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A la Manif Pour Tous, discours mesurés mais tentation radicale
Société 

A la Manif Pour Tous, discours mesurés mais tentation radicale

par Pauline De Deus.
Publié le 19 avril 2013.
Imprimé le 18 mai 2022 à 11:43
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Mercredi 17 avril, les membres du collectif "La Manif Pour Tous" se sont réunis devant la Préfecture. Les enfants et même les bébés étaient de la partie. (Photo PDD / Rue89 Strasbourg)

Mercredi 17 avril, les membres du collectif « La Manif Pour Tous » se sont réunis devant la Préfecture. Les enfants et même les bébés étaient de la partie. (Photo PDD / Rue89 Strasbourg)

Cette semaine le projet de loi pour le Mariage Pour Tous est examiné en seconde lecture à l’Assemblée Nationale. Mais pas question pour les opposants à ce texte, regroupés au sein du collectif « La Manif Pour Tous », d’arrêter le combat. A Strasbourg, même en période de vacances scolaires, ils ont manifesté et restent prêts à durcir leurs actions.

Des manifestants sans cortège, un rassemblement convivial… Chacun l’appellera comme il le voudra. Mercredi, des militants opposés au « Mariage Pour Tous » ont manifesté devant la préfecture de Strasbourg. Cris du cœur et couleurs roses et bleues étaient aux rendez-vous, comme à chaque fois. Djembés, sifflets et casseroles ont été appelées en renfort pour augmenter l’impact sonore du rassemblement.

Mais de loin, ça ressemblait plus à une réunion bon enfant qu’à une manifestation. De près aussi d’ailleurs, quelques poussettes, des enfants ont été priés de porter quelques pancartes. On se bécote, on se dit bonjour, on se raconte les histoires de la veille, quelques  blagues… Il faut dire qu’après six mois de mobilisation contre la loi devant autoriser le mariage pour les couples de même sexe, les quelques personnes présentes, plus d’une centaine, commencent à se connaître.

Le texte a beau avoir été voté après un intense débat à l’Assemblée nationale, voté à nouveau au Sénat la semaine dernière. Mais qu’importe ! Les militants contre cette loi sont toujours là, déterminés et confortés par des sondages contradictoires. Alors que le texte passe ces jours-ci en seconde lecture devant les députés, ils ne désarment pas.

Après un temps, le brouhaha s’arrête. Des jeunes commencent alors à hurler des slogans (« On veut du boulot, pas du mariage homo »…). Ils entraînent avec eux le reste de la troupe, des personnes plus âgées qui n’ont jamais battu le pavé auparavant pour défendre quoique ce soit. Comme ça, on en oublierait presque que leur cause est un peu plus perdue chaque jour. Pourtant, quand les conversations s’animent, il n’est pas rare de sentir la colère dans la voix de ces Strasbourgeois : « On se sent ignorés »,  » on n’a aucune considération », « le gouvernement nous méprise », etc.

L’arme des impôts ?

On reconnaît facilement les manifestants qui ont commencé le combat depuis le début. Leurs discours sont travaillés, leurs slogans bien huilés. Loïc a 24 ans, il est étudiant. Depuis le mois de septembre, il manifeste contre ce projet de loi, à Paris et à Strasbourg. Plus les jours avancent et plus son attitude se durcit :

« Le gouvernement est complètement autiste. C’est un dossier qu’ils veulent faire passer en force mais nous, on n’arrêtera pas le combat. On peut faire des pressions fiscales, on peut les mettre dans la merde ! Avec des choses tout à fait légales, comme ne plus payer nos impôts mensuellement mais annuellement par exemple… Parce qu’aujourd’hui, si je me bats ce n’est plus seulement pour les valeurs de la famille, mais pour protester contre la manière dont ils essayent de faire passer cette loi : en ignorant les opposants. »

Et dans l’assemblée, l’avis est unanime. On peut entendre des personnes plus âgées avoir le même discours :

« Il accélèrent les choses pour éviter d’avoir des manifestations encore plus grandes ! » Pour certains, François Hollande n’est pas légitime, n’a été élu qu’avec « 30% des voix », etc. L’impression d’être à l’avant-garde d’un combat qui serait partagé par une majorité des Français est largement présente parmi eux.

