Discothèques : le samedi soir, ça se passe en Allemagne
Société 

Discothèques : le samedi soir, ça se passe en Allemagne

actualisé le 05/11/2012 à 08h55

K3 Club, Kehl

File d'attente un samedi soir devant le K3 Club à Kehl (Photo Anthony Pawlowski)

L’Allemagne est-elle un paradis pour les fêtards ? Tous les week-ends, de nombreux Strasbourgeois choisissent de traverser le Rhin pour y passer leurs soirées dansantes, délaissant les discothèques françaises. A l’inverse, très peu d’allemands viennent danser en France. Rue89 Strasbourg fait le point sur cette délicate question.

Les discothèques outre-Rhin ont bien compris l’intérêt que leur portent les jeunes français. Elles communiquent beaucoup en direction de ce côté de la frontière, notamment via les réseaux sociaux. Des discothèques comme le K3 Club et le Kiss Club, toutes deux situées à Kehl, ont un site Internet en version française et sont omniprésentes sur Facebook , avec des organisations d’évènements, des cadeaux à gagner et de nombreuses soirées à thèmes.

La pétillante deejay strasbourgeoise Zohra Lalmi, alias DJ Miss You , a son explication sur l’attrait des boites allemandes pour les Français :

« Je constate que Kehl est maintenant devenue un Strasbourg bis la nuit, car en Allemagne, il y a un meilleur accueil de la clientèle et un  rapport qualité prix et propreté plus intéressant qu’en France. Il y a par exemple un service de nettoyage en continu toute la nuit dans les toilettes. Mais passer de l’autre côté du Rhin, c’est aussi retrouver un état d’esprit beaucoup plus festif ! »

Les fast-foods profitent aussi de la venue de la clientèle française en Allemagne. Certains sont ouverts 24h sur 24, un service primordial pour bon nombres de fêtards qui voient poindre le jour avec l’estomac dans les talons. Quant au Mc Donalds de Kehl, tout près du K3 Club, il propose ses Big Macs jusqu’à 4h du matin quand même… Rien de tel en Alsace.

Une sélection plus stricte

Kevin, clubber de 22 ans d’Illkirch-Graffenstaden, fréquente le K3 Club tous les week-ends ou presque depuis deux ans :

« Au K3, la piste est pleine à minuit et elle le reste jusqu’à 5 heures du mat ! Tout simplement parce que l’ambiance est au top et qu’on s’y sent bien ! C’est l’inverse en France, les boites de nuits ne sont pas assez conviviales,  la piste de danse est vide. De plus, les videurs traitent les gens comme des moins que rien et ne parviennent même pas à filtrer correctement. Ils laissent rentrer n’importe qui. Au K3, on demande la carte d’identité et une tenue correcte est exigée. »

Adeline, jeune barmaid française le week-end au K3 Club depuis un an, confirme ces propos :

« En Allemagne, les videurs ont des critères à respecter au niveau de la clientèle qui se présente à l’entrée de la discothèque. Le nombre de filles doit être équivalent au nombre de garçons à l’intérieur de la salle. Cela évite l’agonie. Et évidemment, en ce qui concerne vêtements et chaussures, il faut être correct ! En France, c’est à peu près la même chose, au moins au niveau de la tenue vestimentaire. Mais on a l’impression que les critères varient en fonction du taux de remplissage de la piste. Ce qui compte le plus, c’est que la boîte soit pleine. »

La sécurité avant tout

L’Universal D.O.G. à Lahr ou encore la grande Discoplex A65  à Kandel attirent également du monde. C’est pour aller danser dans cette discothèque géante, pouvant accueillir jusqu’à 5 000 personnes et possédant six salles aux musiques et aux ambiances différentes, que certains n’hésitent pas à parcourir plus de 70 kilomètres chaque week-end.

Jonathan, jeune homme de 22 ans habitant Erstein, y va plusieurs fois par mois depuis un peu plus d’un an. Pour lui, c’est la sécurité à l’intérieur de la boîte de nuit qui prime :

« En Allemagne, il y a beaucoup plus de videurs à l’intérieur et à l’extérieur de la boîte, c’est donc plus sécurisé et il n’y a aucun risque que la nuit se termine en bagarre générale, comme cela arrive souvent en France ».

Des rixes ont entaché le monde de la nuit en Alsace. En janvier 2009, le JM3, situé à Krafft, près d’Erstein, a été dévasté par une bagarre impliquant le rappeur Booba, venu faire le show aux alentours de 3h30 du matin. Il aura fallu l’intervention de la gendarmerie, le service d’ordre étant dépassé. Cet incident a entraîné la fermeture de la discothèque, pourtant ouverte depuis une trentaine d’années, qui s’est maintenant reconvertie en bowling et restaurant.

