Après un second tour schizophrène, le PS se cherche une cohérence
Politique 

Après un second tour schizophrène, le PS se cherche une cohérence

actualisé le 15/12/2015 à 18h50

Le badge qu'il valait mieux ne pas porter à Strasbourg entre les deux tours (photo Facebook Notre Région avec Jean-Pierre Masseret)

Le badge collector qu’il valait mieux ne pas porter à Strasbourg entre les deux tours (photo Facebook Notre Région avec Jean-Pierre Masseret)

Le maintien de la liste de Jean-Pierre Masseret a mis le bazar au sein du Parti socialiste. Entre les deux tours d’abord au sujet de l’attitude face au « front républicain » puis après le scrutin sur l’attitude à adopter pour restaurer la confiance avec les électeurs. Cela passe par l’organisation dans le futur conseil régional.

Ils étaient 189 au départ, ils ne sont plus que 19. Le bataillon de conseillers régionaux PS fait pâle figure face aux 104 de la droite et même aux 46 élus du Front national, mais ils auraient bien pu être 0. Le Parti socialiste arrive tout de même à être celui qui fait le plus parler de lui. Car entre-temps, il y a eu le second tour et l’imbroglio autour du maintien ou non de la liste, malgré les 11 points d’avance du FN à l’issue du premier tour. Au lendemain d’une élection inédite, encore difficile de se projeter.

Il y a ceux pour qui la situation est simple. Dans le Bas-Rhin, c’est par exemple le cas du numéro 2 de la liste, Emmanuel Recht. Il a été élu après avoir soutenu le maintien entre les deux tours, il reste. Ces élus ont pour eux la cohérence puisque Jean-Pierre Masseret n’a eu cesse de répéter qu’il ne se retirerait pas, ce que n’ont visiblement pas cru tous ses colistiers.

Mais 8 d’entre eux qui avaient œuvré pour la démission collective au nom de « valeurs » et « d’engagement » et qui désormais élus, souhaitent siéger, la position est parfois loin d’être comprise, y compris par des sympathisants et des militants du Parti socialiste. Sous cape, colistiers démissionnaires ou simples militants souhaitent la démission des élus qui ne sont pas allés au bout de la campagne. Ils estiment l’image du parti dégradée  par l’élection et qu’il ne faut pas ajouter de confusion supplémentaire. L’épisode risque de laisser des traces.

Chacun comprend ce qu’il veut avant le vote

Élu en Meuse, Thibaut Villemin a confirmé au Républicain Lorrain qu’il démissionnera de la future assemblée, conformément à son engagement d’entre les deux tours. En revanche, Julien Vaillant (Meurthe-et-Moselle), qui avait aussi déclaré qu’il se retirerait estime désormais que Jean-Pierre Masseret doit se mettre en retrait pour « favoriser l’union ». Mais tous les candidats n’ont pas pris position aussi clairement avant le premier tour, laissant les électeurs de gauche comprendre ce qu’ils voulaient quand il s’agissait de « faire barrage au Front National ».

Au risque d’une nouvelle désillusion électorale, quand ces mêmes électeurs apprennent que des candidats qui se sont prononcés contre le maintien de la liste ont l’intention de siéger une fois élus. Parmi eux, Pernelle Richardot, tête de liste dans le Bas-Rhin, très en pointe lors de l’opération initiée par le Parti socialiste à Paris visant à collecter les démissions des colistiers pour invalider la liste de Jean-Pierre Masseret. Sur le site de France Bleu Alsace, elle défend sa position :

« J’ai une responsabilité, c’est de maintenir la maison socialiste debout. Je n’ai pas de leçons de socialisme ou de militantisme à recevoir, je n’ai pas failli dans les valeurs et les engagements qui sont les miens. Aujourd’hui, c’est nous qu’on montre du doigt, c’est nous qui devons rendre des comptes, alors que c’est nous qui avons suivi la ligne du parti et agi en conscience. »

