Discret, peu connu, le marché d’intérêt national (MIN) de Strasbourg, plus connu sous l’appellation de marché-gare, créé dans les années 1960 à Cronenbourg, joue un rôle central dans l’approvisionnement alimentaire du territoire. Fruits et légumes, poisson, fleurs : chaque jour, une quarantaine d’opérateurs y fournissent restaurants, commerces et collectivités. Autour du site gravitent environ 900 emplois. Reconnu d’intérêt national depuis 1962, l’outil n’avait pourtant jamais fait l’objet d’une mise en concurrence formelle de son gestionnaire. Cela faisait 60 ans que le marché-gare était géré et exploité par la Samins, société d’économie mixte majoritairement détenue par les collectivités. Une situation pointée par la chambre régionale des comptes du Grand Est, qui a qualifié la durée de la concession d’« anormalement longue » dans un rapport publié en 2024.
Alors, en 2025, la convention a pris fin, ouvrant la voie à une nouvelle délégation de service public (DSP). L’Eurométropole, son autorité compétente, en a profité pour concevoir un cahier des charges qui intègre la modernisation de l’équipement. Car l’outil a « beaucoup vieilli » selon l’Eurométropole. Bâtiments énergivores, mal adaptés, insuffisamment préparés aux crises sanitaires, économiques ou énergétiques… Un constat partagé par une étude de l’Agence de développement et d’urbanisme de l’agglomération strasbourgeoise (Adeus), réalisée en 2021, qui soulignait le retard pris en matière de performance énergétique.
Deux offres ont été déposées : celle du groupement Samins-Sers, le gestionnaire sortant associé à la Société d’aménagement et d’équipement du Rhin supérieur (Sers), et celle de la Semmaris, gestionnaire du marché de Rungis en Île-de-France et du marché de Toulouse. L’Eurométropole a choisi de garder la Samins, pour vingt ans, à partir du 1er janvier 2026. Soit 80 ans d’exploitation au total.
Pas assez ambitieux
Selon un rapport interne que Rue89 Strasbourg a pu consulter, si le projet de l’ancien exploitant a gagné, c’est grâce à son caractère « innovant » en matière de transition écologique et énergétique. Le document souligne que Samins-Sers « présente une connaissance poussée des lieux et maîtrise les contraintes du futur contrat », avec un projet de transformation jugé « extrêmement ambitieux » et fortement aligné avec les politiques publiques locales de transition écologique et alimentaire.
Pourtant, la Semmaris avait des atouts. À Rungis, elle a transformé le MIN « en un pôle d’excellence agroalimentaire », selon le rapport, avec un chiffre d’affaires des entreprises en augmentation de 33% depuis 2012 (pour atteindre 11,7 milliards d’euros en 2023). À Toulouse, depuis 2017, elle a conduit à une augmentation de 25% du chiffre d’affaires des entreprises, une hausse de plus de 50% du nombre d’acheteurs et une progression de plus de 63% du nombre d’opérateurs. Mais pour l’Eurométropole, cela ne suffisait pas.
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