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Face aux prémices d’une 8e vague, la lassitude des parents : « Ça existe encore le Covid ? »
Société 

Face aux prémices d’une 8e vague, la lassitude des parents : « Ça existe encore le Covid ? »

par Maud de Carpentier.
Publié le 16 septembre 2022.
Imprimé le 04 octobre 2022 à 06:37
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Le 14 septembre, Santé Publique France constatait une hausse de 66% des cas de contaminations par le Covid-19 en une semaine. Les chiffres sont là : la 8e vague de l’épidémie débute en France. Ce n’est qu’un frémissement, mais tout de même. Pourtant, les parents que nous avons interrogés sont loin d’être inquiets. Leur objectif : une année sans classe fermée. Quitte à ignorer le Covid…

Zeynep (prénom modifié) ne comprend pas trop la question. « La 8e vague de covid ? Mais ça existe encore ? » lâche cette jeune mère au foyer en riant. Plus sérieusement, la jeune trentenaire, maman de trois enfants âgés de 2 à 8 ans, tient à s’expliquer :

« Nous, on l’a eu deux fois la première année. On a été isolés six semaines au total, puisqu’on l’a eu à tour de rôle. C’était très dur d’être enfermés aussi longtemps avec les trois enfants, je ne veux plus jamais revivre ça. »

Des enfants pas forcément testés

Alors Zeynep l’assume – mais elle ne tient pas à être reconnue par les maîtresses pour autant – elle ne fait pas forcément tester ses enfants. Même s’ils ont été en contact avec le Covid. « Je pense qu’il faut qu’on vive avec cette maladie », dit-elle en jetant un œil sur sa petite dernière en train d’escalader le toboggan. Quand on lui parle du retour de l’épidémie, la seule inquiétude de la jeune femme se porte sur les fermetures des classes :

« Moi, je veux juste que mes enfants aillent à l’école, et que les maîtresses malades soient remplacées. L’an dernier c’était un calvaire, ma fille a eu une dizaine de remplaçants en maternelle. Maintenant ça suffit ! »

Zeynep est mère de trois enfants, elle redoute davantage les fermetures de classe que le covid (photo MdC / Rue89Strasbourg / cc)

Baisse de la vigilance chez certains parents d’élèves

Laure, elle, est infirmière à l’hôpital. Le masque, elle le portait quasi non-stop depuis l’arrivée du Covid en 2020. C’était l’une des mères d’élèves les plus sérieuses devant l’école du Neufeld, dans le quartier du Neudorf. Mais même pour cette soignante, au contact de personnes fragiles et malades, la vigilance s’est amoindrie ces derniers mois. « L’an dernier, j’ai dû me faire tester une vingtaine de fois, mais depuis cet été, c’est vrai que j’ai un peu arrêté. »

Devant l’école du Neufeld, l’affiche sur le port du masque est toujours en place… mais plus vraiment d’actualité. Ici, plus personne ne le porte (photo MdC / Rue89 Strasbourg / cc)

La jeune femme, maman d’un petit garçon de 5 ans et demi, reconnaît qu’elle a également un peu lâché du lest sur le port du masque. « Dans les réunions de rentrée je ne l’ai pas mis. Mon compagnon non plus. Ces derniers temps, on l’a moins porté ». Hasard ou non, Laure a contracté le virus pour la première fois la semaine dernière. « Honnêtement j’ai été hyper surprise quand j’ai vu le résultat. Evidemment on s’est isolés, et on a fait tester notre fils qui ne l’a pas eu. »

D’après Santé publique France, le 14 septembre, 33 575 nouveaux cas de Covid-19 ont été confirmés en France sur les sept derniers jours. C’est 66,7% de plus que la semaine dernière. La 8e vague de l’épidémie, Laure semble donc déjà l’avoir traversée :

« Je ne suis plus inquiète comme avant. Nous sommes tous les trois vaccinés, je sais qu’on peut l’attraper mais dans une forme classique. Et je suis les recommandations dans mon travail, mais c’est vrai que dans la vie de tous les jours, je n’ai pas le courage de recommencer comme l’an dernier. »

« Les plus fragiles doivent se protéger, mais ne vivons pas tous dans une psychose »

