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À Strasbourg, la vie normale des personnes handicapées au sein de la communauté de l’Arche
Société 

À Strasbourg, la vie normale des personnes handicapées au sein de la communauté de l’Arche

par Déborah Liss.
Publié le 31 octobre 2017.
Imprimé le 24 septembre 2021 à 08:09
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Partir le matin au travail, revenir chez soi ensuite, cette routine honnie par beaucoup est parfois recherchée par les personnes handicapées, qui y trouvent une source d’équilibre et d’autonomie. À Strasbourg, la « communauté de l’Arche » s’installe au nouvel éco-quartier Danube avec cette proposition, et comme voisins immédiats des salariés et des étudiants. Objectif : mêler les populations plutôt que segmenter. L’association prévoit d’ouvrir un « café-rencontre » ouvert sur le quartier en devenir.

Une communauté de l’Arche vient d’ouvrir à Strasbourg, au sein du nouvel éco-quartier Danube. Derrière ce vocable un brin sectaire, il s’agit en fait de « vivre ensemble, avec ou sans handicap mental », selon le slogan de cette association qui a essaimé 33 « communautés » en France et plus de 150 à travers le monde. Dans ces résidences de 10 à 12 studios, tous les habitants vivent dans la même maison. Si chacun a son espace avec kitchenette, ils cuisinent la plupart du temps ensemble, sans compter les sorties et activités communes.

Si le concept de l’Arche peut paraître innovant par rapport aux autres structures d’accueil de personnes handicapées, sa création remonte aux années 60. En revanche, l’adjonction d’étudiants au sein du mix social, comme à Strasbourg, est une nouveauté.

Les résidences de l’Arche permettent aux personnes handicapées d’acquérir une certaine indépendance (doc remis / L’Arche Strasbourg / Facebook)

« Vivre en autonomie…. mais pas seul »

En cette soirée d’octobre, ils s’affairent tous pour préparer un apéritif dînatoire, mais la responsable de la communauté, Veronika Ottrubay, prend le temps de répondre aux questions de Rue89 Strasbourg. Elle travaille depuis plus de 30 ans au sein des communautés de l’Arche et arrive de l’Oise pour mener à bien l’atterrissage dans la capitale alsacienne.

Rue89 Strasbourg : Quel est le concept des communautés de l’Arche ?

Veronika Ottrubay : « Les communautés de l’Arche ont été fondées en 1964 par Jean Vanier, philosophe et écrivain, qui a bâti la première communauté à Trosly Breuil, dans l’Oise. Il s’agit de lieux où vivent ensemble des personnes adultes avec un handicap mental, et ceux qui les accompagnent, les salariés ou services civiques. L’idée est pour les personnes accueillies de vivre en autonomie… mais pas seules ! Chacun a son propre espace, son petit studio avec salle de bain, mais il y a également les parties communes, le salon, la salle à manger, la cuisine… S’ils ont des kitchenettes, la plupart du temps les résidents souhaitent manger tous ensemble. Les salariés, eux, ont un petit T2, mais l’important c’est que tous vivent sous un même toit. »

C’est donc ainsi que cela se passe à Strasbourg, avec une spécificité puisque des étudiants vous ont rejoint. Pouvez-vous nous détailler la composition des maisons strasbourgeoises ?

« Nous avons ouvert nos deux résidences le 1er octobre ici au nouvel éco-quartier Danube. Chaque maison accueille six personnes avec un handicap, deux salariés, deux personnes en service civique et un ou deux étudiants. Les étudiants paient un loyer, mais ils s’engagent aussi à participer à la vie de la maison. »

Il y a deux petites maisons dans la communauté de Strasbourg, chacune dotée d'une cuisine moderne où tout le monde peut faire à manger ensemble (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

Il y a deux petites maisons dans la communauté de Strasbourg, chacune dotée d’une cuisine moderne où tout le monde peut faire à manger ensemble (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)


281 000€ d’aide publique

À Strasbourg, l’installation de la communauté de l’Arche a mobilisé deux bailleurs publics, NLE et la SERS. Avec NLE, l’opération a nécessité 9 prêts locatifs aidés d’intégration (PLAI), soit 81 000€ de subventions en provenance de l’Eurométropole. Avec la SERS, l’opération a fait appel à 20 PLAI et 4 prêts locatifs à usage social, soit une subvention de 200 000 €.

Justement, comment la communauté fonctionne-t-elle économiquement ? Est-ce que tous les résidents paient un loyer ?

