Candidat·es : « Nous attendons vos engagements pour l’Elsau »
Tribune 

Candidat·es : « Nous attendons vos engagements pour l’Elsau »

actualisé le 12/02/2020 à 11h00

Dans une lettre ouverte adressée aux têtes de liste pour les élections municipales, des habitants de l’Elsau formulent plusieurs propositions pour leur quartier. Zone verte, pollution agricole et aux particules fines, bruit lié à l’autoroute A35… Autant de thèmes sur lesquels les candidat·es à la mairie de Strasbourg pourraient s’engager.

« Nous habitons à l’Elsau et nous nous sommes engagés dans une action citoyenne, hors de toute association, parti politique ou projet architectural. Nous souhaitons que la rénovation urbaine du quartier réponde véritablement aux besoins de ses habitants et usagers.

Après avoir consulté les habitants et repéré les problèmes, nous avons proposé des solutions en matière de santé, d’habitat, de commerce, d’environnement, d’équipements, de circulation, de vélo, d’autoconstruction (consultables sur le site de l’AHEL).

Nous avons présenté aux élus et administratifs concernés nos constats et nos propositions qu’ils ont souvent repris dans les cahiers des charges de la Ville… Nous attendons de voir ce qui sera véritablement pris et compte et réalisé par la prochaine mairie.

Pourtant quelques propositions n’ont pas semblé prioritaires aux responsables politiques malgré les constats alarmants que l’on peut faire à l’Elsau. Nous aimerions donc que les candidates et candidats à la mairie de Strasbourg expriment leur avis et s’engagent sur les points suivants :

Un espace vert de loisir sur les friches de l’ouest

Il y a une vraie demande d’espaces verts de loisir et de sociabilité dans le quartier prioritaire de la Ville de l’Elsau. Beaucoup de familles et d’enfants n’ont pas les moyens de partir en vacances. Et le quartier n’a pas de grand
espace vert de loisir comme la « Plaine des jeux » à Hautepierre.

Pourtant la vaste zone en friche à l’ouest de l’Elsau, qui sert d’épandage en cas de crue de la Bruche, n’est inondée que très rarement. La Ville prévoit d’y installer des maraîchages dans le cadre du parc naturel urbain. Nous pensons qu’il serait bien plus profitable pour le quartier de transformer en zone verte de loisir la friche qui est au sud du tram (repère A sur la photo).

Il faudrait pour cela prévoir quelques tontes dans l’année, installer des bancs, des aires de jeux, des poubelles, quelques pistes, des bosquets et des barbecues fixes près du tram et du pont Jost Haller (à plus de 150 m distance des habitations). Ces équipements viendraient en complément
du verger
, obtenu en 2019 grâce au budget participatif.

Ce projet pourrait aussi permettre de créer un parcours santé entre le parcours des peintres et le pont de l’Illhof avec des agrès de deux types permettant une mixité entre les jeunes adeptes du street workout et les personnes plus âgées. Enfin un ponton sur pilotis sur les rives de l’Ill permettrait de développer les activités nautiques, ainsi qu’un projet de guinguette et une zone de baignade surveillée en été.

Pollution agricole

Le long de l’Ill, le terrain agricole d’Ostwald (repère B sur la photo) pollue les zones habitées de L’Elsau qu’il jouxte, particulièrement en période d’épandage de pesticides et de traitements chimiques. Les habitants de
l’Elsau s’en plaignent depuis plusieurs d’années : à la belle saison, la rose des vents est propice à la dispersion de ces épandages vers les habitations qui ont leurs fenêtres ouvertes à ce moment-là. Nous demandons donc à l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) de requalifier cette surface agricole en zone de loisir ou en zone maraîchère bio.

Il serait aussi imaginable d’installer sur ces champs une ferme auberge qui ferait le lien entre la nature, les habitants des différents quartiers. Cette structure pourrait même être un chantier d’insertion en partenariat avec les travailleurs sociaux de l’Elsau et d’Ostwald ou même avec la Maison d’arrêt de Strasbourg.

Élargir le Parc Naturel Urbain et relier les quartiers

Tous ces projets pourraient prendre une dimension bien plus importante. En effet, la gravière de l’étang Gerig (voir photo) doit cesser son activité dans les années à venir. L’EMS pourrait multiplier par cinq la surface du Parc Naturel Urbain (PNU) en y incluant l’étang Gerig et ses forêts avoisinantes.

On pourrait y concevoir une zone de loisirs et de détente comme celle du Polder d’Altenheim où nos voisins allemands ont réalisé à peu de frais un sentier sauvage et récréatif autour des ramifications du Rhin (Auen Wildnisspfad).

Le poumon vert du Gerig sera aussi un écrin de protection pour les espèces animales et végétales locales menacées par les activités industrielles et l’expansion urbaine. Il sera enfin un atout pour la santé publique, car c’est le lieu idéal pour de nombreuses activités physiques.

Le parc naturel et forestier du Goerig n’est pour le moment accessible que par Ostwald. Pour faciliter sa fréquentation depuis Strasbourg et l’Elsau, nous pensons qu’une passerelle au-dessus de l’Ill entre l’Elsau et Ostwald permettrait une liaison plus conviviale entre les espaces verts de ces deux quartiers. Créer la piste cyclable à partir du bout de la rue de l’Unterelsau, reliant l’Elsau et IIlkirch, permettrait aussi de traverser cette forêt tout en ouvrant l’Elsau au réseau de pistes cyclables de l’EMS.

