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Caddie : 125 familles dans l’angoisse d’une lettre de licenciement
Economie  Société 

Caddie : 125 familles dans l’angoisse d’une lettre de licenciement

par Pierre France.
Publié le 7 juin 2012.
Imprimé le 28 mai 2022 à 05:38
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Les lettres de licenciement des 125 salariés de Caddie ont été envoyées, elles arriveront dans les foyers vendredi. Dans l’usine, la tension est palpable alors que chacun scrute le tableau de réduction des effectifs, et compte ses points d’ancienneté pour calculer ses chances… Une partie du personnel a reçu la lettre mercredi matin, et s’estime trahie par la direction et les syndicats.

La reprise de Caddie par le groupe Altia avait les faveurs du comité d’entreprise (CE). Le groupe français a proposé un investissement de 14 millions d’euros pour sortir l’entreprise de chariots métalliques établie à Drusenheim de l’endettement chronique, mais l’offre était assortie d’un plan de licenciement de 120 salariés de Caddie SA et 5 chez Revêtements Industriels, l’unité d’Oberhausbergen.

Depuis quelques jours, une liste des postes supprimés, service par service, a donc été publiée sur les panneaux d’information de l’entreprise (voir ci-dessous). Les licenciements sont prononcés en fonction d’un barème où compte l’ancienneté, le nombre d’enfants à charge, la situation du conjoint, etc. A poste équivalent, celui qui reste est celui qui a le plus de points. Une cinquantaine de personnes s’est portée volontaire pour partir mais pour les 75 autres, leur avenir professionnel et leur situation future dépendent de ce barème.

Indemnités au minimum légal


(Cliquez sur l’icône en bas à droite, « toggle full page », pour visualiser la liste des postes supprimés en plein écran)

Les lettres de licenciement ont été envoyées et devraient être réceptionnées vendredi pour la majorité des salariés. Le personnel protégé, comme les délégués syndicaux, a déjà reçu la lettre recommandée mercredi. Pour une partie d’entre eux, les salariés ont été trahis par les syndicats. Ils se sont regroupés dans un collectif des « 125 licenciés ».  Julien, dont le prénom a été changé, en fait partie :

« Actuellement, c’est le grand silence. On nous demande de ne surtout pas bouger, de ne surtout rien faire qui pourrait compromettre la reprise de l’entreprise par Altia. Et ça tient, parce que les lettres de licenciement ne sont pas encore arrivées, certains craignent qu’une action pourrait les mettre sur la liste des licenciés… On entend que les syndicats sont satisfaits du rachat par Altia, mais nous sommes en colère, car nous sommes jetés comme des moins que rien ! Les indemnités de licenciement sont au minimum légal, on ne sait rien sur le financement de la cellule de reclassement et nos délégués nous tournent le dos ! »

Jean-Paul Ostertag, délégué CFTC, confirme que les syndicats mènent une partie serrée dans l’entreprise :

« Il y a beaucoup de tension. On fait tout pour pas que ça déborde, on essaie de calmer les salariés. Si on avait manifesté avant, si on avait fait du bruit, l’entreprise aurait simplement fermé. Et aujourd’hui c’est la même chose, il ne faut pas qu’il y ait de débrayage, sinon tout s’arrête. C’est vrai que le plan de licenciement est minimaliste mais on a tout essayé pour le revaloriser, sans succès. On a juste obtenu l’extension de la priorité de réembauche à 36 mois en cas d’ouverture de poste pour les salariés licenciés. »

Bienvenue dans la galère ?

D’autres pointent que le futur avec Altia ne sera pas forcément radieux, car le groupe a repris d’autres entreprises au cours de son histoire, avec des fortunes diverses. Bruno Grimaux est délégué FO à Altia-Bessines, en Haute-Vienne, et membre du comité d’entreprise du groupe Altia :

« Aux salariés de Caddie, je dis : bienvenue dans la galère ! Depuis qu’Altia nous a rachetés, c’est vrai qu’on a plus de travail, mais toute notre capacité d’investissement est pompée par le groupe, qui prend 70% des dividendes ! On n’a plus rien pour moderniser notre outillage. Pire, on avait des locaux loués 1€ à la ville de Bessines, Altia a créé une société civile immobilière, s’est approprié les locaux et nous les loue maintenant à 600 000€ par an ! J’apprends qu’Altia va investir 14 millions d’euros en Alsace, mais ils vont les prendre où ? Des 19 sites qui composent le groupe, pas un seul n’a une trésorerie en positif. »

La direction d’Altia Group n’était pas joignable mercredi soir pour répondre à nos questions. L’entreprise Caddie figure déjà sur le site web d’Altia Group, comme une nouvelle division.

Article actualisé le 07/06/2012 à 12h53
L'AUTEUR
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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