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Début des manoeuvres pour la direction du parti socialiste du Bas-Rhin
Politique 

Début des manoeuvres pour la direction du parti socialiste du Bas-Rhin

par Pierre France.
Publié le 24 août 2012.
Imprimé le 26 septembre 2021 à 09:01
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L'université d'été de La Rochelle du Parti Socialiste débute aujourd'hui (Photo Mathieu Delmestre / PS / CC)

Plusieurs élus socialistes bas-rhinois sont en ce moment à l’université d’été du parti à La Rochelle. Tous assistent aux mêmes ateliers de travail, mais dans les couloirs, c’est l’occasion pour les postulants bas-rhinois au poste de premier secrétaire fédéral d’évaluer leurs chances. Au moins cinq candidats pourraient briguer la place de Mathieu Cahn.


Chez les socialistes, c’est très simple. Lorsqu’ils perdent les élections, ils font un congrès de la division et le nouveau secrétaire général rudement élu passe trois ans à recoller les morceaux. Lorsqu’ils gagnent les élections, ils font un congrès de rassemblement, prévu le 26 octobre 2012 à Toulouse, avec une motion unique, ou aspirant à l’être. Pour se faire, dans les fédérations départementales s’amorce dès aujourd’hui un subtil jeu d’alliances, de ralliements et de négociations entre représentants des courants. L’enjeu : les places au secrétariat fédéral et surtout la première d’entre elles. Entre cinq et six candidats pourraient se déclarer dans le Bas-Rhin.

Mathieu Cahn, premier secrétaire fédéral du Bas-Rhin depuis 2005 achève son deuxième mandat plein. L’adjoint au maire de Strasbourg réserve, comme tous les candidats putatifs, sa déclaration définitive :

« Je suis candidat au rassemblement. Nous sommes aux commandes du pays, le gouvernement a besoin d’un parti rassemblé, uni, clair dans son soutien. S’il y a d’autres candidats rassembleurs, je laisserai bien volontiers la place. Je n’ai pas encore pris ma décision. »

Problème : tous les autres candidats sont aussi « rassembleurs » ou se déclarent comme tels. Il faudra donc trouver autre chose pour se différencier. Et pas question de se faire élire sur la représentation d’un courant (les Hollandais, les Royalistes, les Aubristes-Fabiusiens, les Montebourgeois…) puisque, congrès unitaire oblige, il pourrait bien n’y avoir qu’une seule motion au congrès. Parmi les ministres, seul Benoit Hamon a signé une contribution différente de celle proposée par Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault. Par contre, chaque courant veillera à ce qu’il soit dûment représenté au secrétariat fédéral…

L’élection est donc toute ouverte à ceux qui portent des thématiques, un programme local pour la fédération ou peuvent effectivement unir les socialistes bas-rhinois derrière leur nom. La campagne interne, qui promet d’être à géométrie variable, a débuté dès cette semaine dans les couloirs de l’université d’été à La Rochelle.

Outre Mathieu Cahn, ceux qui font mouvement vers la candidature sont Serge Oehler, autre adjoint au maire de Strasbourg, Nathalie Jampoc-Bertrand, adjointe au maire de Schiltigheim, Baptiste Heintz-Macias, conseiller municipal à Illkirch-Graffenstaden, Syamak Agha-Babaei, conseiller municipal à Strasbourg et peut-être Jean-Michel Augé, cadre.

Fonctionnement clanique

Serge Oehler, militant au PS depuis 1977, secrétaire de la section Strasbourg-ouest et dans le courant Aubry-Fabius, a plusieurs idées à porter au sein du Parti Socialiste :

« Je suis issu d’une section très ouvrière, où sont adhérents de nombreux salariés. Or je constate que très peu se consacrent à la vie politique, car rien n’est prévu pour ça dans le privé. Au Conseil général, sur 44 élus, 28 sont fonctionnaires, les autres ont des professions libérales… Donc je voudrais qu’on porte la question du statut des élus, et que des mécanismes compensatoires pallient l’absence des salariés dans les entreprises lorsqu’ils sont de conseil municipal par exemple. Autre chose, je suis contre la fusion des départements et de la Région telle qu’elle est présentée par Philippe Richert. »

Serge Oehler se présentera également pour signifier à Mathieu Cahn qu’il faut « que les choses bougent ». Après deux mandats, l’actuel premier secrétaire va devoir répondre à deux critiques majeures exprimées par les militants et les candidats : que les places au secrétariat fédéral, actuellement attribuées en majorité aux « Hollandais », soient mieux réparties entre les courants, et que la fédération soit plus attentive à ce qui se passe hors de Strasbourg.

