Crise de confiance politique : PS et UMP rejouent la même partie de ping-pong
Politique 

Crise de confiance politique : PS et UMP rejouent la même partie de ping-pong

Alain Fontanel et Jean-Emmanuel Robert (Photo MM et Pascal Bastien / Montage Kevin Roecker)

Alain Fontanel et Jean-Emmanuel Robert (Photo MM et Pascal Bastien / Montage Kevin Roecker)

Mardi 9 avril, Alain Fontanel, secrétaire national du Parti socialiste et adjoint au maire de Strasbourg, a publié une tribune dans Libération où il expose ses solutions pour « redonner crédit à la parole publique ». Même jour, même heure, Jean-Emmanuel Robert, conseiller municipal UMP de Strasbourg, a envoyé un communiqué détaillant ses « six mesures pour redonner du crédit à la politique ». Ils se seraient concertés que le résultat aurait sans doute été le même : indigeste.

Affaire Cahuzac, J+8. Référendum sur le conseil unique d’Alsace et son abstention massive, J+2. Les hommes et femmes politiques en sont certains : plus personne n’a confiance en eux, la démocratie est en berne / panne / carafe. Alors, il faut « redonner confiance », « redonner crédit », réenchanter, retisser des liens… C’est ça, ou la menace extrémiste. « Le 21 avril 2002 » et son Le Pen au deuxième tour de la présidentielle ne sont jamais loin, comme le rappelle Jean-Emmanuel Robert (UMP) dans un communiqué. L’élu strasbourgeois veut éviter une nouvelle « révolte [qui se fait] fortement entendre dans les urnes ». « Le populisme guette notre pays », s’effraie quant à lui Alain Fontanel (PS) dans une tribune publiée sur Libération.fr.

Les « affaires », toujours celles des autres

Les deux élus municipaux se renvoient – évidemment, tristement – la balle sur la question de la responsabilité. Alain Fontanel charge l’ère Sarkozy, évoquant un « quinquennat marqué par tous les excès et de multiples affaires ». Il développe, assassin :

« Lors du quinquennat précédent, il était possible d’être président de région et ministre des collectivités locales [petit coup derrière la nuque de Philippe Richert] ou, réellement inquiétant, ministre du Budget et trésorier d’un grand parti politique [Eric Woerth, mis en cause dans l’affaire Bettencourt]. (…) Il n’est pas plus concevable qu’un ancien président de la République, de surcroît mis en examen pour abus de faiblesse, puisse continuer à siéger au Conseil constitutionnel. »

Pas joli-joli et surtout assez gonflé au regard de l’affaire qui secoue aujourd’hui le gouvernement socialiste. Mais sur la table de ping-pong, Alain Fontanel ne joue pas tout seul, son camarade UMP rappelant :

« A l’heure où beaucoup de nos concitoyens souffrent et peinent à boucler leurs fins de mois, les affaires se multiplient et éclaboussent la classe politique dans son ensemble [beau joueur…]. Elles ne font que renforcer le désamour existant entre le peuple et ses représentants. Une enquête Harris révélait déjà le mois dernier, juste avant l’éclatement de l’affaire Cahuzac, que sept Français sur dix ne font plus confiance aux responsables politiques. Depuis, la défiance s’est encore accentuée. »

Fontanel, VRP des mesures gouvernementales

Sondages, sondages. Les mêmes sondages qui donnaient le « oui » au référendum largement gagnant dimanche 7 avril. Il n’empêche, Alain Fontanel et Jean-Emmanuel Robert ont leur petite idée sur la façon dont la classe politique pourrait renouer avec le peuple (les « Français » pour Robert l’UMP, les « citoyens » pour Fontanel le socialiste). Le second, responsable politique national et conseiller politique d’Harlem Désir, se fait le VRP des mesures gouvernementales. Elles sont diverses : renforcement des contre-pouvoirs, transparence de la vie publique, lutte contre les cumuls d’intérêts… Il détaille :

« Une loi sur les conflits d’intérêt devra porter aussi bien sur les ministres que sur les parlementaires, les élus locaux ou les fonctionnaires comme le préconisait la commission Jospin. Elle devra renforcer le régime des incompatibilités, généraliser les déclarations d’intérêt et d’activité, encadrer les pratiques de lobby et prévoir des auditions sous serment pour les plus hauts postes de l’Etat et du gouvernement. L’instauration d’un système d’alerte éthique sur le modèle anglo-saxon du «whistleblowing» permettra de recréer de la confiance en associant pleinement les citoyens et les associations. La mise en place d’une Autorité de déontologie de la vie publique devra compléter le dispositif avec de véritables pouvoirs d’enquête et de sanction. »

Robert l’opposant, plus radical

A droite, les mesures sont un peu plus précises et simples (ce qui est normal, tout est plus facile quand on est dans l’opposition) mais du même ordre : inéligibilité des anciens élus condamnés par la justice, non-cumul des mandats et notamment dans la durée (pas plus de deux consécutifs), « mettre fin aux micro-partis, pompes à fric », réduction de 10% des indemnités d’élus et multiplication des référendums, sur le modèle suisse.

A la lecture, puis à la relecture et enfin à la re-relecture de ces deux textes, un constat : il sera facile aux autres militants politiques, plus éloignés du pouvoir, comme aux citoyens qui se donneront la peine de lire ces propositions, de renvoyer dos à deux ces deux élus issus des deux grands partis français. Et pour cause, une Haute autorité de contrôle ou une loi sur le non-cumul ne seront pas suffisantes pour rapprocher les élus de ceux qu’ils gouvernent.

Redonner « confiance », mais pour en faire quoi ?

D’autres pistes de réflexion, également sur la table, ne sont pas abordées. Du statut de l’élu, qui permettrait à des non-fonctionnaires, non-avocats, non-médecins, d’accéder aux responsabilités politiques, il n’est que vaguement question, et sous la plume de Jean-Emmanuel Robert uniquement. De solutions politiques audacieuses à la crise systémique actuelle, sociale, écologique, économique, il n’est pas question du tout, ni chez l’un ni chez l’autre.

« Redonner confiance », pourquoi pas, même si ce n’est franchement pas gagné, mais pour en faire quoi ? Pour avoir une réponse à cette question, il faudra attendre 2014 et la campagne des municipales, dans laquelle Jean-Emmanuel Robert et Alain Fontanel se lanceront, si ce n’est déjà fait, avec gourmandise. L’occasion pour eux de donner corps à ces belles paroles. Les électeurs – ceux qui se déplaceront, comme ceux qui ne prendront pas cette peine – jugeront.

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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