À Cronenbourg, quatre familles tchétchènes au bord de l’expulsion
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À Cronenbourg, quatre familles tchétchènes au bord de l’expulsion

Depuis mercredi 27 juin, quatre familles tchétchènes vivent dans l’angoisse d’une expulsion imminente à Strasbourg. Ils se sont installés dans un appartement vide d’une tour du quartier de Cronenbourg. Le bailleur social CUS Habitat, qui compte détruire l’immeuble, a décidé d’expulser ces familles en attente de demande d’asile, auxquels sept compatriotes isolés se sont greffés.

Mise à jour : pas d’expulsion

Une réunion a eu mercredi 4 juillet. Selon le président de CUS Habitat, Philippe Bies, des solutions de relogement vont être proposées pour les familles occupantes dans les prochains jours. Il n y aura donc pas d’expulsion immédiate. La situation pourrait se tendre en cas de refus répétés des solutions de relogement.

S.S.

Mercredi 27 juin, une patrouille de police s’est rendue au 8 rue Képler dans le quartier de Cronenbourg à Strasbourg. L’objectif, demander aux quatre familles ainsi qu’aux sept personnes isolées tchétchènes de quitter les lieux dans un délais maximum de 48 heures. Sans ressource ni lieu d’hébergement, ces familles ont occupé ces appartements vides depuis plusieurs mois. Ils n’ont pas d’autre endroit où aller et sont désormais dans l’angoisse de se retrouver à la rue avec leurs enfants.

Cette tour vétuste doit être détruite en 2018 par le bailleur social CUS Habitat. Seule une dizaine de boîtes aux lettres affichent encore un nom.

La famille de Yaragi, 43 ans, est arrivée en 2014 depuis l’attaque des rebelles tchétchènes sur la capitale Grozny. Depuis, ils ont essuyé deux refus de leur demande d’asile. La dernière est datée du 28 avril 2017. Ils sont alors expulsés de leur logement temporaire à Sarre-Union et contraints de repartir en Tchétchénie. Les enfants étaient scolarisés, certains pratiquaient le foot, d’autres le judo.

L’impossible retour

Mais pour Yaragi, il est impensable de retourner en Tchétchénie avec ses sept enfants, il craint pour sa sécurité :

« Entre 1996 et 1999, je travaillais pour la police, quand la Tchétchénie était indépendante de la Russie. J’ai quitté la police et donc depuis je passe aujourd’hui pour un séparatiste. Je ne veux pas que mes enfants grandissent en Tchétchénie et soient traités de criminels, de collaborateurs parce que j’avais travaillé avec la police avant. »

Ils sont tournés vers Strasbourg où ils savaient que des logements vides existaient. Les enfants de Yaragi sont âgés de 3 à 16 ans. Tous scolarisés à Strasbourg, Yaragi et son épouse ont tenu à ce que les enfants étudient :

« L’école est primordiale. Rien que pour les fournitures scolaires, j’ai dû emprunter un peu d’argent à droite et à gauche. Je n’ai connu aucune difficulté pour les inscrire. Même avec cet avis d’expulsion, je tenais à ce que le grand passe son brevet des collèges. »

La tour du 8 rue Képler, quartier de Cronenbourg à Strasbourg. Démolition prévue fin 2018 (Photo SS / Rue89 Strasbourg / cc)

Déjà expulsés et deux refus d’asile

Aujourd’hui, Yaragi ne peut pas travailler. L’aide apportée à ces familles vient des deux associations tchétchènes présentes à Strasbourg, la mosquée caucasienne située à Hautepierre et l’Utif (Union des Tchétchènes et Ingouches de France).

Pour le président de l’Utif, Mourat Taipov, venu ce vendredi 29 juin traduire les propos et témoigner de son soutien, la solidarité de la communauté ne suffit pas :

« Quand on vient en France c’est pour des problèmes politiques. Avant Nicolas Sarkozy, il était plus facile pour un Tchétchène d’avoir une demande d’asile, compte tenu du régime politique. On oublie vite que la Tchétchénie est une dictature. On se l’est rappelé quand il y a eu la répression de la communauté gay et lesbienne. Mais on l’oublie vite semble-t-il. »

Les quatre familles sont dans des situations plus ou moins similaires, réparties dans les différents appartements. Eux, comme les sept personnes isolées, font tous face à une expulsion imminente.

Pour Elena, mère d’une autre famille, installée dans le même appartement que la famille de Yaragi, la venue des policiers a mis tout le monde sous tension :

« Les enfants regardent tout le temps par la fenêtre pour voir si la police arrive. Depuis la venue des forces de l’ordre, il y a deux jours, les enfants ont peur. »

Un sursis jusqu’au 4 juillet

Contacté, le président du bailleur social CUS Habitat, Philippe Bies rappelle que l’occupation de ces logements est une « violation de propriété de CUS Habitat », mais que ces cas vont être étudiés :

« Les familles occupent de manière illicite ces logements. Nous, on est bailleur social, il n’est pas acceptable que les gens rentrent dans ces logements qui ont déjà été vidés, quelque soit leur statut. C’est un réseau, ils profitent qu’un logement se vide pour y venir. C’est à l’État de prendre ses responsabilités. Pour ces familles, il est prévu, sur demande de la directrice du cabinet de la préfecture, une réunion de travail le 4 juillet au matin pour évoquer leur situation. Il faut que ça se fasse dans le cadre de la loi. Dans le quartier de la Meinau, j’ai moi-même initié il y a quelques années une mise à disposition des logements vides soumis à démolition en période hivernale pour des sans-abris. »

D’ici la réunion du 4 juillet, l’expulsion devrait être suspendue selon le président de CUS Habitat.

L'AUTEUR
Salem Slimani
Salem Slimani
Journaliste passionné par les rencontres, la mise en image et le direct.

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