La conviction d’être en phase avec « la majorité silencieuse »

Quelques mètres plus loin, Marie discute, elle aussi, de la situation avec ses amis. Elle a 26 ans et est institutrice. Souvent après l’école, elle discute avec les parents des enfants de sa classe. Et selon elle, la « majorité des gens sont choqués par la tournure des événements », quelque soit leur opinion sur le mariage des homosexuels. Campeurs près du Palais Bourbon en garde à vue, députés UMP privés d’Assemblée Nationale… Ces incidents sont racontés comme des faits d’armes. Ici, on pense que le gouvernement ment, « que l’on prend vraiment les gens pour des imbéciles », comme le clame Jean-Pierre :

« Quand les autorités annoncent 300 000 personnes à une manifestation où on n’a pas pu mettre les pieds sur le Champ-de-Mars tellement il y avait de monde je pense vraiment qu’on se moque de nous. »

Madame Clément (à droite), l'organisatrice, était venue en famille. Chacun a arrêté ses vacances à une heure de là pour venir lever les drapeaux devant la Préfecture. (Photo PDD / Rue89 Strasbourg)

Madame Clément (à droite), l’organisatrice, était venue en famille. Chacun a arrêté ses vacances à une heure de là pour venir lever les drapeaux devant la préfecture. (Photo PDD / Rue89 Strasbourg)

Le nombre de manifestants : une question sans réponse

Un sentiment général. Un argument que toutes les personnes qui étaient à Paris mettent en avant pour montrer à quel point ils se sentent trompés, floués. Clémence a 26 ans et elle aussi était à Paris. Pour elle, le chiffre annoncé est « bien loin de la réalité, les versions officielles ne sont pas cohérentes avec ce qu’elle a vu ».

Mais finalement personne n’en sait rien. Combien de manifestants étaient vraiment à Paris ? Pas de réponse. Et même à Strasbourg, où le rassemblement est bien plus restreint, personne n’arrive à se mettre d’accord : « Les policiers ont dit 180 » , « oh non il y en avait bien 300 personnes. Là il y a des gens qui sont partis. » Finalement, d’une manifestation à l’autre, les causes peuvent être bien différentes, voire opposées, mais les mêmes questions se posent pour les participants.

La lutte continue !

Plus loin, Loïc a quitté ses amis. Il est en pleine conversation animée avec un autre manifestant d’une soixantaine d’année. « Hier, quand j’ai vu Edwy Plenel, je voulais lui dire de chercher par là… On nous ment ! » lui dit l’homme. Loïc, lui est un peu plus optimiste.  » Peut-être, mais de toute façon le gouvernement ne maîtrise plus rien aujourd’hui ! Ils ne vont pas tenir, c’est intenable. »

Et si le gouvernement tient malgré tout, que se passera-t-il ? Pour Albert, l’un des manifestants les plus âgés, ils ne pourront « plus rien faire ». Mais Didier, à ses côtés, est bien décidé à « continuer la lutte » :

« On continuera. On est la majorité silencieuse de France. Et on continuera parce que leur manque de respect est inadmissible. Ils n’ont de respect que pour l’argent et la finance ! On continuera parce que sinon, on aura une société comme dans Matrix, avec des bébés éprouvettes partout. »

La manifestation se termine. L’organisatrice demande gentiment aux derniers restant de s’en aller. La police, restée très discrète pendant la manifestation, attend aussi que la place de la République se vide pour passer à autre chose. Un trottoir plus loin, Jean-Pierre s’est arrêté pour discuter avec d’autres, histoire de se donner rendez-vous pour d’autres actions.

Cependant, le collectif n’entrevoit aucune autre forme d’action que la manifestation publique pour l’instant, comme le présice Florence Garnier, chargée des relations presse du collectif dans le Bas-Rhin :

« La Manif Pour Tous est déterminée et n’est pas prête de s’arrêter. Mais toujours en restant dans la légalité, le calme et le respect. Actuellement on prévoit plusieurs autres manifestations au mois de mai. »

Les leçons ont été tirées après les incidents qui ont émaillés les précédents cortèges. Le gros des troupes n’est déjà guère habitué à battre le pavé, alors si en plus, il y a de la castagne…

L'AUTEUR
Pauline De Deus
Pauline De Deus
Après un an et demi de dur labeur à l'IUT de journalisme de Lannion me voilà arrivée à Strasbourg. Ici je réalise un stage de deux mois à la rédaction de Rue89 Strasbourg.

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