À Strasbourg, des coursiers Deliveroo sans grève et pleins de reproches
Société 

À Strasbourg, des coursiers Deliveroo sans grève et pleins de reproches

Pour la dernière semaine de la Coupe du Monde de football, plusieurs syndicats de coursiers appellent à la grève. En cause : la précarité de ce métier exercé en auto-entrepreneur. À Strasbourg, comme partout en France, les conditions de rémunération changent pour les livreurs Deliveroo. Ces derniers se plaignent, sans pour autant voir l’utilité ou la possibilité d’une mobilisation.

« La grève ? Ça sert à quoi sinon à perdre ton taff ? » À Strasbourg, les coursiers au courant de l’appel à se mobiliser sont rares. Le collectif des livreurs autonomes de Paris (Clap), la CGT, la CNT et Sud appellent les livreurs à refuser de travailler et les clients « à ne pas commander la semaine du 8 au 15 juillet. » Parmi les « auto-entrepreneurs » au service de Deliveroo à Strasbourg, aucun n’est prêt à rejoindre le mouvement.

A Strasbourg, les coursiers Deliveroo craignent une future chute de leurs revenus sans voir la possibilité même d’une mobilisation. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Une rémunération changeante

Depuis 2016, Deliveroo a déjà changé deux fois son système de tarification. Les coursiers ont d’abord été payé 7,5 euros de l’heure. Des bonus allant de deux à quatre euros étaient versés selon l’ancienneté. Au cours de l’été 2017, la start-up britannique a d’abord testé puis imposé une rémunération à la commande : 5 euros par plat livré. Pierre (tous les prénoms ont été modifiés) fait partie des bikers de la première heure à Strasbourg. En deux ans, il a déjà vu son revenu fondre :

« Pour le même temps de travail, je suis passé de 2100 euros par mois au tout début à 1400 euros par mois. »

La seconde modification est en cours d’expérimentation jusque fin juillet. L’immense majorité des livreurs a vu son revenu augmenter ces dernières semaines. Mais beaucoup se méfient de l’opacité et de la flexibilité du nouveau système de paiement. Thomas, coursier depuis quelques mois, en a été informé par mail puis sur l’application Deliveroo :

« Maintenant, ils nous payent deux euros pour la récupération de la commande, plus un euro par livraison effectuée et il y a un montant variable selon la distance et le temps moyen pour la parcourir. Le minimum est tombé à 4,6 euros. »

La liberté de choix selon Deliveroo

Aujourd’hui les coursiers sont encore libres de préférer la rémunération à la course plutôt qu’à la distance. Pierre se souvient bien de la première réforme du paiement, d’abord présentée comme un « test » :

« Ils nous ont dit qu’on pouvait essayer au début. En septembre [2017, ndlr], il a fallu dire oui ou se barrer… »

Pour le moment, les perdants de la réforme sont rares. Thomas estime gagner entre 5 et 10% de plus qu’avant. Mais le coursier craint une baisse à venir :

« Les paramètres de la rémunération sont devenus opaques. On voit tous ça d’un mauvais œil. Je comprends qu’il y ait une réduction à venir de nos revenus, Deliveroo doit aussi se faire de l’argent. Ma question c’est plutôt combien on va perdre. »

Un montant minimum par course… « jusque août »

Deliveroo garantit un montant minimum pour chaque course « pendant les mois de juin, juillet et août ». Et après ? Personne ne le sait. Dans l’incertitude, nombreux sont les pessimistes, comme Thomas. « Deliveroo, c’est un client qui nous prend pour des cons », estime Pierre. Car les coursiers ne sont pas salariés mais auto-entrepeneurs. Sur le papier, Deliveroo, Uber Eats ou Foodora sont des « clients » de Pierre et Thomas.

En réalité, ces start-ups sont juste employeurs plus flexibles que les autres. Tous les livreurs savourent cette liberté « de travailler quand tu veux » et « de ne pas avoir un chef qui te dit ce que tu dois faire ». Mais l’organisation du travail tend à se raidir. Il faut maintenant s’inscrire tous les lundis sur des créneaux horaires pour toute la semaine. Le coursier a le droit de se rétracter 24 heures avant la plage horaire annoncée. Le cycliste peut refuser certaines commandes. Mais si son taux d’acceptation est trop bas, il peut recevoir des avertissements pouvant aller jusqu’à la rupture de contrat.

« Dans ce boulot, faut être un peu malin »

Les coursiers n’ont pas de représentant syndical. Chez Deliveroo, les « ambassadeurs » peuvent faire remonter les mécontentements auprès de la direction. À Strasbourg, Félix fait partie de ces promus. Il n’est pas encore passé au nouveau système de rémunération. Payé 6,25 euros la course, il n’a pas vu l’intérêt de tester un dispositif où son statut ne lui confère aucun avantage financier. Ce livreur méprise la mobilisation lancée de Paris :

« Il y en a quelques uns qui râlent mais ils ne sont pas objectifs. Dans ce boulot, faut être un peu malin. C’est un business à gérer. Et puis de toute façon en tant qu’indépendant on n’a aucun poids. »

Ce coursier de longue date préfère voir les côtés positifs du travail chez Deliveroo :

« Les bikers sont impliqués dans l’évolution de l’entreprise grâce à des réunions d’information. Et puis, ils invitent les meilleurs bikers du mois chaque mois et leur offre quelque chose, genre un hamburger. En ce moment, il y a dix coursiers qui participent à une étape du tour de France. »

Sur la place Saint-Etienne, les coursiers se plaignent moins en présence de l' »ambassadeur ». Aux critiques émises une heure plus tôt par certains livreurs, il répond : « C’est le job ». Tu l’aimes ou tu le quittes, pour faire simple. D’après Félix, il n’y a pas de raison de râler : « Le nouveau système de paiement sera toujours libre », affirme-t-il. Rendez-vous à la fin de l’été.

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste en alternance depuis la rentrée 2017.

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