Des reproches qui agacent Mathieu Cahn. Il rappelle :

« Lorsque j’ai repris la fédération en 2005, elle était à feu et à sang. Plus personne ne se parlait, il y avait des haines cuites et recuites dans tous les coins. Je rappelle que dans le Bas-Rhin, l’objectif était d’abord de regagner Strasbourg avant de penser à aller où que ce soit ailleurs. Maintenant que c’est fait, il faut consolider nos positions et bien entendu, se déployer. Mais tous ensemble, rien ne serait pire que de se diviser à nouveau entre urbains et ruraux. Rappelons que l’essentiel de nos ressources financières proviennent des élus, et qu’ils sont presque tous strasbourgeois. Donc les donneurs de leçons, ça va bien… L’addition des aigreurs et des ambitions, ça ne fait pas une majorité politique. »

Message envoyé. Mathieu Cahn concède toutefois que les fédérations socialistes se trouvent face à une situation inédite :

« Il y a eu les élections primaires. Même si le congrès est unitaire, on ne peut pas faire comme si elles n’avaient pas eu lieu. Donc je suis disposé à ce que les sensibilités qui se sont exprimées en 2011 dans le Bas-Rhin se retrouvent dans des proportions équivalentes au secrétariat fédéral, et avec des responsabilités y compris pour ceux qui ne sont pas issus du courant majoritaire. »

Le changement, c’est pour bientôt ?

Cette concession suffira-t-elle à empêcher quelques candidats d’aller jusqu’au bout ? Rien n’est moins sûr, la plupart souligne avec un léger sourire qu’il serait de bon ton qu’à la fédération, « le changement, [ce soit] maintenant ». Ainsi Syamak Agha Babaei, secrétaire de la section Bourse-Esplanade-Krutenau à Strasbourg, se voit bien en alternative à Mathieu Cahn. L’élu strasbourgeois a déjà été deux fois candidat en tant que représentant du courant « Un monde d’avance » de Benoit Hamon. Mais cette fois-ci, que le ministre délégué à l’économie sociale et solidaire transforme sa contribution en motion ou non, il s’agira d’ouvrir la fédération :

« Un clan dirige ce parti. La fédération doit être un outil pour tous les socialistes. Aucun secteur en dehors de la CUS n’a progressé, car la fédération n’a pas mis de moyens suffisants à la disposition des camarades de ces sections. Et puis il faut que la fédération retrouve une culture du débat ! Le conseil fédéral a dû se réunir trois ou quatre fois seulement cette année. C’est insuffisant. »

Syamak Agha Babaei avait obtenu 42% des voix en 2009. Autre candidat possible, appelant en tout cas à une direction plus collégiale, Jean-Michel Augé représente le courant d’Arnaud Montebourg dans le Bas-Rhin :

« Nous devons travailler en équipe. Certes, il faut un pilote, mais qui doit savoir déléguer, vraiment déléguer. Et puis nous les socialistes, nous devons être beaucoup plus à l’écoute qu’aujourd’hui des populations qui sont les premières victimes de la crise. Nous devons être plus présents et avoir un regard plus appuyé sur leurs préoccupations. Si nous ne le faisons pas, ils seront oubliés de tous. »

Contestation tous azimuts

Mais la contestation vient également à l’intérieur du courant Hollande. Ainsi, Nathalie Jampoc-Bertrand, adjointe au maire de Schiltigheim, aimerait transformer l’essai des élections primaires :

« Le parti doit profiter de la dynamique que nous ont donné les élections primaires : être beaucoup plus ouvert sur la société française, faire venir plus de femmes aux postes à responsabilités, plus de jeunes, être exemplaire sur le non-cumul des mandats, avoir des instances dirigeantes moins figées… Il faut tout moderniser. »

Elle aussi appelle de ses vœux plus de débat au sein du parti, un fonctionnement « moins clanique » et l’ouverture de la fédération aux socialistes qui ne sont pas du centre de Strasbourg.

Baptiste Heintz-Macias, conseiller municipal à Illkirch-Graffenstaden, porte lui aussi une candidature issue du courant Hollande. Pour lui aussi, l’urgence est de rénover les pratiques de la fédération :

« Depuis les primaires, le parti a changé. Les militants et sympathisants ont un rapport différent avec leurs représentants et élus. Il faut intégrer ça dans le fonctionnement de la fédération, pour qu’elle devienne plus transparente, plus transversale. C’est un vrai défi politique. »

La date limite de dépôt des motions au PS est le 12 septembre. Les candidatures au poste de premier secrétaire fédéral seront closes un mois plus tard. L’élection devrait avoir lieu autour du 8 novembre.

Et pendant ce temps à La Rochelle…


(Vidéo en direct, fournie par le Parti Socialiste)

 

Pour aller plus loin

Tribune de Syamak Agha Babaei et Paul Meyer : Déterminés pour le changement (PDF)

Tribune de Baptiste Heintz-Macias : Rassembler, rénover, réussir.

(Les autres tribunes seront ajoutées au fur et à mesure qu’elles nous parviendront).

Article actualisé le 24/08/2012 à 21h48
L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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