À l’école de la Meinau, parents, profs et élus tentent de surmonter le choc
Société 

À l’école de la Meinau, parents, profs et élus tentent de surmonter le choc

actualisé le 23/11/2016 à 13h51

Les parents d’élèves ont dû se frayer un chemin entre les caméras mardi soir pour chercher leurs enfants. Ils ont aussi rencontré leurs élus locaux et des représentants de l’Éducation nationale. Tous essaient de dépasser l’inquiétude générée par le fait qu’une personne qu’ils croisaient tous les jours et qui s’occupait d’enfants puisse être un terroriste aux ordres de Daesh.

Après la révélation qu’un animateur périscolaire de l’école de la Meinau à Strasbourg ait été arrêté en possession d’armes, soupçonné de participer à une entreprise terroriste (voir notre article de lundi), les enseignants, les parents et les élus locaux sont mobilisés pour tenter de redonner un semblant de normalité à ce petit monde.

Car Yassine B., son prénom a été révélé par la presse la veille, était très apprécié des enfants, d’après le témoignage de plusieurs parents. Ces derniers, incrédules, doivent composer avec le peu d’informations qui ont fuité jusque là. Des pistolets à son domicile, des documents de Daesh en Syrie… Certains parents se sentent trahis, d’autres attendent de voir quelles seront les charges retenues…

L'école de la Meinau à Strasbourg jouit d'une belle mixité sociale (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

L’école de la Meinau à Strasbourg jouit d’une belle mixité sociale (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Une réunion pour répondre aux questions

Pour apaiser les tensions, la Ville de Strasbourg a organisé une réunion mardi soir, qui a réuni plus de 130 personnes, avec le renfort de l’Éducation nationale. Adjoint au maire de Strasbourg en charge du quartier, Mathieu Cahn (PS), a rappelé qu’il n’y avait aucun moyen pour la collectivité de détecter une radicalisation. Yassine B. n’avait aucun signe extérieur de radicalisation islamiste, il n’était pas fiché par le renseignement français et son casier judiciaire était vierge. Il appelle à ne pas « céder à la psychose » :

Mathieu Cahn : ne pas céder à la psychose (vidéo Rue89 Strasbourg)

Mathieu Cahn a rappelé qu’il y a quelques mois, la municipalité avait débuté une formation de tous ses agents pour détecter des signes de radicalisation et savoir comment réagir.

Les parents se sont montrés à la fois rassurés que la police ait finalement pu agir avant un drame et inquiets qu’un terroriste puisse se cacher parmi les personnes en charge de leurs enfants. Pour autant, ils n’ont pas blâmé la Ville pour son recrutement, selon Mathieu Cahn. À l’issue de la réunion, devant de nombreux journalistes, plusieurs parents ont évoqué le souhait de « reprendre une vie normale ».

Plus de 130 parents d'élèves se sont rendus à la réunion organisée par la Ville (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Plus de 130 parents d’élèves se sont rendus à la réunion organisée par la Ville (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Fort soutien psychologique

Une équipe de psychologues viendra à l’école dès mercredi pour écouter les enfants, s’ils expriment des angoisses ou un manque suite à la disparition soudaine de cet animateur. L’idée n’est pas de solliciter les enfants, mais plutôt de répondre à leurs interrogations.

Inspecteur de l’Education Nationale, Jean-Baptiste Ladaique a promis un accompagnement psychologique aux parents d’élèves. (vidéo Rue89 Strasbourg)

Représentant l’Éducation nationale, Jean-Baptiste Ladaique, inspecteur académique, tire une leçon optimiste de cette crise :

« L’ensemble des partenaires y compris les parents d’élèves se sont retrouvés autour de valeurs communes, pour retrouver le cadre habituel qui prévaut pour former les citoyens de demain. On a pu rassurer les parents sur l’accompagnement qui sera apporté à leurs enfants. Des psychologues seront présents dès mercredi, mais aussi dans quelques jours et on reviendra dans cette école dans quelques semaines. »

À Paris, la garde à vue des quatre personnes arrêtées samedi soir à Strasbourg a été prolongée. Comme il s’agit d’une enquête pilotée par le parquet antiterroriste, les gardes à vue peuvent durer 96 heures soit jusqu’à jeudi soir. Elle peuvent même durer 144 heures, donc jusqu’à samedi soir, en cas de menace d’attentat imminent ou pour les nécessités de la coopération internationale. En revanche, deux des trois personnes arrêtées à Marseille ont été relâchées mardi soir tandis que la garde à vue de la troisième a été prolongée.

Le réseau qu’ont démantelé les policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) samedi pourrait être téléguidé depuis la Syrie pour commettre une ou plusieurs attaques coordonnées en France.

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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