Malgré les critiques, l’Université de Strasbourg continuera d’enseigner l’homéopathie
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Malgré les critiques, l’Université de Strasbourg continuera d’enseigner l’homéopathie

actualisé le 06/09/2018 à 08h02

En juin, l’ordre des médecins a indiqué que l’homéopathie était une pratique « non éprouvée par la science », ce qui a relancé le débat sur la réalité des bienfaits de cette branche de la pharmacopée. Depuis la rentrée, l’université de Lille a choisi de suspendre les cours d’homéopathie. Mais à l’Université de Strasbourg, qui délivre un diplôme universitaire d’homéopathie depuis 2008, l’existence de la formation n’est pas remise en cause.

En juin, le Conseil national de l’Ordre des médecins, dans une note très diplomatique mais ferme, a rappelé à tous les professionnels de santé que l’homéopathie faisait partie de la catégorie des remèdes « non éprouvés par la science » et qu’il ne saurait y avoir de prescription homéopathique qu’en complément d’autres traitements. L’Ordre répondait ainsi à une tribune de 124 médecins publiée en mars dans Le Figaro « contre les médecines alternatives. » En août, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a indiqué qu’elle avait demandé à la Haute autorité de santé (HAS) de se prononcer sur les bénéfices de l’homéopathie afin de réévaluer son remboursement par la Sécurité sociale (fixé à 30% en France, mais qui atteint 80% en Alsace-Moselle).

Dans ce climat d’accusation diffuse de charlatanisme, l’Université de Lille a préféré « suspendre » les cours d’homéopathie depuis la rentrée, en attendant l’avis de l’HAS.

Son doyen de la faculté de médecine, le Pr Didier Gosset, explique à France 3 Nord :

« L’homéopathie restait comme une doctrine sans preuve scientifique. Les études sur le sujet sont peu nombreuses ou mal étayées. Tout le monde prône, enseigne, une médecine qui est fondée sur les preuves. »

À Strasbourg, l’Université propose depuis 2008, au titre de la formation continue, un diplôme universitaire (DU) d’homéopathie au sein de la faculté de pharmacie. Il est ouvert aux médecins, mais également aux dentistes, pharmaciens, sages-femmes et même vétérinaires et permet à ses titulaires de prescrire des médicaments homéopathiques. La faculté de médecine de Strasbourg propose également des cours d’option dédiés à l’homéopathie, à destination des élèves ayant dépassé la première année. Des formations similaires existent ailleurs en France, notamment dans les universités de Marseille, de Nantes ou de Lyon I.

Les cours du DU ont lieu dans les locaux de la faculté de Pharmacie, sur le campus d’Illkirch-Graffenstaden. Financé par le Service de formation continue de l’Unistra, mais également par une contribution financière des étudiants, de 1 890 euros pour l’année universitaire 2017/ 2018, la formation accueille chaque année 20 étudiants.

Une efficacité jamais prouvée par la science

La principale critique faite à l’homéopathie vise le principe de l’ »infinitésimalité », à la base du protocole de création des médicaments de ce type. Il s’agit de diluer dans de l’eau le principe actif de façon si importante que les doses présentes dans le médicament sont quasi-nulles voir nulles.

Pour une dilution de 30CH (l’unité de mesure utilisé par les laboratoires pharmaceutiques), on trouve à la fin du processus une molécule de principe actif dans 30 tonnes d’eau. Les résultats produit par l’homéopathie sont souvent expliqués par l’effet placebo.

« Le placebo, un médicament très efficace »

Jean-Lionel Bagot, médecin homéopathe et coresponsable du diplôme, assure qu’il dispose du soutien de l’Université et du doyen de la faculté de pharmarcie, Jean-Pierre Gies :

« On ne nous à jamais demandé de remettre notre enseignement en cause. L’homéopathie est une discipline qui a toujours été enseignée à la faculté de médecine, même avant 2008 et la création du diplôme universitaire. Nous restons persuadés qu’il est préférable que l’homéopathie soit enseignée avec une exigence universitaire. Comme toutes les formations proposées à l’Université, nous disposons d’un conseil scientifique et nos programmes sont validés par des professionnels. Si l’on remet en cause des diplômes comme le nôtre, on ouvre la porte à tous les abus, comme aux États-Unis, ou la prescription de l’homéopathie est autorisée aux non-médecins. »

Tubes de granules d'homéopathie (Photo Visual Hunt / cc)

Tubes de granules d’homéopathie (Photo Visual Hunt / cc)

Mais comment faire pour conserver cette exigence universitaire en l’absence de preuves scientifiques ? Pour Alain Beretz, pharmacologiste et ancien président de l’Université de Strasbourg, il faut regarder les bénéfices finaux pour la population :

« Lors d’un cours sur le placebo, je disais que c’est l’un des médicaments les plus efficaces. Dans ce cours, je mentionnais l’homéopathie, car c’est de ça qu’il s’agit… Laissons de côté toutes les théories fumeuses sur les prétendus effets biologiques des granules… Elles sont indéfendables. Le vrai sujet, c’est quelle place pour les médecines complémentaires dans l’arsenal ? Si une personne parvient à mieux dormir avec des granules de sucre, où est le problème ? Rappelons qu’en médecine classique, les benzodiazépines sont surconsommés en France, avec des effets secondaires parfois très néfastes. »

« Garder le débat à l’intérieur de l’université »

Doyen de la faculté de médecine, le Pr Jean Sibilia souhaite que le débat sur les effets de l’homéopathie reste à l’intérieur de l’université :

« C’est un sujet de société très intéressant, il faut en parler de manière non passionnée et sortir des postures “pour” ou “contre”. Il faut trouver la place de l’homéopathie parmi les médecines complémentaires ou intégratives (qui mêlent soins du corps et de l’esprit, ndlr). La pratique des médecins homéopathiques est très à l’écoute, en empathie avec leurs patients, qui sont mieux suivis. C’est à prendre en compte, il faut comprendre pourquoi cette médecine a autant de succès. En outre, si l’homéopathie sort de l’université, que va-t-il se passer ? La communication se fera par des gourous et par l’industrie, ce n’est pas une solution. Donc il nous faut progresser, rester rigoureux sur ce qui est prouvé et ce qui ne l’est pas et transparents sur les intérêts des personnes qui interviennent dans nos formations. »

Lors d’une conférence de presse suivant la déclaration de juin, Patrick Bouet, le président de l’Ordre des médecins déclarait qu’il espérait que « les universités tireront les conclusions nécessaires » des récentes recommandations du conseil. Celui-ci ne reconnait en effet pas les formations universitaires en homéopathie, comme celle de Strasbourg.

Le Pr Sibilia indique également attendre les conclusions de la Haute autorité de santé avant de réévaluer la pertinence du diplôme parmi les formations de l’Université de Strasbourg et rappelle que cette formation n’est accessible qu’aux internes et aux médecins confirmés et que l’homéopathie est enseignée dans bien d’autres universités, dont les prestigieuses Oxford et Stanford.

L'AUTEUR
Simon Adolf et Pierre France

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