Les sénateurs socialistes alsaciens en désaccord

Non-élue dans le Haut-Rhin, la sénatrice Patricia Schillinger qui avait défendu le maintien a trouvé Pernelle Richardot « hautaine » :

« Elle pourrait au moins remercier la liste grâce à qui elle a été élue. À la télévision, elle annonce dimanche soir vouloir la présidence d’un groupe politique sans même consulter les autres colistiers. Le parti devra parler d’une voix et beaucoup de personnes non-politiques sont revenues vers nous pour discuter de programme économique suite au maintien de la liste. »

La première secrétaire fédérale du Bas-Rhin a reçu le soutien du sénateur-maire d’Illkirch-Graffenstaden, Jacques Bigot, dans un communiqué :

« J’appelle de mes vœux l’acceptation par tous les membres élus de notre liste du 1er tour de respecter le mandat qu’ils ont eu même s’ils étaient disposés à se retirer pour faire barrage au FN. Les électeurs, ayant voté pour eux au 1er tour ont fait le choix d’éviter une élection du FN ne pourraient pas comprendre qu’ils démissionnent. Au contraire, leur voix à la Région sera d’autant plus forte qu’ils ont montré leur capacité de défendre les valeurs de la République. »

Si chaque ancien élu démissionnaire choisissait de se retirer dans le Bas-Rhin, le second mandat de conseiller régional pour la liste de Jean-Pierre Masseret reviendrait alors à Andrée Buchmann (numéro 5), membre de l’Union des écologistes (UDE), le parti des anciens d’Europe Écologie Les Verts qui estiment que l’écologie ne peut-être entendue qu’en étant alliée du PS. Elle pense que, par souci de cohérence, les personnes devant elle doivent démissionner :

« Nous avons fait campagne entre les deux tours et reçu des messages très durs de la part des autres colistiers. À ce moment, nous avons eu un clivage entre une partie des militants plus bourgeois qui préféraient une ligne dure vis-à-vis du FN et ceux des milieux plus populaires qui étaient contents de ne pas être obligés de voter pour un seul parti. Nous avons par exemple enregistré de bons scores dans le Sundgau, là où peu de gens votaient pour le PS. Ceux qui se sont maintenus sont ceux qui ne devaient rien aux instances du parti. Pas de mandat, pas de boulot. La cohérence de leur part maintenant serait de démissionner. Les retours d’électeurs sur cette intention de siéger malgré tout sont très mauvais. Ils disent ne plus avoir envie de voter après ça. L’avenir serait un mode de scrutin à un tour avec plus de proportionnelle, pour que des rassemblements puissent se faire ensuite sur des questions de programme, comme en Allemagne. »

Et du côté de la liste de Jean-Pierre Masseret, on est convaincu que s’être maintenu a permis d’intéresser les gens et de doubler le nombre de voix de Philippe Richert, grâce à un sursaut d’intérêt et de participation.

Avec ou sans la droite ? Ensemble ou séparément ?

Si les démissionnaires se maintiennent, reste à savoir si les colistiers d’hier sauront se rabibocher. Dans un même groupe d’opposition ou dans deux ? Dimanche, Jean-Pierre Masseret n’a pas tourné le dos à ceux qui voulaient l’empêcher de se présenter. Certains imaginent déjà des élus PS gouverner avec droite. Philippe Richert est disposé à ouvrir une présidence de commission thématique, comme les finances, à son opposition de gauche, mais pas de place au sein son exécutif (vice-présidence).

