À La Petite-Pierre, Christophe Imbs prêt à confronter son jazz électro à Seamus Blake
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À La Petite-Pierre, Christophe Imbs prêt à confronter son jazz électro à Seamus Blake

Lundi 13 août, le festival Au Grès du Jazz accueille une collaboration inédite, celle de Christophe Imbs et de Seamus Blake. Le pianiste strasbourgeois et le saxophoniste britannique promettent une création unique, mêlant les envies et les influences du premier au jazz précis et précieux du second.

« Audacieux, hors des sentiers battus. » C’est ainsi que Valentine Wurtz, programmatrice du festival Au Grès du Jazz, décrit le projet de Christophe Imbs. À 39 ans, le pianiste, diplômé de la classe jazz du Conservatoire de Strasbourg, a voulu collaborer avec Seamus Blake. Saxophoniste britannique et jazzman prolifique, il a participé à plus de soixante-dix albums. Ils se produiront ensemble avec la batteuse Anne Paceo et le contrebassiste Joan Eche-Puig pour un concert unique le 13 août à 21h à La Petite-Pierre.

Rue89 Strasbourg : Comment est venue l’idée d’une collaboration avec Seamus Blake ?

Christophe Imbs : Quand les programmateurs du festival m’ont offert l’opportunité de proposer une collaboration, ils ont tout de suite été partants pour Seamus Blake. Je l’ai simplement contacté par e-mail et il a été intéressé. Puis je l’ai rencontré sur Paris au mois de juin, il a trouvé la musique chouette. Je suis très flatté qu’il ait accepté ce projet parce qu’il reçoit beaucoup de propositions. Je me suis dit que j’avais vraiment envie de proposer des sonorités et des constructions originales, d’autant plus que je sors un disque en novembre qui est assez important pour moi. Donc c’était aussi le moment de faire le bilan.

« Je dois à Seamus Blake mon ouverture musicale »

Pourquoi Seamus Blake ?

Seamus Blake est quelqu’un que j’écoute depuis une vingtaine d’années. À l’époque où j’étudiais au conservatoire de Strasbourg, il m’a beaucoup apporté. C’était un peu la nouvelle génération, donc il a apporté au jazz une vision plus ouverte, peut être un peu plus basée sur le son. Un peu plus libre aussi, puisqu’il s’éloignait des traditions. Il joue du saxophone ténor, avec un son particulier, singulier et très reconnaissable. Loin des clichés. Et dans ses improvisations, il est vraiment un créateur, il ne fait pas de redite de ce qu’ont pu faire d’autres artistes. Sa musique était plus rock que d’autres, notamment avec l’album Stranger Things Have Happened qui est sorti en 1999. La mienne est jazz, mais aussi électro, rock, pop. Je lui dois mon ouverture musicale.

Et pourquoi avez-vous choisi les autres musiciens ?

Je connais Anne Paceo, la batteuse, assez bien. Nous menons beaucoup de projets ensemble, notamment sur mon prochain disque ForYourOwnGood. Donc quand je lui ai présenté mon idée, elle connaissait déjà bien ma musique. Et c’est Joan Eche-Puig qui sera à la contrebasse. J’attendais impatiemment l’occasion de jouer avec lui, j’aime beaucoup ce qu’il fait et il a déjà collaboré avec Anne Paceo. Mais c’est compliqué sur un travail assez long comme ça, puisqu’il est de Montpellier. On a pu se voir sur un autre concert à Paris, et ça a plutôt bien collé.

Christophe Imbs jouera le 13 août au festival Au Grès du Jazz (photo Philippe Savoir)

Comment avez-vous préparé et travaillé cette collaboration ?

On a des emplois du temps vraiment chargés, c’est un peu compliqué de réussir à se voir.  On a répété le premier jet de mes compositions au mois de juin, avec Anne Paceo et Joan Eche-Puig. En ce moment, je suis à La Rochelle, pour avancer dans l’écriture. À la fin de la semaine je leur enverrai mes premières pistes de travail, avec des choses parfois complexes, donc qui devront être connues avant les répétitions. Au mois d’août, on fera une résidence musicale, à Paris, juste avant le festival. Au final, on aura passé six mois sur le projet. Mais c’est moins complexe que ça en a l’air car j’ai depuis longtemps ma direction, je sais de quoi j’ai envie pour ce concert. Musicalement, j’essaie d’écrire en pensant à Seamus Blake et à sa musique. J’essaie de mettre en avant sa personnalité et celles des autres musiciens.

« En quelques jours, nous serons devenus un groupe »

Ça doit quand même être compliqué de travailler à distance pour préparer un concert…

Les musiciens de jazz fonctionnent souvent comme ça, nous avons l’habitude d’être éloignés les uns des autres. Tout le monde est très pris, donc on ne peut pas se voir toutes les semaines. Chacun doit découvrir la partition et travailler dans son coin. On se retrouvera quelques jours avant mais nous serons prêts à jouer comme un groupe. On se concentrera alors sur l’énergie, les sonorités de notre musique…

Seamus Blake a participé sur plus de soixante-dix CDs au cours de sa carrière (Photo Au Grès du Jazz / doc remis)

Quel était votre objectif musical derrière cette collaboration ?

Je me fais violence pour donner de la rage à ce que je joue, j’ai fait pas mal de choses rock et électro. J’aime bien les choses vraiment belles mais je n’aime pas uniquement les choses belles. Je ne veux pas rendre les choses laides non plus, je ne veux juste pas être dans les clichés. C’est une recherche de sons pour décaler le propos. Je fais beaucoup de pièces mélodiques, presque pop par moment. J’ai toujours du mal à parler de la musique que je fais, et notamment pour ce concert, mais je dirais que je suis un pianiste « coloriste. »

Un pianiste « coloriste » ?

C’est un terme que j’emploie en opposition aux pianistes très ancrés dans la rythmique. J’aime bien m’éloigner du côté académique. Je fais un travail sur l’harmonie, le son, la couleur de mon piano. Avec en complément un jeu que je veux rock. Mais ça reste compliqué de m’enfermer dans ce genre de termes, car le public se fait une idée trop précise par rapport à ce à quoi il va finalement assister.

C’est un aspect de votre jazz que vous voulez montrer dans ce projet ?

Dans ce projet, je voulais travailler sur un son électro, avec des effets de guitare, de distorsion sur mon piano acoustique. Je fais du jazz organique, physique, qui est loin d’être intellectuel. Et c’est aussi l’idée de ma participation à ce festival, l’idée que les gens n’y trouvent pas une musique cérébrale.  Surtout que, pour avoir déjà été trois fois à La Petite-Pierre, c’est un lieu convivial, idéal pour une rencontre avec le public.

L'AUTEUR
Judith Barbe
Judith Barbe
Jeune journaliste jurassienne exilée en terre alsacienne.

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