Des taxes plus lourdes sur l’alcool en France

Mais pour Raymond Djebouri, directeur du Cube Club à Brumath, ce serait plutôt les tarifs qui poussent les clubbers vers l’Allemagne :

« Nous, nous sommes obligés de faire payer une consommation 7 euros au minimum à cause des taxes sur l’alcool ! En Allemagne, ils en ont beaucoup moins que nous et peuvent donc se permettre de faire payer consommations et prix d’entrée de la discothèque beaucoup moins chers ».

Dans les prix constatés en Allemagne, il est courant de trouver des verres alcoolisés à partir de 4 euros, parfois même moins lors de soirées spéciales, comme au Discoplex A65 ou chaque dernier samedi du mois, toutes les boissons au verre sont à 1 euro ! La raison ? Contrairement à la France, il n’y a pas de d’autres taxes que la TVA sur l’alcool vendu en Allemagne, d’après  la « Club Commission », une association berlinoise qui représente et défend les intérêts des clubs et discothèques. Ainsi, ces dernières peuvent facilement se permettre de proposer des boissons alcoolisées à moindre coût à leurs clients.

En France, des droits d’utilisation des œuvres musicales doivent également être payés à la Sacem, qui représente en France plus de 141 000 créateurs et éditeurs de musique, comme l’explique Pascal Cetra, directeur du Café des Anges et de l’Underground Club à Strasbourg :

« Tous les mois, nous concédons environ 2 % de notre chiffre d’affaires à la Sacem, qui perçoit également pour le compte de la SPRE. A cela, nous rajoutons bien sûr les taxes sur l’alcool qui varient entre 5 et 6 euros sur une bouteille d’alcool fort, les charges sociales et un loyer plutôt élevé car nous sommes au centre-ville de Strasbourg. En Allemagne, les discothèques sont souvent implantées dans des zones commerciales et payent ainsi moins de loyer.»

Et des taxes allemandes bientôt augmentées

Les Allemands ne sont pas exempts de taxes quand même. Les exploitants paient la Gema, l’équivalent de la Sacem.  Les  récentes augmentations décidées par la Gema,  effectives le 1er janvier 2013, font gronder les discothèques des grandes villes allemandes. Il s’agira de calculer les taxes à percevoir en prenant en compte la taille de la salle tout entière, de mur à mur (et pas seulement de la piste de danse), la durée d’ouverture de la discothèque et les tarifs d’entrées. Ce nouveau système de « calcul simplifié » donnera lieu à des augmentations  de 400% à +1400% selon les exploitations…

Suite à ces hausses de prix drastiques, plusieurs grandes discothèques allemandes menacent de fermer et une pétition  titrée « La Gema a perdu le sens de la mesure » a été lancée. Les conséquences de cette augmentation des tarifs se ressentiront sur les prix d’entrée des discothèques, qui n’auront pas d’autres solutions que d’augmenter elles-aussi les prix pour rentrer dans leurs frais.

La prévention, une pratique française

Autre différence notoire, il n’y a pas d’éthylotests obligatoires dans les boites de nuit allemandes. En France, il n’est pas rare que des gendarmes stationnent devant les lieux de nuit pour surveiller les noctambules et rappeler que la route tue lorsqu’on la prend après quelques verres bien tassés. Ça plombe un peu l’ambiance, mais ça évite l’hôpital ou la morgue.

En Allemagne en revanche, lorsqu’un membre du personnel de la discothèque se rend compte qu’une personne est ivre, les vigiles sont appelés pour évacuer l’importun. Au moins, son alcoolisation s’arrête mais la prise en charge s’arrête aux murs de la boite. En France et depuis 1997, l’association de Prévention Routière organise l’opération Sam, le capitaine de soirée, qui fait en sorte que chaque groupe de jeune désigne l’un des leurs comme étant un « Sam », celui qui ne boira pas d’alcool et les ramènera sans encombre à la fin de la soirée.

Et l’Etat français bichonne aussi nos oreilles. DJ Damien B, aux platines du K3 Club tous les week-ends depuis deux ans et ayant auparavant mixé en France, est bien renseigné sur le sujet :

« En France, le niveau de décibels autorisés en boîte de nuit est limité à 105, même si toutes les discothèques sont loin de le respecter ! Ces dernières sont souvent en tort face à la loi française. En Allemagne, c’est différent, il n’y a absolument aucune limitation de décibels. »

Faut-il s’en désoler ou s’en réjouir ? Le débat est annexe mais la différence est réelle et peut contribuer à creuser le fossé concurrentiel entre les boites allemandes et françaises.

L'AUTEUR
Philippe Schnee
Philippe Schnee
Ancien étudiant en Arts du Spectacle à l'Université de Strasbourg, passionné par le cinéma, l'écriture et... le monde qui l'entoure.

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