Pour l’ancien secrétaire fédéral du PS 67 et adjoint au maire de Strasbourg Mathieu Cahn, qui avait appelé au retrait de la liste, la question du groupe est secondaire. Après cette histoire où « tout le monde a perdu » la priorité est que tout le monde siège « pour le rassemblement » :

« Il y a plusieurs temps à respecter et l’urgence n’est pas bonne conseillère. Il y avait le choix entre deux mauvaises solutions et chacun a agi selon sa conscience, avec très peu de temps pour se décider. L’heure n’est pas au règlement de compte. Il y a d’abord le temps du rassemblement. Il faut que tous les élus siègent, qu’elle qu’ait été leur position. Est-ce que les personnes qui se sont maintenues contre les consignes nationales du PS doivent être exclues ? Non. Si possible, il faudrait que tout le monde ait l’intelligence d’être tout de suite dans le même groupe, mais ça peut être une étape d’être séparé avant de s’unir à terme. Après, il y a le temps de la discussion et des débats. Nous avons un conseil fédéral en janvier. Quelle attitude au second tour face au Front national ? C’est un débat qu’on n’a jamais eu et ça peut être le moment de l’ouvrir. C’est un clivage stratégique, pas des désaccords de fond comme sur la constitution européenne en 2005. »

Revirement aussi pour Julien Vaillant, tête de liste dans la Meurthe et Moselle, qui avait poussé 17 de ses 24 colistiers (dont 3 des 4 élus) et promis de démissionner en cas d’élection, qui estime même que c’est à Jean-Pierre Masseret de se mettre en retrait désormais :

‘Il est allé contre la ligne nationale du PS qui nous avait investi et qui a toujours été la même dans ces situations. C’est un acte grave qui entraîne un conflit de légitimité. Sa décision nous a obligé à sur-appuyer notre soutien à la droite, qui était aussi en difficulté. Il doit se retirer pour permettre l’union maintenant. Sinon il y aura une logique de deux groupes, ceux qui ont joué avec le feu et les autres. Nous considérons que le FN n’est pas un parti comme les autres. »

Mathieu Cahn : plus d’efforts sur l’emploi et l’union de la gauche

Le clivage n’est pourtant pas réduit aux « démissionnaires » contre les autres, comme le montre une publication sur Facebook du maire de Ranrupt (numéro 6 de la liste bas-rhinoise) Thierry Sieffer :

« Ne nous déchirons pas, ce qui est le plus important maintenant c’est l’efficacité de nos représentants dans l’hémicycle de notre nouvelle région qui est à construire. Il est évident que Strasbourg doit être représenté et Pernelle Richardot est la plus à même de porter nos valeurs, nos convictions tout en sachant qu’elle ne laissera pas tomber les territoires ruraux. »

Une position partagée par le secrétaire de la section Bourse Krutenau du PS, Thomas Risser, pour qui même si « avoir de la cohérence ne nuit pas », le parti ne doit pas « se lancer dans une chasse aux sorcières » et créer un seul groupe d’opposition :

« S’unir avec la droite jouerait sur la confusion et nos les programmes ne peuvent se fondre. La priorité est la recomposition de la gauche. »

Pour Mathieu Cahn, le parti doit s’atteler à changer deux choses :

« Quand on dit vouloir tout changer, c’est le meilleur moyen de ne rien faire. On voit sur les cartes des résultats que les scores du Front national sont bon là où l’économie ne va pas bien et là où il y a une peur de déclassement. On a dépensé 1,4 milliard d’euros dans la rénovation urbaine à Strasbourg et les résultats électoraux ne changent pas dans les quartiers concernés. C’est une question de politique nationale, mais au niveau local nous devons agir. La grande région et les métropoles devront mieux travailler ensemble sur ce point. Et d’un point de vue plus stratégique, on entre dans le tripartisme et si l’on veut exister au deuxième tour, il faut être fort au premier.  Si les voix de la gauche s’étaient additionnées, l’élection aurait été très différente. Il faut réfléchir à comment s’unir. »

Les questions concernant le futur groupe politique régional pourrait être tranchées dès vendredi lors d’une une réunion à Maizières-lès-Metz à l’ancien QG de campagne où tous les colistiers élus sont conviés. « Il ne faut pas que cette élection soit une victoire d’une partie de la liste sur l’autre », prévient Mathieu Cahn. Voilà qui promet d’être animé.

Mis à jour à 17h20 pour ajouter la non-démission de Julien Vaillant (Meurthe et-Moselle)

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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