Le dernier conseil municipal avant les élections municipales de mars 2026 a tenu ses promesses. Les trois principaux groupes d’opposition, tenus par trois candidats — Jean-Philippe Vetter (Les Républicains), Catherine Trautmann (Parti socialiste) et Pierre Jakubowicz (Horizons) —, ont réussi à susciter de grands débats sur de petits points à l’ordre du jour. Et pour le faire les chiens, le théâtre amateur ou encore les personnes âgées ont été mobilisés. Sur les 59 points à l’ordre du jour, une quinzaine ont été retenus. Moins d’une dizaine ont concentré l’essentiel des échanges. Lumière sur ce qui a été voté, avec ou sans polémique.
Écoles, La Poste et soutien
Comme annoncé lors de la présentation du conseil, plusieurs points ont été adoptés, sans débat, en début de séance. L’aide pour maintenir ouvert un bureau de poste à l’Elsau, à hauteur de 100 000 euros, permettra de proposer un nouveau local à La Poste et de la faire rester. Depuis 2024, celui-ci faisait l’objet d’un projet de fermeture, dans un contexte de réduction du réseau des agences postales. Une perspective inquiétante pour les habitantes et habitants de ce quartier prioritaire de la politique de la ville, qui ont vu les services déserter leurs rues.
Les élus ont aussi voté pour des projets d’écoles à Cronenbourg et Koenigshoffen, afin de rénover l’école de Cronenbourg et d’en ouvrir une nouvelle à Koenigshoffen (voir notre article), dans un contexte de hausse démographique. Vote unanime également pour renouveler l’aide aux victimes pour le procès en appel de l’attentat du 11 décembre 2018, qui se tiendra à Paris du 23 mars au 17 avril 2026. via le dispositif municipal d’aide à la participation des victimes parties civiles. Lors du premier procès, tenu à Paris du 29 février au 5 avril 2024, la Ville avait accordé une subvention de 33 810 euros à l’association SOS France Victimes 67. Cette aide avait permis de couvrir des frais non pris en charge par le dispositif national d’indemnisation, comme la présence d’un accompagnant, la garde d’enfants ou des déplacements décalés.
Gouvernance du marché-gare
Le calme a été de courte durée. Au point 16, le conseil a abordé la modification du pacte d’actionnaires de la Samins, gestionnaire du marché d’intérêt national (MIN) de Cronenbourg, plus connu sous le nom de marché-gare, dont l’objectif est de donner corps au nouveau projet adopté par la métropole en novembre dernier, avec l’entrée de la Sers au capital (lire notre article). Anne-Pernelle Richardot (PS), élue d’opposition, a retenu le point pour exprimer ses inquiétudes sur un projet qu’elle juge flou, avec une « direction muette », un « agenda caché » et des opérateurs « exclus du conseil d’administration ». En effet, certains opérateurs ne feront plus partie du conseil afin de répondre à des « exigences de légalité », selon l’exécutif.
Invectives en série en découlent. Pierre Jakubowicz (Horizons), candidat aux élections municipales, a dénoncé à son tour un projet pensé comme une « vitrine idéologique » plutôt que comme un outil économique, estimant que la décision de reconduire la Samins et le projet qu’elle porte, déjà en gestion depuis 60 ans, mettait en danger « l’approvisionnement alimentaire du territoire et fragilisait les entreprises locales ».
Syamak Agha Babaei, premier adjoint aux finances, a vivement réagi, dénonçant des « contre-vérités »et des accusations d’agenda caché, qu’il a qualifiées de « fake news ». Il a rappelé que la modification de la composition du conseil visait à limiter les conflits d’intérêt, tout en maintenant une représentation des opérateurs via les chambres consulaires. Après des échanges houleux et une minute de suspension demandée par Anne-Pernelle Richardot, la délibération a finalement été adoptée avec 33 voix pour et 10 contre, scellant la nouvelle gouvernance de la Samins.
Chien, policiers municipaux et sécurité
La salle désormais bien chauffée, on ne s’attendait toutefois pas à la polémique sur le point suivant, le point 18 : « pérennisation de l’unité cynophile de la police municipale ». Cette délibération vise à consolider la brigade canine et à mettre en place un système d’indemnisation pour le chien déjà présent depuis plus d’un an et demi à Strasbourg aux côtés de policiers municipaux. Une indemnisation qui arrive beaucoup trop tard, pour les autres oppositions, qui regrettent que l’agent qui s’occupe du malinois Sacha n’ait pas été indemnisé plus tôt pour les frais vétérinaires ou pour l’alimentation.
