[Document] En Alsace, l’Inspection du travail préconise la suspension des trains avec un seul agent à bord
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[Document] En Alsace, l’Inspection du travail préconise la suspension des trains avec un seul agent à bord

L’Inspection du travail a demandé à la direction de SNCF Mobilités TER Rhénan de mettre fin aux trains EAS (Equipement Agent Seul). Dans une lettre, que Rue89 Strasbourg a pu consulter, une inspectrice estime que la SNCF n’est pas capable à l’heure actuelle de « conclure que l’ensemble des risques liés à la conduite d’Equipement Agent seul ait été évalué conformément aux dispositions du code du travail. »

Cette lettre est un coup dur pour la SNCF. Selon une section bas-rhinoise de l’Inspection du travail, la direction de l’établissement SNCF Mobilités TER Rhénan ne peut pas garantir la sécurité des voyageurs en cas d’accident dans les trains express régionaux à agent seul. Or l’immense majorité des trains alsaciens circulent aujourd’hui avec un seul conducteur à bord (le train Strasbourg-Mulhouse figure parmi les exceptions).

Préconisation : suspension

Le document, que Rue89 Strasbourg a pu consulter, appelle à une suspension temporaire des trains EAS, destiné à économiser la main d’oeuvre des contrôleurs :

« Je préconise que vous suspendiez la conduite des trains par un agent seul à bord jusqu’à ce que les risques liés au travail isolé des conducteurs soit correctement considéré dans le document unique d’évaluation des risques. »

Une inquiétude depuis plusieurs années

L’été dernier, Rue89 Strasbourg donnait déjà la voix à cette inquiétude de plusieurs années des contrôleurs :

« En cas d’accident, nous sommes là pour poser des plots de sécurité, rassurer les voyageurs… Vous voyez un conducteur avec toutes ces responsabilités en plus ? »

La lettre de l’Inspection du travail intervient dans un moment particulièrement tendu entre la direction de la SNCF et les syndicats de cheminots. Mercredi 16 octobre, un accident de TER dans les Ardennes illustrait les risques des trains à agent seul. Le conducteur, blessé à la jambe, a dû gérer la situation seul. Que se serait-il passé si le cheminot avait été touché plus gravement ? C’est la question que posent les agents SNCF ayant utilisé leur droit de retrait face à un « danger grave et imminent. » La CGT avait réagi dès le 17 octobre en exigeant le « retour de contrôleurs sur l’ensemble des circulations. »

L’Inspection valide le sentiment d’insécurité

A sa façon, l’Inspection du travail donne raison aux cheminots ayant refusé de travailler suite à l’accident du 16 octobre. Dans sa lettre, l’inspectrice estime que la SNCF est incapable de garantir la sécurité des voyageurs en cas d’accident et de « perte de connaissance ou de décès » du conducteur :

« La lecture de l’ensemble des documents que vous m’avez transmis à l’issue de la réunion de la CSSCT du 18 octobre 2019 ne me permet pas de conclure que l’ensemble des risques liés à la conduite d’Equipement Agent seul ait été évalué conformément aux dispositions du travail. »

Déjà une alerte en septembre

Pour achever la mise en cause de la direction locale de SNCF Mobilités, l’inspectrice du travail a aussi rappelé le contenu d’un courrier en date du 23 septembre : « A l’occasion d’un précédent droit d’alerte pour danger grave et imminent (…), j’avais également relevé le défaut d’évaluation des risques liés au travail isole des conducteurs. »

Contactée la semaine dernière, une porte-parole de la SNCF, se voulait rassurante face aux inquiétudes des cheminots. Selon la communicante, le contrôleur ne garantirait aucune sécurité supplémentaire dans le train : « La solution magique n’est pas qu’il y ait un contrôleur en plus dans chaque train. On pourrait très bien imaginer qu’un contrôleur soit touché aussi dans ce genre de situation. »

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste en alternance depuis la rentrée 2017.

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