Brèves 

Aux ateliers SNCF, quand des cheminots parlent de leurs « privilèges »

Une trentaine de grévistes de l’intersyndicale des cheminots se sont rassemblés mercredi 4 avril devant les ateliers de la SNCF à Bischheim. Avec 49% de grévistes, il en manquait à l’appel mais pour les présents, venus dès 7h du matin, il a surtout été question de préparer les troupes pour un conflit qui s’annonce long.

Le programme de la matinée était plutôt rythmé. D’un côté, les uns accrochaient les différents flambeaux de l’intersyndicale aux grillages, tandis que les autres préparaient les banderoles pour un coup d’éclat. Grévistes et non-grévistes se sont croisés mercredi matin, aux ateliers de la SNCF à Bischheim. L’occasion parfois d’échanger quelques mots, de tendre un tract, ou au contraire de presser le pas pour certains, sans un mot ni regard.

« La privatisation peut attendre 2039 »

Vincent Prod’hon, représentant CGT cheminots, est plutôt content de la participation aux premières journées du mouvement social. Pour lui, comme pour d’autres, la mobilisation en Alsace a toujours un train de retard. Il regrette que le débat médiatique se concentre uniquement sur le transport des passagers, au détriment de celui des marchandises. Pour Vincent Prod’hon, la circulation massive de camions dégradent les routes mille fois plus que les voitures. Même chose concernant la privatisation du secteur. « Elle apparaît comme urgente, émanant des grandes instances européennes » alors que pour ce représentant syndical, cette ouverture à la concurrence pourrait attendre 2039.

Mercredi matin, certains grévistes semblaient agacés par les discours redondants sur « les privilèges » des cheminots. C’était le cas de Régis. 20 ans d’ancienneté sans compter ses années d’apprentissage à la SNCF. Son salaire est de 1 700€ net, tout inclus, primes comprise. Pour Régis, ce salaire est bien maigre, surtout compte tenu de la pénibilité du travail, des astreintes et de l’ancienneté. Mais il n’est pas question pour lui de se plaindre, car certains collègues touchent bien moins, 1 200€ en début de carrière pour des postes de soudeurs.

Régis ne tarde pas à tendre sa fiche de paie pour en faire l’analyse. « Cette prime de 200€ par exemple, ce n’est ni plus ni moins qu’une régularisation pour ne pas être en dessous du SMIC. » Mais en cas d’absence, la prime disparaît également.

Une retraite plus tôt, mais après 37 ans d’annuités

Devant le défilé bruyant des voitures, certains conducteurs klaxonnent, plutôt par solidarité. Les grévistes répondent par une main tendue. Daniel a rejoint de bonne heure le groupe. C’est un peu le doyen, la mémoire des cheminots. Cela fait 13 ans que Daniel est retraité. Sa retraite, il aurait pu la prendre bien plus tôt. Mais c’était sans compter « une base de 75% de son salaire, à la condition d’avoir 37 ans d’annuités à la SNCF, sinon y’a la décote ».

La pénibilité des « roulants » permet des départs anticipés en retraite. Mais à quel prix : les découchages sont nombreux, les horaires difficiles, et le risque demeure réel et important assure Daniel, qui voulait être « avec les copains » ce matin. Pour soutenir, pour signifier par sa présence sa totale solidarité.

Du côté de FO First, le ton gronde. Sébastien Rimlinger, délégué syndical, constate des « avantages » dans toutes les professions : « La caissière a Auchan a 10% sur son caddie par exemple ». Et Sébastien s’en réjouit, car « ces avantages ont été gagnés au prix de luttes syndicales par les anciens. » « Les députés et ministres voyagent à l’oeil, mais là y’a pas de problème, ils veulent surtout pas qu’on touche à leurs avantages, » ajoute-t-il.

Il est 10h. La matinée se termine par l’accrochage des banderoles sur le pont faisant face à la célèbre motrice TGV à Bischheim, comme le témoin cynique d’une époque aujourd’hui révolue. Dès 13h, les banderoles seront enlevées. Mais l’intersyndicale l’assure, « ce n’est que le début de la lutte ».

L'AUTEUR
Salem Slimani
Salem Slimani
Journaliste passionné par les rencontres, la mise en image et le direct.
En BREF

« Fort soupçon » de corruption par l’Azerbaïdjan au Conseil de l’Europe

par Pierre France. 363 visites. 2 commentaires.

Cinq « étudiants en lutte » envoyés à la coordination à Paris

par Thibault Vetter. 916 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

L’amphi de Maths-Info brièvement occupé, puis quitté dès l’arrivée de CRS

par Émilie Sizarols, Thibaut Vetter et Jean-François Gérard. 3 371 visites. 3 commentaires.