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« Écoles mortes » à Koenigshoffen mardi 27 janvier : des parents réclament d’urgence des AESH

Mardi 27 janvier, des parents d’élèves du quartier de Koenigshoffen organisent une opération « écoles-collège morts ». Ils déplorent l’impossibilité d’assurer les besoins des élèves en situation de handicap au sein du réseau du collège Jacques Twinger.

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« Écoles mortes » à Koenigshoffen mardi 27 janvier : des parents réclament d’urgence des AESH

Salles de classe trop petites, environnement bruyant, accompagnants épuisés… Dans un communiqué, des parents élus des écoles élémentaires du Hohberg, Stoskopf, Jean Mentelin et du collège Twinger à Koenigshoffen, exigent de l’État qu’il « respecte ses engagements moraux et réglementaires concernant le financement de l’école inclusive » (l’accueil en milieu ordinaire d’élèves en situation de handicap, NDLR).

Ils exprimeront ces revendications mardi 27 janvier 2026 à 8h30, place des Romains. La manifestation sera doublée d’une journée « écoles-collège morts » : les parents sont encouragés à ne pas déposer leurs enfants dans les établissements ce jour-là.

Ce n’est pas la première fois que des parents d’élèves du réseau d’éducation prioritaire (REP) Twinger – dans lequel sont scolarisés plus de 3 000 enfants à Koenigshoffen – se mobilisent. Déjà, en septembre 2025, enseignants et parents du groupe scolaire du Hohberg, inclus dans le REP Twinger, prévenaient que la rentrée serait « catastrophique ».

Des AESH largement en sous-effectif

Loïc Teyssier, représentant des parents d’élèves au collège Jacques Twinger, en contact avec les professeurs des écoles du REP Twinger, détaille :

« Il manquerait une douzaine d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) sur l’ensemble du réseau d’éducation prioritaire du collège pour couvrir les besoins des élèves concernés. »

Le collège Jacques Twinger, dans le quartier de Koenigshoffen à Strasbourg.Photo : Carl Lefebvre / Rue89 Strasbourg

Il dénonce une « violence supplémentaire » exercée à l’égard de ces enfants :

« L’État ne respecte pas ses propres lois et règlements, c’est ce qui est au cœur de notre mobilisation et qui nous attriste. À la fin, c’est surtout beaucoup de souffrance pour les enfants. Notre volonté, c’est qu’ils soient accueillis convenablement dans l’école de la République. »

Lorsqu’un enfant reçoit une notification de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH), par le biais des maisons départementales du handicap, il obtient le droit d’être accompagné à temps partiel ou plein par un·e AESH. L’obligation d’affecter ces accompagnants aux élèves revient ensuite au rectorat, et en particulier, aux inspecteurs d’académie.

Une situation intenable à l’école du Hohberg

Mais Anne-Sophie a vu l’accompagnement de son fils, porteur d’un trouble du spectre autistique (TSA) et scolarisé à l’école élémentaire du Hohberg, diminuer au fil des années :

« Mon fils est en CE2 dans une classe ordinaire, il a une AESH depuis la grande section de maternelle. Au début c’était 12 heures, puis 10 heures en CP et en CE1… Et aujourd’hui, elle vient par quart d’heures. C’est difficile de construire quelque chose avec un enfant dans ces conditions. »

À cause du manque d’AESH, elle a été obligée de suivre son fils à la piscine pendant le cycle obligatoire : « Il a quelques problèmes de coordination et surtout très peur de l’eau. L’année dernière, son AESH pouvait l’accompagner deux fois par semaine. Cette année, j’ai dû le faire en prenant des congés car ce n’était plus possible. » Une tâche supplémentaire qui s’ajoute à un emploi du temps déjà bien chargé de parente, de salariée et d’aidante.

Anne-Sophie représente les parents d’élèves dans les écoles maternelle et primaire du Hohberg, dont elle connait les carences :

« En élémentaire, quatre enfants ont reçu des notifications pour aller en unité d’enseignement spécialisée pour enfants autistes. Ce dont ils bénéficiaient en maternelle. Comme aucun n’a eu de place, ils sont en classe Ulis. Les AESH leur donnent logiquement la priorité mais ça ne fait qu’accentuer encore la tension, au détriment des enfants scolarisés en milieu ordinaire. »

En maternelle, la parente élue estime qu’il « manque l’équivalent de trois postes à temps plein ». Une situation qu’elle juge dramatique pour tous les parents : « C’est déjà un parcours du combattant, ne serait-ce que pour avoir cette notification. Mais quand vous l’avez, vous devez encore vous battre pour que votre enfant ait accès à ce dont il a droit ».

L’école élémentaire du Hohberg, dans le quartier de Koenigshoffen à Strasbourg.Photo : Carl Lefebvre / Rue89 Strasbourg

Des alertes ignorées

Les alertes répétées des parents et enseignants, démunis face au manque d’effectifs, ne reçoivent aucune réponse. Dans un courriel du 25 novembre 2025 adressé à l’inspection d’académie par les enseignants des écoles du Hohberg et que Rue89 Strasbourg a pu consulter, le corps enseignant exprime sa détresse en ces termes :

« Nous sommes aujourd’hui confrontés à des situations qui dépassent nos compétences et les moyens dont nous disposons, en cela qu’elles relèvent d’un accompagnement médico-social intensif, et non d’une prise en charge scolaire. »

Avant de dérouler une série de profils que l’enseignante en Ulis TFC (troubles des fonctions cognitives, NDLR) n’a pas la capacité de prendre en charge : « non-verbaux », « présente des comportements violents », « requiert une surveillance permanente ». Détresse partagée, selon ce courriel, par les familles dont les enfants n’ont pas été orientés correctement.

Deux mois auparavant, le 18 septembre 2025, une journée de mobilisation avait déjà été organisée au sein du groupe scolaire du Hohberg, pour les mêmes raisons. « À la suite de cela, on avait récupéré une AESH en maternelle pour combler un arrêt maladie. Mais quand la titulaire est revenue, la remplaçante est partie. Il n’y a eu aucune nouvelle affectation », regrette Anne-Sophie.

Loïc Teyssier et Anne-Sophie préfèrent que les parents, plutôt que les professeurs, portent le mouvement. Il est arrivé que des enseignants mobilisés pour améliorer les conditions d’enseignement dans leurs classes ou pour l’hébergement d’élèves sans-abris se fassent reprocher un manque de loyauté par l’académie de Strasbourg.

Interrogé sur la situation des deux établissements du Hohberg, le rectorat de l’académie de Strasbourg a seulement répondu, par écrit, à propos de l’école maternelle :

« Trois AESH accompagnent les cinq élèves notifiés à l’école maternelle du Hohberg. En raison de congés temporaires, les services académiques ont renforcé l’équipe en mobilisant un poste provisoire afin d’assurer la continuité de l’accompagnement. Deux AESH sont donc actuellement présentes sur site. Le retour prochain des personnels absents permettra de consolider l’organisation mise en place et d’assurer une couverture complète des besoins. » 


#Koenigshoffen

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