Pour aller encore plus loin dans la critique, Jean-Philippe Vetter a profité du point pour dénoncer le « manque de considération pour la sécurité », selon lui représenté par les conditions réservées à Sacha. « Il y a un manque de considération pour les questions de sécurité et un message négatif envoyé à nos policiers », fustige-t-il. Il rappelle que la maire ne s’est pas rendue à la « manifestation avec les policiers samedi »… Il a omis de préciser qu’il s’agissait de policiers nationaux et non municipaux et que l’appel était à l’origine d’un seul syndicat, Alliance, proche de l’extrême droite… Mais passons. Il a aussi expliqué que, selon lui, cette mauvaise image contribue au manque d’effectifs de policiers municipaux.
Nadia Zourgui, adjointe à la tranquilité publique et Syamak Agha Babaei, premier adjoint, ont rappelé les « améliorations apportées aux locaux, aux équipements et au recrutement », soulignant l’importance de cette unité, qui a réalisé 500 interventions en 2025. La maire Jeanne Barseghian a conclu en rappelant la création d’une direction de la sécurité. Encore une fois, la délibération a été adoptée à l’unanimité avec 62 voix pour.
Acquisition du Cube noir
Le conseil municipal a longuement débattu du Cube noir, théâtre situé au centre régional d’expertise sportive (Creps) de Koenigshoffen et jusqu’ici propriété de la Région Grand Est, que la Ville va désormais acquérir. Catherine Trautmann (PS) a pointé le transfert de la charge des travaux et de l’entretien sur la collectivité et regretté une concertation jugée insuffisante avec les riverains. L’élue d’opposition, Rebecca Breitman (MoDem), aux côtés de Pierre Jakubowicz pour les élections municipales, a alerté sur la rue de la Garance, qui doit subir des travaux pour permettre de créer une nouvelle entrée, jugée trop étroite pour accueillir le flux de spectateurs et de logistique lié au théâtre.
Pour Pierre Ozenne, en charge de l’occupation du domaine public, des voiries, foires et marchés, ces critiques sont excessives. Il rétorque, excédé : « L’équipement existe depuis des décennies, on améliore simplement les accès et la logistique. L’essentiel des spectateurs vient de la métropole, il ne s’agit pas de créer un nouvel équipement. Et ce ne sont que 16 000 personnes ! ». Le point a été adopté avec 44 voix pour et 10 abstentions.
Soutien aux médias indépendants
Le conseil a ensuite examiné l’entrée de la Ville au sociétariat de Coop-Médias, une société coopérative créée en 2024 pour soutenir les médias indépendants et dont Rue89 Strasbourg est membre fondateur. La Ville prévoit l’acquisition de 50 parts sociales, pour un montant de 5 000 euros. Cette participation permet à la Ville de rejoindre les 4 200 sociétaires de Coop-Médias qui ont permis de lever 1,8 million d’euros de capital social, mobilisé pour soutenir les projets des médias indépendants.
Jeanne Barseghian a défendu l’opération comme un geste politique essentiel : « Dans une époque où prospère la désinformation, soutenir des médias libres et pluriels est un enjeu de démocratie. » Joris Castiglione (PCF) a insisté quant à lui sur le rôle des médias indépendants face à la concentration aux mains de milliardaires, tout comme Carole Zielinski, adjointe à la démocratie locale.
Jean-Philippe Vetter s’est interrogé : « Y aura-t-il une pluralité d’opinions ? Les citoyens pourront-ils faire confiance ? ». Drôle de manière de dire que, selon lui, il n’y a pas assez de places pour la droite. Soraya Oudji, ancienne élue de la majorité désormais non-inscrite, et Caroline Zorn, conseillère municipale du Parti pirate, se sont abstenus évoquant des risques d’instrumentalisation à long terme et pour l’indépendance des médias. La maire a dû rappeler que la participation de la Ville ne lui donne qu’une voix à l’assemblée générale, sur 4 200, et que la Ville « ne sera pas dans le conseil d’administration d’un média en particulier. » « C’est seulement un signal politique pour la liberté de la presse » a-t-elle rappelé. Un signal qu’ont refusé d’envoyer Jean-Philippe Maurer (Les Républicains), Thomas Rémond (Modem) et Gabrielle Rosner Bloch (Les Républicains) ainsi que 16 autres conseillers qui se sont abstenus.
