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Dans un Ehpad strasbourgeois, la vaccination ne change rien à la vie quasi-confinée des résidents
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Dans un Ehpad strasbourgeois, la vaccination ne change rien à la vie quasi-confinée des résidents

par Camille Balzinger.
Publié le 5 mars 2021.
Imprimé le 19 avril 2021 à 14:17
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Après avoir obtenu leur seconde dose de vaccins, les résidents du Kachelofe à la Meinau restent enfermés à leur étage. Malgré cette protection, l’avenir d’une vie normale reste flou.

Georgette a 85 ans. Après quelques soucis de santé, elle décide de venir habiter à l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de la Meinau, le Kachelofe, en novembre 2019. Si elle a été confinée comme le reste des français, elle est prioritaire pour le vaccin contre le Covid qui, lui dit-on, lui permettra de sortir à nouveau.

Tous vaccinés… sauf deux

Georgette a reçu sa seconde dose de vaccin dimanche 20 février. Selon les chiffres de Santé Publique France, 93,3% des résidents des Ehpad du Bas-Rhin ont reçu une première injection et 64,1% leur deuxième au 2 mars. Une couverture vaccinale un peu supérieure à la moyenne nationale (respectivement 81,8% et 57,9%). Selon le directeur du Kachelofe, Jean-Marc Schauly, tous les résidents ont eu leur deuxième dose, sauf deux qui n’ont pas donné leur consentement.

Quand les habitants auront bénéficié des deux doses, il faudra attendre 21 jours pour envisager un relâchement des mesures d’isolation. Georgette s’interroge :

“Quand tout ça sera fini, qu’il n’y aura plus de virus, on reprendra la vie habituelle. Mais je ne sais pas si on se réunira tous au restaurant le dimanche. Je ne sais pas si on pourra reprendre les repas ensemble.”

L’absence de vaccination change-t-il quelque chose pour les autres résidents immunisés ? Le directeur n’a pas donné suite à nos questions supplémentaires. Une aide-soignante précise qu’il faudra attendre les recommandations de l’Agence Régionale de Santé (ARS) pour prendre de nouvelles décisions. Les résidents et les familles n’ont pas d’idée du délai avant de futures retrouvailles après une année de pandémie.

Aucun contact physique avec sa famille depuis 2020

Depuis mars 2020, Georgette n’a pas pu avoir de contact physique avec sa famille, ni les voir sans masque. Si ces mesures se justifient par la prévention de la propagation du virus, elles n’en sont pas moins contraignantes et impactent le moral des résidents. “Quand je pourrai voir mes petits enfants en vrai, pas en carnaval avec des masques, je serai la plus contente !”, s’impatiente l’octogénaire.

Les personnes âgées dépendantes font partie de la population la plus à risques de contracter le virus et d’en mourir. En juin 2020, plus de 50% des « clusters » dans le Grand Est étaient des Établissements de Santé Médico-Sociaux de personnes âgées et un peu moins de 30% en janvier 2021

Autant que le virus, l’isolement fait craindre des décès prématurés dans les Ehpad. (photo CB / Rue89 Strasbourg)

Une liberté de circulation restreinte

En arrivant pour notre visite, Georgette plaisante : “on est un peu comme des lions en cage ici.” Les mesures sont légèrement plus souples qu’en mars 2020. Mais Georgette est coincée à son étage et ne peut côtoyer que ses voisins de couloir, soit cinq autres personnes et le personnel soignant. « À l’époque on pouvait recevoir des visiteurs. Après évidemment ça a été interdit. Il n’y a plus de visites dans les chambres ». Fini la possibilité de « sortir, recevoir tes amis dans ta chambre, faire les courses ».

Georgette habite une chambre individuelle. Elle peut sortir de sa chambre, avec son masque évidemment, et aller dans l’espace commun pour les activités. Mais les contacts, qui incluent les repas, restent limités entre personnes du troisième étage. “J’ai une copine au deuxième étage, mais à part le téléphone on ne peut pas se voir. On n’a plus le droit de descendre”, regrette Georgette.

Les activités accessibles sont le coloriage et la lecture. “Je ne regarde pratiquement plus la télévision, ça ne m’intéresse pas car il n’y a vraiment rien, les films c’est une catastrophe, mais je regarde les nouvelles tous les jours”. Il y a aussi de la gymnastique sur chaise, ou des activités mémorielles avec les animatrices, trois fois par semaine, « pour activer notre organisme », décrit Georgette.

Georgette a le droit de voir sa famille derrière une vitre et un masque. (photo CB / Rue89 Strasbourg)

Fin février, Georgette a découvert qu’elle a droit de demander à sortir, accompagnée d’une aide soignante, dans le jardin de l’Ehpad. Il faut prendre rendez-vous, et il y a des horaires par unité de résidents pour pouvoir descendre.

L’éloignement des familles pesant

Pour rendre visite à Georgette, sa famille doit appeler pour prendre rendez-vous. Les visites sont possibles du lundi au dimanche, et durent 45 minutes. Une seule salle leur est dédiée : le résident s’installe d’un côté, et ses proches de l’autre, séparés d’une vitre de plexiglas. Pour plus de 90 résidents, il n’y a que 31 créneaux. Il peut y avoir jusqu’à trois semaines d’attente, et en ce moment pour une visite le week-end, “il n’y a plus de place” nous dit la dame en charge des réservations.

Les créneaux de visites sont restreints.(photo CB / Rue89 Strasbourg)

Axelle (prénom modifié), ancienne aide-soignante au Kachelofe, explique que le risque, c’est l’isolement :

« Le phénomène de glissement fait que s’ils sont seuls trop longtemps, les résidents peuvent tomber en dépression ou mourir de ça, si ce n’est pas du Covid. »

Georgette dit ne pas subir la solitude : “J’ai été seule toute ma vie, alors ça aide quand ça devient difficile”.

Un manque criant de personnel

Axelle raconte qu’il était “compliqué d’avoir du temps avec chaque résident, parce qu’il y a trop de personnes en même temps.” En effet sur un étage, divisé en deux sections, il y a une vingtaine de résidents, pour une aide-soignante le soir. À l’heure du coucher, “t’as 20 résidents à coucher en deux heures, qui peuvent être lourds mais en même temps il faut aller à leur rythme. Éthiquement ça me faisait du mal de faire ça, mais je n’avais pas le choix sinon je sortais à minuit,” explique Axelle au sujet de ce qu’elle appelle « une forme de maltraitance”.

Georgette et Axelle notent toutes deux le recours accru à des intérimaires. Les résidents ont accès à une aide pour faire leur toilette quotidiennement, mais “une douche par semaine,” raconte Georgette, « car il faut être accompagné ».

L’ennui pour Georgette se fait surtout sentir les weekend, moment où les animatrice ont droit à leur repos. En attendant de pouvoir compter à nouveau sur les visites familiales.

Article actualisé le 05/03/2021 à 11h50
L'AUTEUR
Camille Balzinger

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