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Campagne du référendum : comment seront dépensés les 300 000€ de cagnotte
Politique 

Campagne du référendum : comment seront dépensés les 300 000€ de cagnotte

par Marie Marty.
Publié le 19 mars 2013.
Imprimé le 09 décembre 2021 à 10:45
1 540 visites. 15 commentaires.

Bannière disponible dans le « kit du oui » téléchargeable sur Alsace2013.fr

La campagne officielle préalable au référendum du 7 avril pour ou contre la fusion des trois collectivités alsaciennes démarre lundi 25 mars. Une enveloppe de 300 000€ sera mise ce vendredi 22 mars à disposition des différents groupes politiques pour communiquer auprès des électeurs. Le camp du « oui » devrait rafler l’essentiel de la mise, tandis que celui du « non » se demande encore s’il va seulement faire campagne…

Très rude journée hier pour les tenants socialistes du « non » au référendum. A 17 heures, les groupes s’apprêtant à se lancer dans la campagne pour ou contre la fusion des conseils généraux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin et de la région Alsace devaient déposer la liste de leurs élus signataires à la Maison de la région. Jusqu’au dernier moment, les responsables de la campagne pour le PS du Bas-Rhin ont fait durer le suspense, un peu malgré eux. Au finish, ils déplorent deux pertes sèches à Strasbourg, les conseillers généraux Olivier Bitz et Claude Frœhly.

Pourquoi est-ce important ? Parce qu’en plus de la symbolique politique, plus les groupes comptent d’élus, plus ils pourront prétendre à une enveloppe conséquente remboursée au titre des frais de campagne. Les trois collectivités se sont mises d’accord sur un montant de 300 000€ pour la cagnotte destinée aux partis, sur un budget total de 1,8 million d’euros pour l’organisation globale du référendum, soit un euro par habitant.

Des règles du jeu très laxistes

A noter que la règle du jeu est un peu particulière : contrairement aux autres élections, aucun plafond de dépenses n’est fixé. A titre d’exemple, pour les élections régionales de 2010 en Alsace, les partis ne pouvaient pas engager plus de 571 000€ de frais, dont la moitié seulement était remboursée par l’Etat. De même, des dons peuvent être faits par des personnes physiques et morales, également sans limite, et il n’y a pas de durée officielle pour l’intégration des frais dans les comptes de campagne. Exemple, pour les municipales, toute propagande (publicité autour de l’action publique) dans l’année qui précède le scrutin est comptabilisée dans une enveloppe plafonnée.

Alors que le PS du « non » s’offusque de « ce cadre qui doit changer » et qui empêche « toute transparence » sur les frais engagés, au cabinet de Philippe Richert, président du conseil régional et chantre du « oui », on note : « Ce n’est pas nous qui faisons la loi ». Le mémento (à lire ci-dessous) est, selon Christophe Kieffer, directeur de cabinet, une adaptation des directives de la préfecture.

Mémento à l’attention des groupes d’élus

D’autant que pour le même Christophe Kieffer, peu importe ces règles floues, cette campagne « ne coûte pas très cher » et l’enveloppe qui sera allouée à la Majorité alsacienne sur les 300 000€ (environ 150 à 200 000€ compte tenu du poids des élus UMP et UDI dans les trois collectivités) ne sera pas utilisée en totalité. Il explique :

« Sur les 150 réunions programmées, la plupart se font dans des salles qui nous sont mises à disposition gratuitement [ce qui n’est pas le cas pour le Front national, « un manque d’équité » dénoncé par Patrick Binder, conseiller régional FN]. Les déplacements ne sont pas remboursés, donc quand le président y va, il prend sa voiture et paie son essence. Ce qui coûte cher, c’est l’agence de communication (Les Créatonautes) et l’impression d’affiches et de tracts. On pense en avoir pour 40 à 60 000€. Mais là-dessus, je reste encore prudent. En tout cas, on ne dépensera pas 150 000€, c’est sûr ! »

La Majorité alsacienne n’a pas besoin de sous, elle a des militants et des maires partout

Si les socialistes jugent ce chiffre invérifiable et sous-estimé, une certitude cependant : la Majorité alsacienne dispose d’autre chose que de ressources financières qui pèse au moins aussi lourd dans la balance, ce sont ses forces vives. Plus de cadres, ce sont des maires qui impriment des tracts en mairie ou organisent des réunions dans leur village. Plus de militants, ce sont des bras pour coller des affiches gratuitement au quatre coins de l’Alsace, là où les autres partis n’ont pas forcément de relais. Dans ce domaine, les écologistes vont devoir faire appel à une entreprise, qui va leur coûter entre 8000 et 20 000€, soit une part importante du budget prévisionnel de la campagne EELV, qui se monte à 37 000€ (montant plancher) selon Jacques Fernique, tête de file régionale.

Au PS, on ignore encore s’il y aura collage d’affiches sur les quelque 1800 panneaux disséminés en Alsace. La conception en est au stade du devis, l’impression pas encore planifiée. Et pour cause, cet affichage revient cher. Or Mathieu Cahn, premier secrétaire fédéral du PS du Bas-Rhin, a prévenu que le parti ne mettrait pas un kopek de plus que le montant des frais remboursés – entre 20 et 30 000€ pour une dizaine d’élus sur les 122 que comptent les trois collectivités. Et surtout, quid de l’affichage dans le Haut-Rhin ? Alors que la fédé’ 68 s’est prononcée pour la fusion, compliqué pour les militants socialistes bas-rhinois d’aller faire campagne pour le « non » dans le Haut-Rhin.

Le PS du « non » ne fait pas campagne ou si peu

Ces tergiversations, si elles ne sont pas du goût des quelques-uns réellement engagés dans la campagne du « non », comme l’adjointe au maire de Strasbourg et conseillère régionale Pernelle Richardot, se traduisent aussi par une absence de ce camp et sur le terrain (zéro tractage car zéro tract), comme sur le web.

Le « oui » majorité alsacienne a son site, avec même un « kit du oui » à télécharger. Des éléments de propagande « faits en interne », assure Christophe Kieffer. Le « oui naturellement » des écolos a aussi son site et même les tenants du vote blanc ont le leur. Le « non »… non. Une identité visuelle existe (nous l’avons vue !), créée par la jeune agence de com’ strasbourgeoise Bretzel et Bredele – dont le jeune patron Damien Senger est un militant actif du PS 67 – mais elle ne sera pas dévoilée avant le début de la campagne officielle. Campagne qui sera, selon Paul Meyer qui en a la charge, « ciblée, tardive et discrète ». Invisible ?

EDIT 11h – Visuel du Front de gauche – PC et parti de gauche – pour la campagne du « non » (document remis)

Outre la Majorité alsacienne, le PS du oui (groupe « fédération PS 68 et élus indépendants »), le PS du non (groupe « socialiste et démocrate », qui compte aussi des élus qui s’abstiendront, les Strasbourgeois Alain Fontanel et Robert Herrmann notamment), les écologistes, les souverainistes ou le FN, le Front de gauche (parti communiste et parti de gauche) pourrait avoir un groupe du « non de progrès ». La répartition exacte des montants alloués à chacun sera connue vendredi 22 mars. La campagne officielle démarrera lundi prochain, le 25, pour un vote le 7 avril.

Aller plus loin

Sur le blog-notes de Claude Keiflin : Conseil d’Alsace, le bulldozer du « oui »

Sur Rue89 Strasbourg : les Alsaciens voteraient à 75% pour la fusion selon un sondage

Sur Rue89 Strasbourg : le conseil unique d’Alsace, c’est quoi ?

Article actualisé le 21/03/2013 à 10h04
L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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