Feuille de route pour les aînés
Le conseil municipal a ensuite examiné la feuille de route « Ville amie des aînés », point 46 de l’ordre du jour. Pierre Jakubowicz (Horizons) a dénoncé « l’énième opération de communication » d’une municipalité qui, selon lui, a trop souvent ignoré les seniors : « Tout au long de ce mandat, nous n’avons rencontré que trop d’aînés qui ont le sentiment d’être méprisés. Plus rien n’est pensé pour eux. Il est grand temps que Strasbourg redevienne une ville pour les quatre générations ». Il rapporte le témoignage d’une personne âgée : « J’ai l’impression d’être à peine tolérée dans la ville où j’ai pourtant grandi ».
Jean-Philippe Vetter a abondé :
« Les personnes âgées se sentent peu prises en compte dans les politiques publiques. Les villes deviennent de moins en moins intergénérationnelles. Il suffit d’aller au centre-ville pour le voir. L’espace public n’est pas apaisé. Avec le stationnement payant au Neudorf : les enfants ne viennent plus. Venir voir ses parents, c’est un budget. En luttant contre la voiture, vous luttez aussi contre nos aînés. »
Désabusée, Floriane Varieras, de la majorité a insisté : « Les personnes âgées ne veulent pas être instrumentalisées ou infantilisées. Elles sont une force vive dans nos associations, dans la cité, dans la démocratie locale. Elles n’ont pas besoin qu’on parle à leur place ». Syamak Agha Babaei a souligné que « parler des personnes âgées uniquement sous l’angle de la voiture est terriblement réducteur », et a mis en avant la nécessité d’« adapter les logements et créer une maison urbaine de santé ». Quant à Jeanne Barseghian, elle rappelle qu’un nombre important d’événements a eu lieu pour les seniors.
La majorité a aussi pointé l’instrumentalisation, déjà au mois de septembre, du label « ville amie des aînés ». En effet, en septembre 2025, Nacera, femme voilée, a participé à une campagne de communication de la Ville. Elle a fait l’objet d’une campagne de haine sur les réseaux sociaux et par des médias d’extrême droite. Campagne notamment relayée par une élue de gauche, Pernelle Richardot. Syamak Agha Babaei a dit ce qu’il avait sur le coeur à ce sujet : « Plus jamais ça, plus de haine, plus de discrimination en raison de l’appartenance religieuse ou de la manière dont on s’habille », a averti le premier adjoint. Malgré plus d’une heure de débats et sept interventions au second tour de parole, le point a finalement été adopté à l’unanimité…
Motion pour l’Iran et les enfants victimes de violences
Les élu·es ont aussi voté à l’unanimité une motion de Soraya Ouldji pour prévenir les violences faites aux enfants et pour la promotion de leurs droits. Ils ont aussi travaillé ensemble sur une motion sur l’Iran, en vue du contexte actuel. « Il était essentiel que notre conseil municipal vote d’une voix unique et unanime sur ces fondamentaux. Nous sommes bien impuissants pour apporter plus », souligne l’élu d’opposition Pierre Jakubowicz. Aussi, une motion pour soutenir les agriculteurs et les agricultrices à trouver grâce aux yeux de tous, notamment sur la question d’un salaire digne.
Une enquête administrative sur l’affaire Polesi
Sur l’affaire Polesi, Carole Santamaria (Parti pirate) a déposé une motion pour demander à ce qu’une enquête administrative soit ordonnée : « faisons confiance aux victimes et diligentons une enquête ». Caroline Zorn, à ses côtés, en a profité pour expliquer que cet épisode, particulièrement difficile, avait renforcé son choix de ne plus repartir en 2026 « ni après », affirmant que dans l’hémicycle, tout le monde était coupable car connaissait le personnage.
Soraya Ouldji, embraie : « C’est une plaie dans la vie politique. Ça m’a profondément touché », presque en larmes. « Cette histoire Polesi a été plus que le début de la fin. » Accusée de s’y opposer, la maire de Strasbourg a demandé à son exécutif de voter à l’unanimité en faveur de cette motion. « Je rappelle qu’un dispositif va voir le jour d’ici quelques jours pour permettre le signalement lié aux élus. » La motion a été adoptée à l’unanimité.


Chargement des commentaires…