 23 s’intitule : « Ces Héros. » Une manière pour le street artiste de mettre en lumière des hommes et des femmes qui luttent pour le bien commun. (Photo RB / Rue89 Strasbourg / cc)

Dan 23, qui s’est mis au street art au début des années 2000, explique pourquoi il aime cette pratique :

« J’aime travailler sur des supports différents, et notamment très grands. Et faire du street art permet d’offrir ses peintures à un maximum de personnes. C’est une manière de démocratiser l’art. La plupart du temps, les gens ne vont pas dans les musées ni dans les galeries. En étant visible dans le centre-ville, je reçois de plus en plus de retours, et ce sont toujours des retours positifs. Par ailleurs, cela m’apporte des retombées énormes en termes de communication, et parfois des commandes de fresques. »

Mais si Dan23 peut aujourd’hui peindre relativement tranquillement, il n’en a pas toujours été ainsi :

« Le street art est arrivé en France au début des années 2000 mais il commence à être vraiment reconnu depuis 2010. A une époque, la municipalité de Strasbourg a eu une politique extrêmement répressive, en effaçant de nombreux graffitis et en verbalisant leurs auteurs. C’est pour cela que la plupart ont arrêté de peindre dans le centre-ville. Pénalement, comme je peignais uniquement sur des murs dégradés, et des choses figuratives, je ne craignais pas grand-chose. Parfois, la police m’arrêtait mais je n’avais pas d’amende. Et début 2016, cette politique a changé. Depuis, j’ai une autorisation pour repeindre les transformateurs électriques et la Ville me propose parfois, comme pour d’autres street artistes, certains murs à peindre. »

3/ « Histoires à coucher dehors », de Charles Levalet

Toujours dans le quartier gare, une façade permet de découvrir une oeuvre de Charles Levalet, commandée par l’hôtel Graffalgar.

Comme souvent, ce street artiste parisien, qui utilise du papier-collé, joue avec les éléments d’architecture entourant ses créations. Ainsi, il a imaginé des personnages en train de dormir, avec leurs bagages, pour la façade de cet hôtel. Ses créations de street art, à retrouver sur son site internet, soulignent souvent, de manière poétique, l’absurdité de situations du quotidien. Elles rappellent parfois celles de Banksy, figure emblématique du street art. Dernier élément à savoir sur Charles Levalet : cet enseignant agrégé d’arts plastiques le jour, street artiste la nuit, a étudié… à Strasbourg.

À noter, les 38 chambres de cet hôtel, également galerie d’art, sont chacune décorées par… un street artiste.

Histoires à coucher dehors, de Charles Levalet. (Photo RB / Rue89 Strasbourg / cc)

4/ Les formes abstraites de Pro 176

La création qui suit, rue de la Course, tout près de l’hôtel Graffalgar, n’est sans-doute pas la mieux mise en valeur. Et pourtant, son auteur, Pro 176, fait partie des graffeurs les plus reconnus de France. Certaines de ses oeuvres sont exposées dans des galeries très prisées, comme la galerie Bartoux, sur les Champs-Elysées à Paris.

Si Strasbourg compte cette création de Pro 176, on le doit à un graffeur strasbourgeois, Raphaël Ananou, Jaek el diablo de son nom d’artiste, également illustrateur et infographiste :

« Lors de sa venue à Strasbourg, à l’occasion d’un événement de graff, j’ai insisté pour qu’il puisse laisser une trace de son passage et j’ai obtenu une autorisation au dernier moment. C’est comme un cadeau qu’il nous a fait. Je crois que les gens ne se rendent pas compte de sa valeur. Si je ne lui avais pas demandé de peindre ce mur, ses conditions n’auraient pas été les mêmes… Il fait partie du Top 10 des graffeurs français les plus reconnus ! Dans ses graffs, il y a quelque-chose de très futuriste, avec une influence des bandes-dessinées Marvel. Pour ses oeuvres en extérieur, il travaille aussi le lettrage. Mais pour ses oeuvres en galerie, il travaille  le côté abstrait, pictural. Sur sa création strasbourgeoise, il n’y pas de personnages ni de lettres, c’est plutôt une forme abstraite, qui se rapproche de celle de ses tableaux pour des galeries. »