L’Elsau, un écoquartier bruyant

La Ville de Strasbourg envisage de faire de l’Elsau un écoquartier. Or, la rénovation du quartier ne prévoit pas d’équipement pour protéger ce quartier des nuisances sonores et respiratoires de l’A35. Le bruit et la pollution constituent un véritable problème de santé publique.

En matière de bruit : la ville a classé la rue de l’Unterelsau comme « point noir bruit » sur ses cartes du bruit de 2017. Cette décision justifie l’utilité d’un un mur antibruit. Au carrefour de la rue de l’Unterelsau et de la rue Raphael, le niveau sonore dépasse en pleine semaine 70 décibels toute la journée, par temps sec et sans vent. Pour rappel, le seuil maximum généralement toléré est de 68 décibels. L’humidité et le vent ne faisant qu’aggraver le bruit, il peut monter à 80 décibels au même carrefour Unterelsau-Raphaël et se propager plus loin à l’intérieur du quartier.

Depuis 15 ans, plusieurs élus ont parlé d’études préalables à la réalisation de trois murs antibruit le long de l’A35. Or à ce jour, seul le mur de la montagne verte a été réalisé, celui de la gare est prévu. Par contre, le projet de mur antibruit à l’Elsau, qui a fait l’objet de promesses sans cesse annulées, n’est même pas programmé sur un échéancier, alors que les habitants ne cessent de le réclamer depuis plus de 15 ans.

Un écoquartier pollué

En matière de qualité de l’air, les recherches actuelles montrent que les niveaux de pollution de référence de l’OMS mènent à sous-estimer largement l’impact sanitaire de voies comme l’A35 sur les riverains. Les mesures récentes sur la rue de l’Unterelsau montrent des dépassements incroyables, mais réguliers.

Du 22 au 26 janvier 2020, par exemple, la moyenne journalière des mesures de particules a atteint des records : le seuil journalier de PM10 (particules dont le diamètre est inférieur à 10 micromètres) est allé de 58 le 22 janvier 2020 à 568 µg/m3 le 26 janvier. Pourtant, le seuil journalier européen à
ne pas dépasser est à 50 µg/m3 .

Les mesures de PM 2.5 (particules dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres) ont été de 54 à 347 µg/m3 alors que le seuil journalier à ne pas dépasser est 25 µg/m3 . Dans les deux cas on a mesuré des pics à 1500 µg/µm3 , ce qui représente le seuil maximum de mesure de la machine de l’ATMO (voir les mesures sur le site de l’AHEL.)

Des arbres pour l’Elsau

Tout cela justifie de planter à l’Elsau une allée dense et ininterrompue d’arbres à feuilles persistantes tout le long de l’A35 pour filtrer un peu les particules, et ce jusqu’au bout des casse-auto. Pourtant contre toute logique, l’État a fait récemment couper des arbres le long de l’A35 près des jardins ouvriers et devant les casse-autos, sans rien replanter à la place. Nous attendons que la Ville en replante lorsqu’elle reprendra la concession des abords de l’A35 en 2021.

Les collectivités locales ne cessent de repousser le projet de mur antibruit en présentant le projet de boulevard urbain comme la panacée. Or, on sait bien que les habitudes de déplacement ne changeront pas à l’échelle d’une ou deux générations. Quant au GCO, les projections officielles montrent qu’il ne permettra à terme qu’une réduction de 15 % de la circulation.

Alors, faudra-t-il encore attendre encore 25 ou 50 ans que les gens respirent cet air vicié et supportent ce bruit infernal sans qu’il ne se passe rien ?

Les casse-autos

Il faut supprimer la zone de casse-autos et d’ateliers sauvages qui longent l’autoroute à l’est de l’Elsau (repérés C sur la photo), car ils polluent l’Ill et sont une vitrine déplorable depuis l’A35. Il est nécessaire de requalifier cette zone comme le préconise la Convention d’Application Territoriale. Il faut là encore pour cela une véritable volonté politique et une concertation efficace entre la préfecture et les institutions locales.

Une rénovation urbaine insuffisante

Il reste bien évident que la rénovation urbaine telle qu’elle est envisagée ne règlera pas les problèmes du quartier. La paupérisation s’accélère à l’Elsau qui ressemble de plus en plus a un ghetto. Le chômage des jeunes y est une plaie. Les trafics de drogue se font au grand jour. Les différents types de population qui vivent à l’Elsau se côtoient dans l’indifférence, quand ce n’est dans la peur.

Alors, comment redonner à ce quartier une mixité sociale apaisée ? Comment permettre à chacun d’accéder à des conditions de vie élémentaires et favoriser ainsi le bien-être de tous ? Comment responsabiliser les uns et les autres à la citoyenneté républicaine ? Voilà des questions qui nécessitent un projet de société, dont nous pensons avoir esquissé ici quelques grandes lignes.

Alors candidates et candidats, plus de langue de bois ni de promesses fallacieuses. Nous voulons des engagements précis et fermes sur des mesures concrètes.

L'AUTEUR
Marc Ferrante, Ony Raveloson, Michel et Brigitte Witasse, Jean-Marie Wihlm, Frédéric Bigey

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