Moins de places et pas de films, l’équation incertaine des cinémas
Economie 

Moins de places et pas de films, l’équation incertaine des cinémas

actualisé le 09/06/2020 à 13h09

Forcés de fermer durant plus de trois mois, les exploitants de salles de cinémas strasbourgeoises s’interrogent sur la reprise le 22 juin et demandent à être soutenus.

Sans les passants masqués, le centre-ville de Strasbourg ressemblerait presque à ce qu’il était avant la crise du coronavirus. Suivant les magasins, les restaurants et cafés ont rouverts et les places en terrasse valent cher. Pourtant quelque chose détonne dans cette atmosphère de normalité : sur les façades des cinémas, les affiches de films sortis il y a trois mois.

Si les salles ont annoncé sur les réseaux sociaux leur réouverture le 22 juin à la suite d’une annonce du Premier ministre, les exploitants se demandent encore comment.

La façade du cinéma Star Saint-Exupéry (Photo SW / Rue89 Strasbourg / cc)

Le Vox a profité du confinement pour faire des travaux. René Letzgus, à la tête du cinéma de la rue des Francs-Bourgeois et de celui du Trèfle à Dorlisheim se félicite de cette date annoncée mais s’interroge :

 « On ne s’attendait pas à ouvrir dès le 22 juin, quels films va-t-on mettre à l’affiche ? Les premières sorties sont programmées pour le 22 juillet. Toutes les plateformes ont tapé dans les plus gros films qui auraient dû sortir pendant cette période. On essaye encore de persuader les distributeurs d’avancer les productions qui devaient sortir en décembre. »

Avec Faruk Gunaltay, directeur de l’Odyssée, les deux hommes ont voulu mettre en place un drive-in. Des films auraient été projetés sur le toit d’un parking du centre-ville et sur des places à la Meinau et à Hautepierre, pour animer un peu les soirées de ces quartiers confinés. Contactée par René Letzgus, la préfecture a répondu qu’un délai de 6 mois était nécessaire pour obtenir l’autorisation. Las, les deux exploitants ont jeté l’éponge.

Des campagnes de soutien

Les cinémas Star ont mis en place deux campagnes pour améliorer leur situation financière.

En France, le site « J’aide mon ciné » recense les opérations de soutien proposées par les salles et « J’aime mon cinéma » propose aux entreprises d’obtenir une place offerte pour chaque place achetée, par l’intermédiaire des comités d’entreprises.

« Une activité ralentie pendant un an et demi »

Faruk Gunaltay vient d’acquérir du plexiglas dans une grande surface de la périphérie de Strasbourg quand il répond au téléphone. L’Odyssée, cinéma public qui bénéficie d’une subvention municipale de 28% de son chiffre d’affaires, se prépare au retour du public. Le directeur ne voit pas la reprise d’un très bon œil :

« Tant qu’il n’y a pas de vaccin ou de traitement efficace, je m’attends à moins de fréquentation. Notre activité va être au ralenti pendant un long moment, au moins un an et demi. Une bonne part de notre public, ce sont les scolaires et ils ne devraient pas revenir de sitôt. Mais notre force par rapport aux salles grand public et art et essai est que notre programmation crée sa propre actualité, nous ne sommes pas dépendants du calendrier des sorties nationales. »

Au Star Saint Exupéry (photo SW / Rue89 Strasbourg / cc)

Sur le front sanitaire, les exploitants strasbourgeois se disent prêts. La profession s’est organisée. Un groupe de travail de la Fédération nationale des cinémas français a planché sur le sujet et le ministère de la Culture a avalisé les propositions du groupement professionnel. Principale mesure avec un impact sur la fréquentation : remplir les salles à 50% seulement pour laisser un siège d’écart entre chaque spectateur.

Des postes en danger

Sur le front économique, l’avenir inquiète les exploitants. La crise a atteint durement les rentrées financières. Plus qu’un manque à gagner, c’est l’existence même de certains cinémas qui pourraient être menacée. Stéphane Libs, à la tête des cinémas Star et co-président du Syndicat des cinémas d’art et de répertoire d’essai de France, dresse un tableau bien sombre :

« Le confinement représente 3 mois et demi de pertes sèches. Alors que 2019 était la meilleure année depuis 20 ans, je ne veux même pas regarder le différentiel ! On a dû perdre le tiers des recettes de l’année. On perd aussi l’ensemble des scolaires et dispositifs d’éducation à l’image. Tous les événements ont sauté. Cela met en danger des postes dans nos cinémas. En tant que salles indépendantes, nous sommes plus fragiles que les salles municipales ou les grands groupes soutenus par les maisons-mères. »

L’UGC Rivétoile tempère un peu ce constat, sans citer les chiffres permettant d’estimer le manque à gagner. Laurence Algret, la directrice, et ses équipes sont en pleine préparation. L’ensemble des salles, soit 23 écrans, devraient rouvrir le 22 juin. Le multiplex compte aussi sur les distributeurs pour avancer des sorties. Sinon, elle prévoit de programmer des films de mars ou des reprises.

Un Strasbourgeois cherche des informations sur la devanture du Vox (photo SW / Rue89 Strasbourg / cc)

Malgré la crise et les difficultés du secteur, aucun fonds de soutien ou d’aide directe n’ont été mis en place à l’échelle nationale. Pour alléger ces longues semaines de fermeture, le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) a suspendu la perception de la taxe sur les entrées (10,72% du prix du billet). Les salles ont aussi bénéficié d’emprunts d’État, mais la capacité à les rembourser avec une activité en berne se pose.

Les cinémas appellent à l’aide la Ville et l’Eurométropole

Des dossiers de demande d’annulation de versement de la taxe ont été déposés : tous refusés pour le moment. Ces sommes alimentent un compte qui finance les travaux dans les salles de cinéma, des ressources essentielles pour le secteur. Stéphane Libs espère néanmoins :

« Il faudrait que Bercy réalimente ce compte, le CNC n’a pas d’argent. Et à Strasbourg, il faut inventer quelque chose, les cinémas sont un générateur de flux humains dans le centre-ville. Économiquement, on représente quelque chose. »

Les demandes ont été entendues. Avec une délibération prévue lundi 8 juin, le conseil municipal de Strasbourg votera une subvention de fonctionnement de 65 000 euros au Star Saint Exupéry. Le Vox bénéficie de la même somme également pour les travaux entrepris en 2019-2020. Un dispositif permis grâce à la loi Sueur, votée en 1992.

Suffisant vue l’ampleur de la crise ? Du côté du Vox, René Letzgus, fan de foot, avance :

« À Strasbourg les cinémas attirent entre 2 et 2,5 millions de spectateurs par an, le Racing en draine 400 000, on dépense 100 millions d’euros pour refaire le stade. On pourrait dédier 20 millions à la Culture, dont les cinémas, cela représente 20€ par spectateur ! »

L'AUTEUR
Stéphanie Wenger

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