Un peu plus loin devant les grilles de l’école, juste après la sortie de 16h20, Floralyne Thery discute avec une amie. Cette maman de cinq enfants, représentante des parents d’élèves au sein de l’Apepa, sourit quand on lui parle de cette fameuse 8e vague de l’épidémie :

« Je ne suis pas du tout inquiète, pourtant je ne suis pas vaccinée. J’ai déjà eu trois fois le Covid et à chaque fois je m’en sors avec une bonne grippe. Après, quand il faut faire tester les enfants, je le fais, j’ai encore plein d’auto-tests chez moi. »

Floralyne Thery ne veut pas revivre la psychose des débuts (photo MdC / Rue89 Strasbourg / cc)

La jeune quadragénaire reconnaît qu’elle est « la plus mauvaise élève pour le masque », mais assure qu’elle le porte avec les personnes fragiles. « Ma belle-mère est très malade, et avec elle je le porte toujours. Les plus fragiles doivent faire attention et se protéger, mais ne vivons pas dans la psychose. »

« Depuis trois ans, il se fait tester tout le temps, maintenant ça suffit ! »

Même sentiment de lassitude chez Raffaella Trivisonne, cheffe de projet à l’Université de Strasbourg et maman d’un petit Augusto, qui a fait sa rentrée en CP :

« Ça devient super lourd pour les enfants. Il a 5 ans et demi, et depuis qu’il est rentré à l’école, il n’a connu que le covid, les tests, l’isolement… Il a beaucoup raté en maternelle à cause de tout ça. Maintenant c’est le CP, c’est un âge important, on ne va pas continuer tout ce cirque pour un rhume ! »

Raffaella, maman d’un petit garçon qui rentre en CP, a décidé de faire tester son fils, seulement s’il a des symptômes. Mais pas s’il est cas contact. (Photo MdC / Rue89 Strasbourg / cc)

Et si son enfant est « cas contact » d’une personne qui est malade du Covid-19 ? La jeune italienne n’en démord pas :

« Si mon fils ne présente pas de symptôme, je ne le ferais pas tester. Moi je porte le masque au travail, je continue de faire attention, au pire je fais du télétravail, mais pour nos enfants, ça suffit ! »

« Moins d’angoisse c’est bien, mais restons vigilants ! »

Un relâchement de la vigilance que le chef de pôle des maladies infectieuses et tropicales des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Yves Hansmann, regrette. Pour le médecin, il est normal, et même sain, que la psychose prenne fin :

« C’est bien que les gens ne soient plus angoissés par le Covid-19, parce que les conséquences de ce stress sont importantes. L’autre jour on m’a parlé de quelqu’un qui était en télétravail, et qui ne voulait plus sortir de chez lui. ça, c’est traumatisant. Il faut avoir un discours qui puisse rassurer : oui, on arrive à gérer désormais cette maladie, et oui, on a des traitements. Mais, il faut garder une certaine vigilance. »

L’infectiologue répète qu’il est donc important, selon les contextes, de porter le masque :

« Dans les transports, le masque reste recommandé. Je trouve qu’il y a trop de personnes dans un petit volume. Mais plus ça va, plus je suis seul à le faire. Il n’y a plus cette prudence-là. »

Yves Hansmann chef du service des maladies infectieuses en janvier 2022 (Photo LC / Rue89 Strasbourg / cc)

Penser aux enfants des autres

Idem pour les tests de dépistage. Quand on parle de ces parents réticents à faire tester leurs enfants à Yves Hansmann, le médecin insiste, un peu las :

« Quand il y a une suspicion, ou un cas contact, le test est recommandé. Il peut toujours y avoir dans la classe des enfants qui ont des problèmes de santé, et les parents ne sont pas tous au courant. »

Yves Hansmann rappelle que si l’hôpital est mieux préparé qu’il y a trois ans, il y a toujours un nombre insuffisant de lits. Et avec l’automne et l’hiver, vont s’ajouter au covid les épidémies saisonnières de grippe. « Autant éviter d’être en tension permanente. »

Article actualisé le 28/09/2022 à 16h27
L'AUTEUR
Maud de Carpentier
Maud de Carpentier
Diplômée à Lille en 2012, journaliste radio à Paris et Marseille, à Strasbourg depuis 2020 pour réaliser des enquêtes au long cours.

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