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Benoît Trimborn : « Pour peindre à l’huile, il faut être patient »
Culture 

Benoît Trimborn : « Pour peindre à l’huile, il faut être patient »

par Cécile Becker.
Publié le 24 mars 2012.
Imprimé le 06 février 2023 à 07:08
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Benoît Trimborn expose actuellement ses peintures à la Galerie Bertrand Gillig. (Photos Matthieu Mondoloni)

Pour cette deuxième interview de notre série baptisée « Mon voisin, cet artiste », nous avons rencontré Benoît Trimborn, 36 ans, Strasbourgeois d’origine et peintre. Il expose en ce moment ses toiles à la galerie Galerie Bertrand Gillig.

Quand avez-vous décidé d’être artiste ?

« J’ai commencé la peinture il y a 10 ans. J’ai toujours eu un tempérament d’artiste, je crois qu’on ne décide pas de le devenir. On est tous un peu artiste. Je ne peux pas dire qu’il y ait un jour précis où je le suis devenu. Il y a plutôt un jour où je me suis dit que j’allais vivre de mon art. »

Votre entourage a-t-il eu une influence sur votre choix ?

« Non. C’est une démarche tout à fait personnelle. »

« Tout a déjà été peint »

Où avez-vous appris ce que vous savez faire ? Et que vous en reste t-il ?

« J’ai suivi un enseignement artistique à l’école d’architecture. J’ai pris conscience à ce moment-là que j’étais mu par l’art plastique. On dit d’ailleurs que ça peut être avantageux pour un architecte d’avoir des qualités d’artiste. Après, la peinture, je l’ai apprise tout seul, j’ai été influencé par Nicolas de Staël, bien que cette influence n’existe plus aujourd’hui. Il ne faut pas être trop dans le sillage de ce qu’a déjà fait un autre peintre. Tout a déjà été peint plus ou moins, mais il faut conserver une personnalité. Dans ma peinture, il n’y a pas d’éléments architecturaux même si ce sont des paysages architecturés, je peins des paysages façonnés par l’homme, par le biais de l’agriculture : des champs de blé, des forêts. Ce sont des artefacts fabriqués par l’homme. La nature domestiquée me branche. J’ai évité d’être formaté par un discours artistique. »

Quelles rencontres vous ont fait avancer ?

« Mes amis me font avancer. Ils ne sont pas forcément connus, mais ils m’ont ouverts les yeux sur l’art aujourd’hui, ce que c’est que de faire de l’art. Cette galerie me fait avancer dans la commercialisation et c’est toujours encourageant pour un artiste. Ce n’est pas la peine de se le cacher : il faut vendre, ça encourage la création, parce qu’on sent qu’on est reconnu. Mais la vente ne doit pas être le moteur principal. Ce qui compte c’est de continuer sa propre recherche et d’être à l’avant-garde de ce qu’on fait soi-même. »

Les brumes et les brouillards inspirent l'artiste. (MMo)

Comment décririez-vous votre univers ?

« Je n’ai pas de message à faire passer. Mais mes toiles sont volontairement calmes et sobres. C’est peut-être juste un discours que je m’invente parce qu’on ne sait jamais vraiment pourquoi on fait ce qu’on fait. Les toiles vous parlent ou ne vous parlent pas. Mais cet aspect de contemplation et de calme me tient à cœur, alors qu’on est dans un monde submergé d’images, peut-être que la sobriété de mes toiles propose un autre univers. »

L’expiration, plutôt que l’inspiration

Qui ou qu’est-ce qui vous inspire en ce moment ?

« Les brumes et les brouillards. Quand il y a une sorte de disparition du paysage à travers la brume, c’est intéressant plastiquement. C’est un phénomène météorologique qui a par exemple été traité par Caspar David Friedrich qui est un peintre du romantisme allemand. J’ai peut-être une influence de lui. »

Comment et quand travaillez-vous ?

« Avant j’étais architecte, mais depuis deux ans je ne fais que de la peinture. Je peins à l’huile, à la spatule , parfois ça devient réaliste, presque hyper-réaliste. Je veux exprimer une réalité de manière fidèle à travers une matière assez brute. La technique de la peinture à l’huile implique un travail lent, il ne faut pas être impatient. Il ne s’agit pas seulement de peindre ce qu’on va voir, mais de peindre ce qu’on va voir à l’intérieur de la toile. Après je pense que si on veut produire de l’art, il ne s’agit pas d’attendre que l’inspiration se déclenche, l’inspiration se limite à un instant. Je pense que tout vient en travaillant, je ne crois pas au génie artistique. Je suis toujours à l’affût d’un instant d’inspiration, un instant qui doit être de l’ordre de l’inspiration. Mais je parlerais plutôt d’expiration : donner quelque chose, lutter avec la toile, il s’agit plutôt d’exprimer l’inspiration. »

Pourquoi avez-vous choisi de vous installer/rester à Strasbourg ?

« Je ne l’ai pas vraiment choisi. Je suis né à Strasbourg et je ne l’ai pas quittée, car la ville me plaît. J’habite à Neudorf. »

Autre source d'inspiration : la nature. (MMo)

Jusqu’où iriez-vous pour connaître la gloire ?

« Ah mais je pense que la gloire n’existe pas. C’est plus quelque chose de posthume, ce n’est pas de ça qu’il s’agit quand on est artiste. »

« Faire de l’art ne doit pas être un combat »

Dans votre domaine, peut-on vivre de son art ?

« A priori c’est difficile d’en vivre, parce qu’être artiste ce n’est pas un métier, c’est plus un état d’esprit : avoir l’envie de créer et le faire sérieusement. Etre artiste, c’est une question personnelle, c’est surtout avoir envie de partager quelque chose. Il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers, ça ne doit pas être un combat que de faire de l’art, c’est de rester soi-même qu’il y ait du succès ou pas. Personnellement, je gagne suffisamment d’argent de ma peinture pour en vivre, ce qui n’est pas forcément répandu. »

Si vous aviez un conseil à donner à un jeune artiste ?

« Avoir conscience de ce qu’il fait lui-même, se protéger de la profusion de la production artistique. »

Quels sont vos lieux favoris ?

« La place de la République, parce que je suis tombé amoureux sur cette place (rires). »

Y aller

Benoît Trimborn expose jusqu’au 15 avril à la Galerie Bertrand Gillig, 15 boulevard Ohmacht (et non pas place de Haguenau, comme indiqué sur le site, attention !). Contact : 03 88 32 49 08.

Article actualisé le 26/03/2012 à 11h02
L'AUTEUR
Cécile Becker
Cécile Becker
Journaliste indépendante. Spécialités : nouvelles technologies, culture et société.

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