« Femmes, hommes, assez parlé, ouvrir les bras »
Tribune 

« Femmes, hommes, assez parlé, ouvrir les bras »

Anne-Sophie Tschiegg, peintre strasbourgeoise, apporte sa voix au débat sur le féminisme et les relations entre les femmes et les hommes après l’affaire Weinstein.

Encore une qui a envie de dire son truc sur le sujet (il est vrai qu’on en manque).

D’où ça parle. Je préfère les dames, ça se sait, ça se voit ou ça se devine. Ça fait dès le départ une petite différence. Bien sûr, je me suis fait emmerder, parce que par définition, une lesbienne ça donne droit à « tu attendais un vrai mec : me voilà ! », « je peux vous regarder toutes les deux ? Je peux vous regarder ? Je peux vous regarder ? » « Elle te plaît pas ma femme ? Vas-y, vas-y, je reste là… » Ça a été parfois agressif, le plus souvent juste lourd, mon rire suffisait à y mettre un terme.

Donc non, je n’ai pas eu de porc à balancer et il y a quelques semaines, la femme qui n’avait pas de porc à balancer n’en menait pas large (la moche, l’imbaisable). Nous avons donc vu la surenchère au porc, il y a eu le porc-blason comme le porc-tendance, le porc-stigmate, le porc-partout, pas une-sans-son-porc, ce qui très vite risquait de devenir pas-un-sans-sa-proie.

Mais il y a avant tout les vraies victimes, celles qui n’ont pas forcément été trop faibles ou trop jeunes ou trop démunies, pas besoin d’être un tanagra fragile pour se faire violer, agresser. Les femmes qui meurent sous les coups (oui, j’amalgame parce que pour moi ça relève exactement du même usage de la force, de l’impulsion abjecte, de la proie comme objet, toutes ces merdes perpétuées depuis les siècles de gloire) ne sont pas forcément des créatures soumises et faibles. Je ne comprends même pas qu’une seule femme au monde puisse ne pas se sentir solidaire de ces femmes-là, puisse ne pas être ravie que quelque chose de l’infernale machine se casse la gueule. Que ça puisse ne pas être sa cause, son combat. Ça m’échappe.

(Photo Ars Electronica / FlickR / cc)

(Photo Ars Electronica / FlickR / cc)

« Haro sur le kiki »

En revanche je partage ô combien, l’effroi devant cette terrifiante chasse au suspect, chasse à la testo, haro sur le kiki, pas bander, pas bander, vilain, pas touche, tous des salauds, même mon père. Et tous les registres suivent : on traque le tétin et puis Balthus pédophile, et puis Carmen qu’il faut remanier, et Shakespeare misogyne, et Schiele pornographe, ce combat-là vaut l’autre parce que la femme y finit lapidée pour un genou découvert et l’homme n’a plus que ses mains pour pleurer.

Alors la revendication de certaines qui disent s’inquiéter de tout cela, oui. Leur insistance à ne pas se reconnaître dans les femmes victimes, pourquoi pas (je ne m’y « reconnais » pas mais leur lutte sera toujours la mienne, je n’ai pas envie de m’en défendre), celles qui veulent absolument rester copines avec les mecs, qui espèrent pécho fois dix parce qu’elles ont le badge « je veux bien », qui voient dans toute cette tempête une véritable aubaine pour être la dernière à bord avec tout l’équipage, bon, ok.

Oui, on peut adorer être sifflée dans la rue et souffrir de, tout à coup, ne plus l’être parce qu’on est passé du côté des transparentes, des trop vieilles, bien sûr ça peut manquer. Mais bon. Quand Catherine Millet, signataire, regrette de ne pas s’être fait violer pour prouver que c’est pas grand-chose, quand on lit « je ne suis pas une proie, moi » comme s’il s’agissait d’une simple faute de goût, quand une fois de plus tout se mélange dans ce sens comme dans l’autre, on ne s’y reconnait plus. On tremble de mal poser son like, on se tait.

Que dire d’ailleurs ? Que dire à tous ces jeunes mecs qui ont vu des films de cul à neuf ans et qui sont terrifiés d’en avoir une trop petite, de ne pas tenir leur gaule deux heures, de ne pas avoir envie d’attraper forcément la meuf par les cheveux et peut-être pas forcément de lui claquer le cul, qui se demandent comment ne pas avoir l’air d’un con devant tout ça ?

Que dire aux très jeunes filles qui se demandent si il est : A – recommandé, B – indispensable, C – incontournable de passer par enchaînement codifié des actes qui s’imposent dans tout porno au risque de passer pour la coincée de service ?

« Le mot consentir s’articule joliment »

Et oui, les femmes peuvent aimer être attrapées par les cheveux et qu’on leur claque le cul et qu’on les encule et oui, C’EST SAIN. Et elles peuvent aussi NE PAS. Et c’est SAIN aussi puisque ça semble être le mot du jour.

Je ne sais pas, vraiment, s’il est plus facile aujourd’hui d’être un adolescent qu’une adolescente. Je parle isolément, il arrive que le groupe fortifie même s’il rend souvent idiot.

Le mot consentir, qui s’articule si joliment, c’est celui-ci qu’il faut apprendre et conjuguer. Apprendre que l’Autre existe, que ça se danse à deux, deux qui se sont entendus. Et qu’on peut dire non aussi simplement que oui.

Il y a mille batailles à mener, mais il faut avant tout faire taire les culs-bénits de tout poil et surtout, surtout, que chaque homme qui maltraite une femme soit dénoncé, empêché et puni. Et arrêtons avec ce faux débat sur la limite, tout le monde sait très bien où elle est, la limite.

Alors vive le cul, vive l’amour, vive les femmes, vive les mecs ! Assez flirté, baisser culotte !

L'AUTEUR
Anne-Sophie Tschiegg
Peintre strasbourgeoise, auteur de "Assez flirté, baisser culotte" (Ed. Mediapop)

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