Attaque de Strasbourg : Un cauchemar de deux jours prend fin
Société 

Attaque de Strasbourg : Un cauchemar de deux jours prend fin

Jeudi 13 décembre, peu après 21 h, Chérif Cheklatt a été abattu par trois policiers, en patrouille dans le sud de Neudorf. La traque prend fin. Les Strasbourgeois vont tenter de reprendre le cours normal de leurs vies.

Strasbourg, au sud de Neudorf, peu après 21h. Deux hommes et une femme de la brigade spécialisée de terrain viennent d’abattre Chérif Chekatt au 74 rue du Lazaret. La traque aura duré près de deux jours et mobilisé plus de 700 agents. Des policiers locaux ont mis fin à la cavale du principal suspect de l’attaque de Strasbourg.

Quelques minutes plus tôt, le ministre de l’Intérieur annonçait la réouverture du Marché de Noël, après deux jours d’interruption à la fois en hommage aux victimes et pour soulager les forces de sécurité. Mais un hélicoptère continuait de survoler la ville, et rappelait sans cesse la cavale du terroriste. Pendant plus de 48 heures, les habitants de la ville meurtrie ont vécu au rythme d’un bilan des victimes encore en évolution et des opérations des forces de l’ordre. Cette page s’est tournée dans la soirée du 13 décembre.

Hommages à l'entrée de la rue des Juifs (photo Abdesslam Mirdass)

Hommages à l’entrée de la rue des Juifs (photo Abdesslam Mirdass)

L’assaillant signalé par une habitante

Chérif Chekatt, devenu l’ennemi public numéro 1, a été repéré par les caméras de surveillance et un dispositif de détection thermique à bord de l’hélicoptère survolant le quartier de Neudorf. Il se cachait dans un entrepôt de la plaine des Bouchers. Il n’était qu’à quelques centaine de mètres du lieu où les forces de l’ordre avait perdu sa trace dans la soirée du 11 décembre, rue d’Épinal.

Repéré par trois policiers de la Brigade spécialisée de terrain (BST), un patrouille du quotidien, il tente de se cacher dans un hall d’immeuble. Le fugitif n’y parvient pas. Trois policiers, deux hommes et une femme, l’interpellent. Leurs consignes sont de contrôler les identités de quasiment tout le monde dans le quartier. En guise de réponse, il tire avec son pistolet. La brigade réplique à la mitraillette. Chérif Cheklatt tombe, touché à la tête. Le fuyard est mort.

Des policiers applaudis

Vers 21h30, plus aucun tram ne circule à proximité de la station Krimmeri-Meinau. Devant les cordons rayés rouges et blancs, les forces de l’ordre bouclent le périmètre. Une cinquantaine de personnes assistent à la scène, beaucoup de journalistes et des habitants du quartier, pressés de rentrer chez eux d’autant que la température est tombée rapidement. D’autres assistent au spectacle, le regard dans le vide, comme s’ils peinaient à réaliser ce qui vient de se passer. Luc, un habitant de la rue Sainte-Cécile, semble sous le choc. Il résume ce qu’il vient de vivre :

« J’ai entendu une longue rafale de mitraillette. Vingt minutes plus tard, c’était confirmé sur BFM TV. »

Peu après 22 heures, les habitants du quartier commencent à rentrer chez eux. La police laisse passer les Strasbourgeois frigorifiés par les températures négatives au compte-goutte. Une partie des forces de l’ordre quitte aussi les lieux, sous les applaudissements des riverains et badauds :

Reprendre une vie normale

Au même moment, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner annonce la mort de Chérif Cheklatt, depuis l’hôtel de la Préfecture. Le maire de Strasbourg Roland Ries s’est exprimé sur la fin de la traque :

« Après ces jours de tristesse et de deuil, il fallait retrouver la vie habituelle de Strasbourg. Ce sera chose faite dès demain et je m’en réjouis. »

Alors que des bougies, fleurs, et petit mots jalonnent le sanglant parcours du meurtrier au centre-ville, Strasbourg va tenter de reprendre une vie normale. Le Marché de Noël est rouvert vendredi, doté d’un dispositif de sécurité légèrement différent. Quinze ponts seront ouverts contre 19 auparavant et la desserte en tramway sera modifiée. La décision a été prise après 20h, avant la neutralisation de Chérif Chekatt. Mais la venue du ministre de l’Intérieur, décidée dès la fin de l’après-midi, laisse penser que les autorités savaient que le suspect était cerné.

Lors d’une rencontre du maire avec plusieurs responsables strasbourgeois à la mi-journée, plusieurs représentants des commerces et hôteliers demandaient une réouverture du Marché de Noël, pour « reprendre une vie normale » certes, mais aussi au nom d’un réalisme économique. Des centaines de réservations ont déjà été annulées et d’autres sont en suspens. Les taux d’annulation calculés par les plateformes Booking ou Expedia seraient « similaires à ceux après les attentats de Paris de 2015 et supérieurs à Nice en 2016 », selon Pierre Siegel, président de la section hôtelière du Groupement des hôteliers, restaurateurs et débitants de boissons du Bas-Rhin. À cela s’ajoute les locations AirBnb.

Aucune commémoration pour l’heure

Des commémorations devraient se dérouler lors de la fin de semaine. À cette heure, elles ne sont pas encore programmées. Dans la Grande-Île, une équipe d’urgence médico-psychologique circulera à partir de 14h vendredi. Elle se rendra à la rencontre des résidents, des commerçants et des touristes afin que les personnes qui le souhaitent puissent bénéficier d’une écoute et d’un soutien. Cette patrouille s’ajoute au centre d’accueil et d’écoute à la cité de la musique et de la danse, rue Dauphine à Strasbourg.

Malgré tous ces efforts, le bilan pourrait encore s’alourdir. Trois morts ont été annoncés officiellement, mais d’autres victimes ont été blessés à la tête et sont dans des états critiques.

L'AUTEUR
Guillaume Krempp & Jean-François Gérard

En BREF

Invité de l’apéro : Gabriel Cardoen du collectif « D’ailleurs nous sommes d’ici »

par Pierre France. Aucun commentaire pour l'instant.

Un camp d’une soixantaine de sans-abris aux Canonniers, à l’entrée du Neuhof

par Jean-François Gérard. 1 360 visites. 3 commentaires.

Stade de la Meinau : 100 millions et 4 000 places de plus pour le grand public

par Jean-François Gérard. 1 609 visites. 7 commentaires.