Après des années de travaux, les riverains de la place des Halles ont pu voir émerger de la boue et du macadam une place des Halles métamorphosée : le parc croupion, autrefois coincé entre le parking des bus interurbains et les places de stationnement, est quatre fois plus grand. Les bus ne font plus que passer et de larges pistes cyclables ont transformé l’endroit en une zone ouverte aux mobilités douces tandis que les enfants s’éclatent dans une nouvelle tour en bois…
Mais voilà, depuis mardi 24 février, ce paradis urbain est balafré par d’immenses grilles de près de deux mètres de hauteur. Alors que l’impératif de sécurité pour les enfants était déjà réglé par les petites barrières vertes posées dès novembre, la pose de cette clôture à barreaux vise à empêcher l’accès au parc et à ses aménagements à partir de la fin de soirée jusqu’aux aurores.
Nouvel avatar des aménagements anti-SDF
On ne voudrait pas que les SDF profitent des larges bancs courbés qui ont été posés, que les futures tables de pique-nique ne servent à de tardives agapes ou que des passants éméchés s’amusent à taper comme des malades en pleine nuit sur les xylophones installés pour les enfants… Non, ce qu’on veut, c’est que tout le monde marche droit, que les familles accèdent bien gentiment au parc aux heures des bonnes mœurs et que la nuit, tout le monde dorme tranquille, confiant que le gazon, les jeux et les bancs seront bien gardés.
Cette vision séparatiste de l’espace public est une conséquence directe des réunions publiques de concertation organisées par la municipalité, ces grands moments de démocratie locale devenus indispensables à chaque aménagement et lors desquels les élus cherchent à concilier les besoins et les envies des riverains. En tout cas de ceux qui ont trouvé l’énergie, l’envie et le temps de se rendre à ces réunions. Et il s’est évidemment trouvé parmi ceux là des prêtres du silence, des ayatollahs de la tranquillité publique qui ne voient aucune contradiction entre habiter dans une zone commerciale et passante du centre-ville d’une métropole et exiger le silence des lotissements de banlieue.
Il est urgent de tout enfermer
Et pour la municipalité, qui a fait de la démocratie participative un axe de son mandat, toutes les opinions se valent, même les plus absurdes. Si bien qu’il ne s’est pas trouvé un seul élu pour défendre avec succès un espace ouvert à l’occasion de ce réaménagement d’ampleur, une respiration dans cet environnement urbain particulièrement vertical… Au lieu de proposer une pause, le parc s’inscrit comme un nouveau bloc, qu’il faut consommer ou éviter, il n’y a plus de possibilité de changer de trajectoire, de flâner… À la décharge des élus craintifs, il faut reconnaître qu’il est toujours plus difficile de défendre des libertés, surtout face aux exigences de silence, érigées en droit absolu.
Heureusement que ces réunions de démocratie locale n’existaient pas au moment de concevoir la place de la République ou le parc de l’Orangerie… Elles auraient fières allures nos grandes places symboliques si elles avaient été emprisonnées derrière des barreaux, nos grands parcs arborés s’ils étaient ceints de barricades… Mais cet aménagement est une conséquence de l’air du temps : depuis quand a-t-on intériorisé qu’il fallait tout enfermer ?


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