(Photo RB / Rue89 Strasbourg / cc)

Cette création est signée Pro 176, qui fait partie du Top 10 des graffeurs français les plus reconnus. (Photo RB / Rue89 Strasbourg / cc)

Une oeuvre signée Jaek el diablo, dans le quartier gare à Strasbourg. (Photo RB / Rue89 Strasbourg / cc)

Raphael Ananou, qui s’est mis au graff au début des années 1990, comme la majorité de la seconde génération de graffeurs strasbourgeois, souligne la particularité de cette pratique par rapport au street art :

« La difficulté quand on peint à la bombe, c’est qu’on n’a pas de contact avec le support sur lequel on travaille. On a donc moins de stabilité, il faut apprendre à gérer sa gestuelle. C’est un peu instinctif. Souvent aussi, on peint sur un format plus grand. Et quand on peint sans autorisation, il faut être capable de graffer vite, en faisant abstraction de la pression. Le street art n’est pas forcément du graff. Cela peut être de de la peinture au pinceau, de l’illustration. Ces dernières années, le street art touche de plus en plus les gens. Parfois, le street art est même récupéré pour en faire du business. Mais il ne faut pas oublier que les graffeurs ont été les précurseurs du street art. Ce sont eux qui ont ouvert la voie à la démocratisation de l’art, en exposant leurs créations à un maximum de monde, dans la rue, dans le métro… »

5/ L’univers tropical de Missy

Toujours dans le quartier gare, au croisement de la rue de Molsheim et de la rue Sainte-Marguerite, l’oeuvre de street art qui suit est l’une des seules de Missy dans le centre-ville de Strasbourg. Habituellement, cette graphiste-illustratrice, Lisa Discala de son vrai nom, privilégie d’autres lieux :

« J’ai réalisé cette création dans le cadre du Off de Noël organisé par la Ville de Strasbourg. D’habitude, pour peindre en extérieur, je ne vais pas dans le centre-ville, mais plutôt au Port du Rhin, dans des lieux plus cachés. Le port du Rhin est un coin avec pas mal de spots de graff. J’y passe souvent en été, en soirée après mon travail, ou  le week-end. Ces spots me permettent de faire ce que je préfère : créer des fresques plus travaillées, sur des murs plus grands, avec d’autres artistes. Peindre sur un grand mur, dans une friche industrielle, je trouve que cela dégage une certaine poésie. Et c’est plus tranquille que dans le centre-ville. »

(Photo RB / Rue89 Strasbourg / cc)

Un des seules créations de Missy visibles dans le centre-ville de Strasbourg. Pour en découvrir d’autres, il faut se rendre au port du Rhin. (Photo RB / Rue89 Strasbourg / cc)

En revanche, cette création du centre-ville est assez représentative de son style :

« Je représente souvent des oiseaux, dans un univers tropical et exotique. Quand je reçois des retours, ils sont la plupart du temps positifs. Je pense que la vision du grand public sur le street art a évolué. Il y a quelques années, c’était vu comme quelque-chose dégradant l’espace public. Désormais, le grand public apprécie le street art, quand c’est bien fait. Quand c’est du graff vandale, évidemment, les gens n’apprécient pas. D’un côté, je comprends ce point de vue. D’un autre côté, le graff vandale fait aussi partie du street art. En tout cas, quand on a un mur à sa disposition, en prenant le temps, cela rend quelque-chose de joli et le public s’en rend bien compte.

À Strasbourg, le street art s’est bien développé, sous l’impulsion notamment de galeries spécialisées comme le Graffalgar ou la Popartiserie. Régulièrement, je participe à des évènements et des expositions. De même, il m’arrive de réaliser des fresques pour des particuliers. Mais je ne souhaiterais pas créer uniquement des oeuvres de commande. Je préfère continuer mon métier de graphiste-illustratrice pour, en parallèle, pouvoir aussi créer pour moi, sans rien devoir à personne. »

L'AUTEUR
Rémi Boulle
Rémi Boulle
Journaliste (presse écrite, radio, TV, web)
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