Aux Gay Games à Paris, ces Strasbourgeois combattent l’homophobie dans le sport
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Aux Gay Games à Paris, ces Strasbourgeois combattent l’homophobie dans le sport

Les Gay Games se déroulent à Paris du 4 au 12 août 2018. Ces « Jeux Olympiques Gay » sont ouverts à tous, sans restriction d’âge, de nationalité, de performance ou de sexualité. Présents sur place, Alice et Quentin, y découvrent une autre façon de pratiquer le sport.

Aux derniers Jeux Olympiques, à Rio en 2016, il y avait 47 athlètes ouvertement LGBT+. Soit 0,4% des 10 500 compétiteurs. Les Gay Games, qu’on appelle aussi Mondiaux de la diversité, sont un moyen de donner plus de visibilité aux sportifs de la communauté gay et lesbienne.

Créé en 1982 à San Francisco aux États-Unis par le décathlonien Tom Waddell, les Gay Games réunissent une trentaine de sports, pour plus de 10 000 participants. Ouvertes à tous, sans limite d’âge, de performance ou d’identité de genre, les épreuves existent parfois en version handisport. Natation synchronisée masculine, danse de salon pour les couples de même sexe : les Mondiaux de la diversité bousculent les disciplines habituelles des fédérations sportives internationales qui n’autorisent pas ces épreuves. En 2018, ils se tiennent à Paris, où sont prévus les compétitions mais aussi plusieurs événements festifs au Grand Palais ou à la salle Pleyel.

« L’homophobie dans le sport n’est pas une légende »

Alice, 27 ans, et Quentin, 23 ans, ont participé aux Gay Games de Paris. Les deux font partie du club LGBT+ de badminton Festibad, installé à Strasbourg. Arrivée en 2017 dans le club, Alice en est déjà vice-présidente. Avec autant de personnes hétérosexuelles que de personnes homosexuelles, elle apprécie l’espace de liberté que le club lui offre :

« L’homophobie dans le sport n’est pas une légende, il existe une pression pour que les sportifs restent dans la norme imposée. Je suis arrivée chez Festibad à un moment de ma vie où j’avais vraiment envie de trouver un endroit « safe » (« sûr », en français). En allant là-bas, je sais que je ne me prendrai pas de remarques, je ne vais pas devoir réfléchir à la façon dont j’annonce mon homosexualité. »

Alice et Quentin font tout les deux partie du club LGBT de badminton Festibad (Document Remis)

Malgré « un manque de médiatisation » de l’événement selon Quentin qui « est tombé dessus par hasard sur internet », ils décident de participer aux Gay Games. Le jeune homme, qui fait désormais état son homosexualité ouvertement, est fier de pouvoir y participer :

« C’était l’occasion de faire quelque chose un peu hors du commun. Ça reste quand même des Jeux Olympiques. (même si le Comité Olympique des Etats-Unis, pays dans lequel les Gay Games ont été créés, leur a interdit l’utilisation du terme olympique en 1987, ndlr). On fait partie d’une délégation française, on a une tenue aux couleurs de la France, on a défilé avec les autres Français pendant la cérémonie d’ouverture. On va mettre en avant des personnes différentes des modèles sportifs qu’on rencontre habituellement. »

« Quand on est homo, on se sent de toute façon différent »

Car les modèles manquent. Quand Alice cherche les sportifs français qui se sont « outés », qui ont révélé leur homosexualité pendant leur carrière, seule la tenniswoman Amélie Mauresmo lui vient à l’esprit. Les jeunes LGBT+ peinent à trouver des sportifs auxquels s’identifier. Pour Quentin, accepter sa sexualité a été un processus long :

« Toute mon enfance et mon adolescence, je ne cochais pas les cases du sportif populaire du collège, qui incarnait la virilité. Tous ceux qui étaient médiatisés, je ne pouvais pas m’y identifier. J’étais trop gros, ou trop petit. On se dit qu’on y arrivera jamais. Quand on est homo, de toute façon, on se sent différent. Pendant longtemps, je me disais que ce n’était vraiment pas possible que je sois gay. Est-ce-que j’étais vraiment un garçon du coup ? »

L’homophobie, Alice et Quentin la vivent régulièrement. Dans le métro parisien, où ils entendent une femme considérer les homosexuels « comme des animaux à qui il faudrait fermer la gueule ». À Strasbourg, « c’est dans le tram, aux vestiaires, à la fac » mais pas plus qu’ailleurs. Dans le sport, la violence du vocabulaire touche Alice :

« Les petites insultes verbales sont difficiles à supporter à la longue. Il y a des termes qui peuvent vraiment nous gêner. Dans le foot, on insulte souvent les arbitres d’enculés. Tapette, PD aussi. Les gens oublient la violence qu’il y a derrière ces termes. »

Quentin l’a aussi vécu, lors d’une compétition de crossfit à laquelle il participait au Stade de France par le passé. Il doit soulever un obstacle, il y arrive sans souci. Mais derrière lui, un autre participant peine.

« Son pote lui a crié : Vas-y, tu n’es pas un PD. Et il lui a répété ça plusieurs fois. J’avais envie de me retourner et de leur dire : Le PD, lui, y est arrivé ».

Une compétition qui garde des allures militantes

Cette année, la Marche des Fiertés avait choisi l’homophobie dans le sport comme thème. Mais pour Quentin, les joueurs ne sont pas les seuls à être mis en cause :

« Je pense que les fédérations nationales devraient se poser des questions. Pourquoi tant de disciplines officielles sont aussi strictes ?  Pourquoi un homme ne pourrait pas faire de la natation synchronisée par exemple ? C’est le stéréotype qui voit les femmes comme des êtres gracieux et élégants, et les hommes comme des mecs forts et virils. On crée des attentes, c’est très négatif. »

Les Gay Games deviennent alors un refuge pour les sportifs LGBT+, ce que Quentin admire :

« Il y a un terme qu’ils utilisent beaucoup, et que je n’avais jamais entendu avant, c’est inclusif. Tout le monde peut venir. On est pas sur la performance. L’idée c’est vraiment que l’important c’est de participer, ce n’est pas du tout élitiste. Autour de nous, ce sont des personnes très différentes mais on a une certaine cohésion. Je me rends compte que je ne suis jamais senti aussi bien dans ma pratique sportive, et dans ma vie de façon générale, que cette semaine. »

Au total, 80 nationalités sont représentées, avec parfois des personnes dont la simple présence peut coûter cher une fois de retour dans leur pays. La compétition a alors gardé une valeur militante. La Rainbow Memorial Run ouvre chaque année les Gay Games depuis 1990 pour rendre hommage aux victimes du Sida. En 2018, elle partait de l’hôtel de ville et longeait le Louvre jusqu’à la Concorde. Le rappel des combats passés a marqué Quentin :

« Il y a des gens de 40, 50, 60 ans et pour eux c’est toujours un acte militant de venir participer. C’est du sport engagé. Ils parcourent le monde entier pour un combat qu’ils ont commencé il y a des décennies. « 

L'AUTEUR
Judith Barbe
Judith Barbe
Jeune journaliste jurassienne exilée en terre alsacienne.

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