Face au coronavirus, la délicate reprise d’activité chez Safran
Economie 

Face au coronavirus, la délicate reprise d’activité chez Safran

La direction de l’usine Safran à Molsheim a décidé de reprendre partiellement l’activité mercredi 25 mars. Un non-sens pour l’intersyndicale qui dénonce trop de risques pour les employés en raison du coronavirus.

« La priorité c’est le confinement, on ne comprend pas cette décision. » Stéphane Schiffmann, délégué syndical CGT de Safran Landing Systems à Molsheim reste perplexe. En cause : la décision de la direction de reprendre une activité partielle dès mercredi 25 mars.

L’entreprise, spécialisée dans les systèmes de freinage des trains d’atterrissage d’avions, avait interrompue son activité le 18 mars. Selon Marc Schott, directeur du site de Molsheim, cette pause a servi à mettre en place des mesures d’hygiène et de nettoyage des installations.

Le site de Safran Landing System à Molsheim emploie près d’un millier de personnes. (Image Google Map)

Le lundi 23 mars, des mesures de chômages partiel ont été prises sur le site qui emploie près d’un millier de personnes. Lors du CSE (comité social et économique de l’entreprise) qui s’est tenu le même jour, l’intersyndicale (FO, CGT, CFE-CGC, CFDT) a fait savoir son opposition à la reprise d’activité, estimant que toutes les conditions sanitaires n’étaient pas remplies.

« Notre entreprise est loin d’être un secteur essentiel »

Deux jours plus tard, mercredi 25 mars, l’usine Safran a redémarré avec une quarantaine de salariés. Une activité à nouveau renforcée le 30 mars. Pour Stéphane Schiffmann, une telle décision est incompréhensible : 

« La direction dit qu’il faut livrer les clients et honorer nos engagements. Pourtant, les pièces que nous fabriquons ne seront pas livrées avant plusieurs semaines. En outre, notre entreprise est loin d’être un secteur essentiel au fonctionnement de la nation. »

Dans un communiqué daté du 24 mars, l’intersyndicale a appelé les salariés à user de leur droit de retrait face au risque de contracter le Covid-19 en allant travailler. « Au moins cinq ou six salariés l’ont fait valoir », précise Stéphane Schiffmann.

Une décision prise contre l’avis du médecin du travail

Lors du CSE, le médecin du travail a émis des réserves quant à une reprise d’activité sur le site, au risque d’exposer les salariés, à un moment où le confinement est de mise.

Alertée par l’intersyndicale de l’entreprise, l’inspection du travail (Direccte) a rappelé dans un mail daté du 27 mars l’avis du médecin du travail et la situation actuelle des hôpitaux alsaciens, dont les services d’urgences et de réanimation sont saturés. « Les services de santé au travail exhortent les employeurs à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la protection de leurs salariés pour les secteurs d’activités prioritaires dans le cadre de cette crise », indique la Direccte.

« Pour les autres secteurs, il encore temps d’arrêter l’activité, dans l’intérêt de tous, pour garantir la distanciation sociale et le confinement de chacun », ajoute l’inspection du travail. S’adressant directement au directeur du site, le mail s’achève : « les experts indiquent que nous ne sommes pas au pic de la pandémie, il est donc primordial de limiter la contagion. »

25 cas de Covid-19 recensés parmi les salariés

Selon Stéphane Schiffmann, les mesures prises par l’entreprise pour limiter les contacts entre les employés ne sont pas suffisantes : 

« À partir du moment où les salariés n’ont pas de masques, ils ne peuvent pas venir travailler, c’est tout. Sur la chaîne de fabrication de pièces en série, une même pièce peut être vecteur du virus, en passant d’un secteur à un autre. »

Salarié de l’entreprise depuis 22 ans, le syndicaliste recommande le chômage technique :

« Les salariés sont tout à fait prêts à redoubler d’efforts après cette période de confinement. Mais aujourd’hui, il faut préserver l’outil que sont les salariés, car il y a un risque mortel. »

Le syndicaliste de la CGT indique aussi que 25 cas de Covid-19 ont été recensés dans l’entreprise et près de 190 « cas contact » (des personnes entrées en contact avec un malade, ndlr).

Un salarié a été hospitalisé en réanimation, son état de santé s’est amélioré et il devrait sortir de l’hôpital ce vendredi matin, assure Michel Fiore, coordinateur chez Safran et membre de Force Ouvrière.

La mise en place d’une « commission Covid-19 »

Ce syndicaliste, qui n’est pas membre du CSE de l’entreprise, nuance la position de l’intersyndicale :

« Cette reprise d’activité est vitale pour l’entreprise. Il n’y a que quelques services qui sont mobilisés, c’est très restreint. Nous sommes obligés de livrer des clients dans le monde entier. Au début, tout le monde disait qu’il fallait fermer la boîte, maintenant on ne sait plus comment faire pour la réouvrir ! »

Selon Michel Fiore, qui affirme s’être rendu sur le site jeudi 2 avril, la direction a mis en oeuvre les mesures sanitaires nécessaires à la santé des employés : gants, gel hydroalcoolique et produits de désinfection sur les postes de travail. « Si tout est mis en place, je ne vois pas pourquoi on ne reprendrait pas le travail », estime-t-il.

Une « commission Covid-19 », présidée par le CSE et des membres du CSST (commission santé, sécurité et conditions de travail, ex-CHSCT), a été mise en place et acceptée par la direction. Elle doit permettre de procéder à des contrôles réguliers sur la bonne tenue des mesures sanitaires. « Quand on arrivera à plus d’une centaine de salariés sur le site, il est certain qu’il faudra être plus vigilant sur les risques de promiscuité entre eux », concède Michel Fiore.

La direction évoque « les besoins critiques » des clients

De son côté, la direction n’a pas souhaité s’exprimer sur les déclarations de l’intersyndicale, ni sur l’avis du médecin du travail ou de la Direccte. Marc Schott, directeur du site, indique que la reprise de l’activité partielle est adaptée pour « répondre aux besoins critiques » des clients de Safran.

Il assure d’un « strict respect des consignes du gouvernement » et du « protocole mis en place par Safran » en matière de mesures sanitaires : gel hydroalcoolique mis à la disposition des salariés, arrêt de la restauration collective et consignes de distanciation sociales au sein de l’entreprise avec un marquage au sol.

Pour Stéphane Schiffmann, si l’activité venait encore à se renforcer, les interactions entre les salariés ne pourraient qu’augmenter. « Ça ne tient pas la route. On est une entreprise inscrite au Cac 40, cotée en bourse. Nous, on dit la santé d’abord, l’argent après. »

L'AUTEUR
Ophélie Gobinet
Ophélie Gobinet
Journaliste indépendante. Le train Paris-Strasbourg est mon ami. Sujets société, jeunesse, éducation, inégalités. J'aime aussi écrire sur la culture hip hop de Strasbourg et d'ailleurs.

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