« Tout à fait. Les étudiants payent leur loyer de 450€ majoritairement couvert par les APL (Allocation Personnalisée au Logement). Pour les personnes en situation de handicap, il s’agit d’une « redevance » de 453€ précisément, aussi couverte par les APL. Le reste, ils le financent avec leur Allocation Adulte Handicapé ou leur salaire versé par l’ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail) où ils travaillent. L’argent de l’alimentation est également mis en commun. On va bien voir si ça marche, mais je pense qu’on devrait réussir à boucler nos fins de mois. (De manière générale, l’Arche est financée par des fonds publics et par la Fondation des amis de l’Arche, NDLR). »

Les maisons sont encore en phase d'aménagement, mais les résidents essayent de rendre les pièces conviviales, comme ce salon d'une des maisons (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

Les maisons sont encore en phase d’aménagement, mais les résidents essayent de rendre les pièces conviviales, comme ce salon d’une des maisons (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)


Réinventer les statuts pour bénéficier de subventions

« Ce qui est spécifique à notre communauté (et à celle de Nancy, NDLR), c’est que notre statut est celui d’un « habitat regroupé ». Nous sommes soutenus par la Ville, qui octroie des subventions aux bailleurs sociaux (pour nous, il s’agit de la SERS) et un prêt bonifié pour construire, ce qui permet de baisser notre loyer. Nous avons ce soutien de la municipalité car nous pallions un tant soit peu le manque de places dans les hébergements de personnes en situation de handicap. Car la politique aujourd’hui est de ne plus augmenter les places en établissement, mais de permettre des projets plus proches du parcours de la personne. »

Qu’est-ce que cela change pour les personnes accueillies par rapport à un établissement médico-social ?

« Tous les résidents sont occupés la journée ! Certains travaillent en ESAT, et les autres vont en activité de jour en Foyer d’Accueil Spécialisé (FAS). Le matin, tous les résidents partent de manière échelonnée, et reviennent le soir de la même manière. La plupart sont autonomes dans leurs déplacements et connaissent leur trajet. Sinon, on assure le transport.

Ce que les résidents préfèrent : les activités communes comme la cuisine (doc remis / Arche Strasbourg / Facebook)

Ce que les résidents préfèrent : les activités communes comme la cuisine (doc remis / Arche Strasbourg / Facebook)

« Une vie comme chacun de nous »

Ce qui est important ici, c’est que chaque personne ait son projet, sa vie, ses propres interlocuteurs… L’idée est qu’ils aient une vie comme chacun de nous, avec un travail, un logement… Il y a eu un contrat de location, un état des lieux, une remise des clés. Cela a été des moments extraordinaires. Les personnes se disent « Je suis chez moi, j’ai droit à un projet de vie d’adulte. » C’est cela qu’on essaye de valoriser, vivre chez soi.

Les résidents sont très satisfaits et heureux de vivre ici. Nous avons fait une vidéo où nous leur avons demandé ce qu’ils aiment à l’Arche, et ils ont répondu « Tout. Les activités, le partage, les sorties, le vivre ensemble, la cuisine… » Ils disent qu’ils préfèrent vivre avec des amis. »

L’Arche est issue des réseaux catholiques. Quelle est la place de cette dimension spirituelle ?

« Si les communautés se sont fondées sur la foi catholique, le concept est allé rapidement sur le terrain œcuménique et interreligieux, à commencer par les communautés en Inde et en Angleterre. Notre philosophie est aussi de trouver comment vivre la foi, compte tenu de la différence. L’Arche se reconnaît toujours de la foi, mais nous voulons permettre à chaque personne de la vivre dans sa culture et dans son contexte. Ici, nous avons des prières chrétiennes, mais tous les résidents, assistants et salariés ne sont pas pratiquants. Nous demandons simplement qu’ils respectent cette dimension-là. Finalement, la seule chose importante est que tout le monde ait « foi en l’Homme », c’est de croire en la valeur de l’Homme quelles que soient les conditions dans lesquelles il vit. »

La communauté souhaite s'intégrer dans son voisinage, le nouvel éco-quartier Danube (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

La communauté souhaite s’intégrer dans son voisinage, le nouvel éco-quartier Danube (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

Quelles sont les perspectives d’avenir et de développement pour la communauté de l’Arche à Strasbourg ?

« Depuis le début, le projet est de s’inscrire dans le développement de l’éco-quartier, qui est nouveau et encore en construction. Nous allons notamment ouvrir et animer un « café-rencontre » au service du quartier. Le but est d’enrichir la vie commune, et de mettre en lumière les talents de chacun. Il sera à côté du troisième foyer, dont les travaux commencent en décembre. Ensuite, nous serons propriétaires de ce café. Nous sommes d’ailleurs en recherche de dons ! Il nous manque encore 300 000€. Avec un peu de chance, la résidence et le café ouvriront fin 2018. »

Article actualisé le 31/10/2017 à 14h27
L'AUTEUR
Déborah Liss
Pigiste. Je travaille sur des sujets de société, les questions féministes et d'inclusion. Et le franco-allemand, parfois !

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