À Koenigshoffen, permaculteurs et jardiniers auront bientôt 9 000 mètres carrés à disposition
Environnement 

À Koenigshoffen, permaculteurs et jardiniers auront bientôt 9 000 mètres carrés à disposition

actualisé le 11/10/2019 à 20h19

Dans le quartier de Koenigshoffen, des travaux de décontamination de la nappe phréatique sous le bois du Kupferhammer vont commencer mi-octobre. Fin 2021, plus de 9 000 mètres carrés seront libérés pour des jardins partagés ou de la permaculture.

Une friche de plus de 9 000 mètres carrés d’espaces verts se trouve au sud-est de Koenigshoffen, à l’ouest de Strasbourg. Fin 2021, des jardiniers et permaculteurs pourront enfin s’y installer. Cette surface doit rester libre le temps de décontaminer la nappe phréatique sous le bois voisin. L’opération va débuter dans les semaines à venir. Elle durera entre 20 mois et deux ans. « Nous attendons des initiatives citoyennes qui souhaitent élargir les jardins partagés une fois ces travaux terminés « , affirme Christel Kohler (LREM), adjointe au maire en charge des espaces verts.

Pollution au tétrachloroéthylène

Mi-juin 2017, la Ville de Strasbourg a pris un arrêté face à « la très forte contamination de l’eau prélevée en tétrachloroéthylène » dans la zone. Selon le ministère de la Santé, ce solvant peut être toxique « pour le système nerveux et les reins et lors d’une exposition très intense, ses effets peuvent aller jusqu’à la perte de connaissance et la mort. » La Ville a ainsi suspendu tout usage de « l’eau de la nappe phréatique issue de puits publics ou privés » pour la majeure partie de ces jardins partagés qui jalonnent le reste de sud-est de Koenigshoffen.

Arrêté de la ville de Strasbourg proscrivant l’usage de puits. (doc remis)

Sous le bois du Kupferhammer, les taux de contamination locale de la nappe sont bien supérieurs aux recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’environnement, de l’alimentation et du travail (Anses). Sous le jardin de permaculture partagée Saint-Gall, des concentrations en tétrachloroéthylène supérieures à 1 000 microgrammes par litre (μg/L) ont été recensées. Les autorités publiques préconisent d’être sous un taux de 250 μg/L « pour les expositions de long-terme. » « Dès 2017, on a dû utiliser un puiseur pour arroser avec l’eau de ville plutôt que celle de la nappe phréatique », explique Fabien Dumay, président de l’association Permaculture partagée St-Gall.

Les usines utilisent souvent le tétrachloroéthylène pour le nettoyage à sec des tissus ou le dégraissage de métaux. Selon Christelle Kohler, « une étude historique a relevé une activité de métallerie dans le bois du Kupferhammer jusqu’aux années 70. »

La zone orange est correspond aux sols pollués. Dans celle plus foncée, la concentration est 4 fois supérieure aux recommandations sanitaires. (document Ville de Strasbourg)

Elargir l’expérimentation en permaculture

Fabien Dumay cultive fruits, légumes et herbacés dans le jardin Saint-Gall depuis 2015. Selon cet ingénieur pour l’Eurométropole de Strasbourg, l’utilisation restreinte de l’eau n’a pas été une gêne particulière. Mais ce permaculteur voit d’un bon œil l’arrivée de nouveaux jardiniers, ou d’une autre association de permaculture :

« Cela permettrait de faire de cet espace un lieu d’expérimentation plus fort. S’il y avait plusieurs sites de permaculture, nous pourrions faire des échanges d’expérience, mutualiser l’entretien des communs (barrières, récupérateur d’eau, serre, chemins, ndlr) et les commandes de matériel. »

L’autosuffisance ? « Un rêve »

Face à la friche, une cinquantaine de permaculteurs se rendent quelques heures par semaine dans le jardin de Saint-Gall. Ce sont les légumes-racines qui prennent le plus de temps, comme les panais, les navets, les radis ou les céleris. La plupart des membres de l’association sont strasbourgeois, avec un emploi. Certains viennent aussi chercher le calme au milieu de la végétation.

Le résultat est loin des ambitions de départ, portées par un fondateur controversé, Christian Köppel. Alors membre du mouvement identitaire Egalité&Réconciliation, l’initiateur parlait d’autosuffisance. Depuis, une nouvelle association a remplacé « Brin de paille », qui était liée au mouvement d’Alain Soral, idéologue d’extrême-droite et condamné à plusieurs reprises pour ses propos antisémites.

Fabien Dumay admet que cet objectif reste pour l’instant du domaine du rêve :

« En période estivale, entre mai et novembre, un végétarien comme moi parvient à produire la moitié de ce qu’il consomme, en sachant que je mange à la cantine le midi… »

L’asso cherche des bras

L’association Permaculture partagée Saint-Gall cherche de nouveaux membres pour atteindre une moyenne de travail hebdomadaire de 3 heures par personne. « 60% de ce qu’on plante pousse tout seul, explique Fabien Dumay, comme les poireaux, l’ail, la sauge, le thym, la rhubarbe ou même les framboises. »

Y aller

Pour devenir membre de l’association Permaculture partagée Saint Gall, écrire à fabien.dumay@yahoo.fr ou à la page Facebook. Coût annuel de l’adhésion : 35 euros par personne.

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste en alternance depuis la rentrée 2017.

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